Par Mohammed Yassir Mouline
Ibn Al-Jawzi rapporte dans Al-Mountadam : « Alors que les pèlerins tournaient autour de la Kaaba et puisaient de l’eau au puits de Zamzam, un Bédouin se leva, releva son vêtement et urina dans le puits sous les yeux des gens… Ceux-ci se ruèrent sur lui et le rouèrent de coups, au point qu’il faillit mourir… Les gardiens du Haram le sauvèrent et l’amenèrent devant l’émir de La Mecque, qui lui dit : “Que Dieu te fasse honte ! Pourquoi as-tu fait cela ?!!” Il répondit : “Pour que les gens me reconnaissent et disent : voilà celui qui a uriné dans le puits de Zamzam.” »…
Ce récit a été relayé par des centaines de contemporains ces dernières années… Une autre version, très proche, a également été diffusée par des dizaines de personnes et attribuée au livre Akhbar al-Hamqa wa al-Moughaffalin (Les récits des sots et des simples d’esprit) d’Ibn Al-Jawzi… elle diffère en ce que le Bédouin aurait répondu : « J’ai voulu qu’on se souvienne de moi, fût-ce par les malédictions. »… Mille ans plus tard, l’histoire n’a pas disparu… Elle a juste changé de décor, de gradins et de maillot !!
Dans les tribunes du stade Prince Moulay El Hassan à Rabat, lors d’un match de Coupe d’Afrique des Nations, un jeune supporter algérien a décidé, lui aussi, de laisser une trace… Non pas dans les annales sportives, mais sur le béton des gradins... Le tout filmé, revendiqué, assumé… Pas d’excuse, pas de honte… presque de la fierté !! Comme le Bédouin de Zamzam, il voulait être reconnu… Exister… Marquer l’instant… Et surtout, ne pas passer inaperçu !! Car nous ne sommes plus ici dans l’incident isolé, le dérapage alcoolisé ou la bêtise de stade... Nous sommes dans le symbole... Dans la culture du geste... Dans l’acte qui parle plus fort que le discours !!
Ce qui intrigue, ce n’est pas tant l’urine que le sens qu’on lui retire… Car uriner en public n’est pas seulement un manque de civisme… c’est l’aveu d’une rupture avec l’idée même d’espace commun… Là où il y avait autrefois des règles, il n’y a plus que des pulsions... Là où il y avait une société, il ne reste qu’un corps… Et ce corps n’est pas sans modèle…
Difficile, en effet, de ne pas voir dans cette scène une reproduction inconsciente du sommet... Quand le chef montre la voie, le troupeau suit… Quand le commandement perd la maîtrise, la base perd la retenue… Quand l’uniforme se délite, le citoyen se relâche... Les vidéos largement diffusées montrant le chef d’état-major algérien, Chengriha, victime d’un accident aussi intime que symbolique, n’ont pas seulement fait le tour des réseaux… elles ont peut-être fait école !! Car comment exiger de la retenue quand la verticalité morale s’est effondrée ? Comment prêcher la discipline quand le corps du pouvoir lâche avant l’esprit ?
Nous entrons alors dans une phase plus primitive… Anthropologique… Zoologique, même !! L’homme qui n’est plus relié à la loi se rabat sur l’instinct... Comme certains animaux, il marque son territoire… Non par la pensée, la culture ou le respect, mais par l’urine... Marquage territorial, appellent cela les biologistes !! L’acte n’a rien de noble… il est fonctionnel… Il dit simplement « je suis passé par ici », jamais « j’élève ce lieu » !! C’est peut-être cela, le drame moderne… confondre visibilité et existence, exhibition et identité, souillure et affirmation…
Ce n’est donc pas une histoire de vessie mal contrôlée… C’est une histoire de repères perdus… De frontières mentales abolies… D’un rapport au monde où le geste le plus bas devient un message politique involontaire… À l’image du Bédouin de Zamzam, notre époque semble avoir choisi d’être mémorable, même par l’indignité... Quitte à être cité, autant l’être pour le pire… Quitte à exister, autant salir… !! Une farce, oui… Une farce noire !! Qui fait sourire une seconde… Et réfléchir longtemps après que l’odeur se soit dissipée !!
