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La pluie est une conscience politique

Les élections de 2026 se joueront dans la campagne marocaine


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Acteur associatif.

Une pluie abondante transforme parfois le destin d’un territoire.
Elle modifie la couleur de la terre et elle change la profondeur du regard de l’homme qui la cultive.

Dans la campagne marocaine, l’eau dépasse le simple rôle agricole.
Elle agit comme une force de libération intérieure.
Lorsque le petit agriculteur voit ses champs reverdir, il retrouve une récolte et il redresse une dignité.
Il se libère alors de l’urgence quotidienne, de l’angoisse du lendemain et de la peur du manque.
Il respire davantage et il pense autrement.



Hier encore, cet homme recevait les images du monde comme une fatalité.

Les écrans lui montraient des villes lointaines, des vies plus faciles et des promesses abstraites. Il regardait ces images sans y croire réellement.

Aujourd’hui, la pluie lui transmet un autre message.
Elle lui donne la conviction qu’il peut changer quelque chose dans sa propre vie.
Ce basculement reste discret, mais il marque un tournant historique.
À cet instant précis, le citoyen commence à naître.

Jean-Jacques Rousseau rappelait que la liberté commence lorsque l’homme cesse de craindre pour sa subsistance.

Dans les campagnes marocaines, la pluie joue désormais ce rôle de libératrice politique.
Elle rend l’homme moins dépendant, moins vulnérable et moins achetable.
Un estomac rassasié résiste mieux aux promesses creuses.
Une terre fertile protège davantage l’âme contre la corruption.

Dans ce contexte nouveau, le billet bleu perd son pouvoir.

Le billet marron perd lui aussi son influence.
Ce qui achetait autrefois un vote n’obtient plus aujourd’hui qu’un silence gêné.
Le paysan qui voit ses champs prospérer devient un homme exigeant.
Il refuse l’aumône électorale et il réclame un projet.
Il rejette le simple cadeau et il exige une vision.

L’analyse d’Abdallah Laroui éclaire ce moment historique. Il rappelle que le retard politique ne constitue pas une fatalité culturelle.

Il montre que ce retard résulte avant tout d’une situation sociale.
Lorsque les conditions matérielles s’améliorent, la conscience civique progresse.
La démocratie ne naît pas dans la misère, elle se construit dans la stabilité.

La campagne marocaine de 2026 ne portera plus les doléances muettes d’autrefois.
Elle ouvrira l’ère des comparaisons, des débats et des choix.

Les réseaux sociaux quittent aujourd’hui leur rôle de vitrines lointaines.
Ils deviennent des outils de jugement et des espaces d’évaluation.
Le paysan ne se contente plus de regarder, il analyse.
Il ne consomme plus l’image, il la confronte à sa réalité nouvelle.
Il se pose alors des questions essentielles.

- Pourquoi pas chez moi.
- Pourquoi toujours ailleurs.
- Pourquoi pas maintenant.

Lorsque l’homme commence à poser ces questions, la politique change de nature.
Elle abandonne la distribution de promesses et elle adopte la confrontation de projets.

La verdure qui entoure le paysan cesse d’être un simple décor. Elle devient une métaphore d’un avenir possible.

Elle symbolise un Maroc rural qui ne vote plus par crainte, mais par espérance réfléchie.
Elle incarne un citoyen qui ne choisit plus par dépendance, mais par conviction.

Ainsi, les élections de 2026 ne se gagneront pas seulement dans les villes, sur les plateaux télévisés ou dans les slogans.

Elles se joueront dans les champs, au rythme des saisons et au cœur des villages.
Elles accompagneront la transformation lente et profonde de l’homme rural marocain.
Elles feront passer cet homme du statut de survivant à celui de citoyen.
Elles le feront évoluer de spectateur à acteur.

Elles le conduiront de bénéficiaire passif à décideur responsable.

Peut-être alors, dans ce silence vert des campagnes, s’écrira la page la plus décisive de notre avenir démocratique.

Par Dr Anwar CHERKAOUI


Lundi 12 Janvier 2026