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Le 11 janvier, ou la responsabilité de croire en la jeunesse


Par Saïd Temsamani

Il est des dates qui dépassent le simple devoir de mémoire. Elles agissent comme des miroirs tendus au présent et comme des promesses faites à l’avenir.

Le 11 janvier est de celles-là. En 1944, le Manifeste de l’Indépendance n’a pas seulement proclamé une rupture avec l’ordre colonial ; il a révélé une ambition collective : faire du Maroc un pays libre parce qu’il est porté par des citoyens responsables.

Plus de huit décennies plus tard, la même interrogation nous revient, plus exigeante encore : que faisons-nous de cette liberté, et surtout, comment la transmettons-nous à ceux qui construiront le Maroc de demain ?



C’est dans cette filiation historique que le Parti de l’Istiqlal a inscrit la commémoration du 82ᵉ anniversaire du Manifeste.

Dans plusieurs villes du Royaume, des meetings régionaux ont rassemblé des milliers de citoyens autour d’un choix politique assumé : placer la jeunesse au cœur de la réflexion nationale.

Non comme un thème de circonstance, mais comme une priorité stratégique.

Car une nation qui néglige sa jeunesse prépare ses propres fragilités. La présentation de la « Charte du 11 janvier pour la jeunesse marocaine », fruit d’un dialogue ayant mobilisé plus de 15.000 jeunes, marque un tournant dans la manière de penser l’action publique.

Elle repose sur un principe simple mais trop souvent oublié : on ne construit pas l’avenir des jeunes sans eux. Écouter leurs parcours, leurs doutes, leurs espérances, c’est déjà reconnaître leur dignité politique.

Cette charte n’est ni un slogan ni un exercice de communication ; elle est une tentative sérieuse de refonder le lien de confiance entre la jeunesse, l’État et la société.

Le Maroc a changé.

Il est plus ouvert, plus ambitieux, plus présent sur la scène internationale. Mais une partie de sa jeunesse ne se reconnaît pas toujours dans cette dynamique.

Plus instruite, plus connectée, plus exigeante, elle se heurte encore à des réalités qui blessent : chômage, précarité, inégalités territoriales, sentiment d’inutilité sociale. Le danger n’est pas seulement économique.

Il est moral et politique. Une jeunesse qui n’espère plus finit par se taire, par partir ou par se replier.

De l’éducation à l’emploi, en passant par la santé, le sport et les loisirs, le Royaume est désormais interpellé sur sa capacité à offrir à sa jeunesse des services à la hauteur de ses aspirations.

La question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle du sens. Restaurer la confiance exige des politiques publiques visibles, justes et efficaces, capables d’améliorer concrètement la vie quotidienne.

La dignité n’est pas un concept abstrait ; elle se vit dans l’école, dans l’hôpital, dans le travail et dans l’espace public.

Mais cette exigence adressée à l’État et aux institutions appelle, en retour, une responsabilité tout aussi grande de la part des jeunes eux-mêmes.

Aucun projet démocratique ne peut durer sans une jeunesse impliquée, critique et engagée. La citoyenneté n’est pas un statut passif ; elle est une pratique.

S’engager, voter, débattre, proposer, contester parfois : c’est ainsi que se construit la vitalité démocratique. Une jeunesse absente laisse d’autres décider à sa place, et se prive de son propre avenir.

La Charte du 11 janvier propose précisément ce nouvel équilibre : un contrat où l’État garantit des politiques crédibles, où les forces vives accompagnent et innovent, et où les jeunes sont reconnus comme des acteurs à part entière.

Ce n’est pas un pacte d’assistance, mais un pacte de confiance. La confiance en la jeunesse n’est pas un risque ; c’est une nécessité historique.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité du Parti de l’Istiqlal. Hier, il a porté le combat pour l’indépendance.

Aujourd’hui, il porte celui de l’égalité des chances et de la dignité sociale. Car la souveraineté moderne ne se mesure plus seulement par des frontières défendues, mais par la capacité d’un pays à offrir à ses enfants des raisons de croire, de rester et de créer.

À quelques mois des élections, cette réflexion prend une résonance particulière. Dans toutes les démocraties, les grands projets de société ne sont portés que par des partis crédibles, indépendants et capables d’encadrer, de représenter et de défendre réellement la voix de la jeunesse.

L’Histoire en témoigne : lorsque les partis se vident de sens, la jeunesse se détourne, et avec elle se fragilise l’idée même de démocratie.

Le 11 janvier retrouve ainsi toute sa force symbolique.

Le Manifeste de 1944 fut un acte de rupture avec la domination. La Charte de 2026 se veut une rupture avec la résignation. Dans les deux cas, il s’agit de refuser la fatalité et de choisir l’audace.

La jeunesse n’est pas un problème à gérer, mais une énergie à libérer. L’heure n’est plus aux paroles rassurantes, mais aux choix courageux. Faire confiance à la jeunesse, ce n’est pas flatter ses attentes, c’est lui donner des outils, des droits et des responsabilités.

C’est accepter qu’elle dérange parfois, parce qu’elle est le signe vivant d’une société qui bouge. Le 11 janvier ne doit donc pas rester une date figée dans la mémoire. Il doit devenir une date vivante dans l’action.

En 1944, des Marocains ont risqué leur liberté pour que le pays soit libre. En 2026, notre devoir est de risquer nos habitudes pour que la jeunesse marocaine soit pleinement libre d’agir, de créer et de réussir.

Car une nation ne se juge pas seulement à la grandeur de son passé, mais à la confiance qu’elle inspire à ceux qui écriront son avenir.

Par Saïd Temsamani ​


 


Mardi 13 Janvier 2026