Face à ces scènes, le Maroc, lui, continue d’ouvrir ses stades, ses rues et ses maisons avec cette évidence tranquille… l’hospitalité n’est pas une posture, c’est une culture… Ici, l’espace public n’est pas un terrain à souiller pour exister, mais un bien commun à honorer... Et pendant que certains marquent leur passage par l’urine et le vacarme, ce pays choisit, obstinément, de marquer l’Histoire par l’accueil, la dignité et le respect… C’est moins bruyant, certes… mais infiniment plus durable… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.
Ce récit a été relayé par des centaines de contemporains ces dernières années… Une autre version, très proche, a également été diffusée par des dizaines de personnes et attribuée au livre Akhbar al-Hamqa wa al-Moughaffalin (Les récits des sots et des simples d’esprit) d’Ibn Al-Jawzi… elle diffère en ce que le Bédouin aurait répondu : « J’ai voulu qu’on se souvienne de moi, fût-ce par les malédictions. »… Mille ans plus tard, l’histoire n’a pas disparu… Elle a juste changé de décor, de gradins et de maillot !!
Dans les tribunes du stade Prince Moulay El Hassan à Rabat, lors d’un match de Coupe d’Afrique des Nations, un jeune supporter algérien a décidé, lui aussi, de laisser une trace… Non pas dans les annales sportives, mais sur le béton des gradins... Le tout filmé, revendiqué, assumé… Pas d’excuse, pas de honte… presque de la fierté !! Comme le Bédouin de Zamzam, il voulait être reconnu… Exister… Marquer l’instant… Et surtout, ne pas passer inaperçu !! Car nous ne sommes plus ici dans l’incident isolé, le dérapage alcoolisé ou la bêtise de stade... Nous sommes dans le symbole... Dans la culture du geste... Dans l’acte qui parle plus fort que le discours !!
Ce qui intrigue, ce n’est pas tant l’urine que le sens qu’on lui retire… Car uriner en public n’est pas seulement un manque de civisme… c’est l’aveu d’une rupture avec l’idée même d’espace commun… Là où il y avait autrefois des règles, il n’y a plus que des pulsions... Là où il y avait une société, il ne reste qu’un corps… Et ce corps n’est pas sans modèle…
Difficile, en effet, de ne pas voir dans cette scène une reproduction inconsciente du sommet... Quand le chef montre la voie, le troupeau suit… Quand le commandement perd la maîtrise, la base perd la retenue… Quand l’uniforme se délite, le citoyen se relâche... Les vidéos largement diffusées montrant le chef d’état-major algérien, Chengriha, victime d’un accident aussi intime que symbolique, n’ont pas seulement fait le tour des réseaux… elles ont peut-être fait école !! Car comment exiger de la retenue quand la verticalité morale s’est effondrée ? Comment prêcher la discipline quand le corps du pouvoir lâche avant l’esprit ?
Nous entrons alors dans une phase plus primitive… Anthropologique… Zoologique, même !! L’homme qui n’est plus relié à la loi se rabat sur l’instinct... Comme certains animaux, il marque son territoire… Non par la pensée, la culture ou le respect, mais par l’urine... Marquage territorial, appellent cela les biologistes !! L’acte n’a rien de noble… il est fonctionnel… Il dit simplement « je suis passé par ici », jamais « j’élève ce lieu » !! C’est peut-être cela, le drame moderne… confondre visibilité et existence, exhibition et identité, souillure et affirmation…
Ce n’est donc pas une histoire de vessie mal contrôlée… C’est une histoire de repères perdus… De frontières mentales abolies… D’un rapport au monde où le geste le plus bas devient un message politique involontaire… À l’image du Bédouin de Zamzam, notre époque semble avoir choisi d’être mémorable, même par l’indignité... Quitte à être cité, autant l’être pour le pire… Quitte à exister, autant salir… !! Une farce, oui… Une farce noire !! Qui fait sourire une seconde… Et réfléchir longtemps après que l’odeur se soit dissipée !!
Face à ces scènes, le Maroc, lui, continue d’ouvrir ses stades, ses rues et ses maisons avec cette évidence tranquille… l’hospitalité n’est pas une posture, c’est une culture… Ici, l’espace public n’est pas un terrain à souiller pour exister, mais un bien commun à honorer... Et pendant que certains marquent leur passage par l’urine et le vacarme, ce pays choisit, obstinément, de marquer l’Histoire par l’accueil, la dignité et le respect… C’est moins bruyant, certes… mais infiniment plus durable… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.