L'ODJ Média

Le Maroc au-delà des clichés : Pour une fin des anachronismes médiatiques.


Par Omar Hasnaoui Chaoui, PhD, Ancien diplomate.

Le récent reportage diffusé par France 5, intitulé « Je t’aime moi non plus », consacré aux relations franco-marocaines, touche au cœur d'un malentendu persistant dans la perception médiatique française du Maroc.

Ce récit met en lumière un décalage flagrant entre une élite "entre deux rives", souvent sollicitée par les rédactions parisiennes, et la réalité d'un engagement citoyen, intellectuel et constructif qui s'exerce de l'intérieur.

Au-delà de l'anecdote télévisuelle, ce documentaire révèle une incapacité à saisir la mutation profonde du Royaume, passé d'un partenaire traditionnel à un acteur souverain et pivot de la stabilité eurafricaine.



Il convient d'abord de distinguer les sensibilités des intervenants.

Omar Hasnaoui Chaoui
Omar Hasnaoui Chaoui
Si des figures littéraires incarnent une passerelle culturelle précieuse et une double appartenance assumée, d'autres voix choisissent de ramener systématiquement le débat vers les « années de plomb ».

Or, pour la nation marocaine, cette page est non seulement tournée, mais elle a été scellée par un acte fondateur de Sa Majesté le Roi Mohammed VI : la création de l'Instance Équité et Réconciliation (IER).

Cette démarche de justice transitionnelle, unique dans le monde arabe et africain, a permis de solder le passé non pour l'oublier, mais pour construire un futur désinhibé.

Se focaliser aujourd'hui sur ces spectres relève d'un anachronisme qui empêche de voir la transfiguration du Maroc contemporain, qui a su transformer ses défis mémoriels en un socle de cohésion nationale.

Sur le plan géopolitique, le malentendu est plus profond encore.

Le regard porté par certains médias français semble ignorer que le Maroc a radicalement changé de paradigme. La souveraineté n'est plus ici un concept théorique, mais une pratique quotidienne. Elle s'exprime par une diversification audacieuse des partenariats internationaux et par une affirmation décomplexée de ses intérêts vitaux.

La reconnaissance de la marocanité du Sahara par la France en 2024 n'est pas le fruit d'une "réconciliation romantique", mais l'aboutissement d'une Realpolitik lucide.

Le Maroc s'impose désormais comme le trait d'union indispensable entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne, un pôle de stabilité dans un Sahel en pleine ébullition et un acteur majeur de la sécurité méditerranéenne.

Le sentiment national au Maroc n'est pas une adhésion de circonstance

Il est l'expression d'un attachement profond pour une terre et le respect d'une institution monarchique millénaire. Cette continuité historique, qui puise sa force dans douze siècles de légitimité, offre au Royaume une profondeur stratégique que les systèmes aux mandats courts peinent parfois à appréhender.

Nombre de citoyens, loin d'être des privilégiés du système, défendent leur pays par pure conviction patriotique. Ils aspirent, comme dans toutes les grandes nations, à une démocratie toujours plus exigeante, mais ils ont choisi de mener ce combat de l'intérieur, dans le respect des constantes nationales.

Ils voient dans l'émergence économique du pays , des infrastructures de classe mondiale aux énergies renouvelables , la matérialisation d'une souveraineté économique qui complète la souveraineté politique.

L’analyse critique occidentale souffre souvent d’un double standard structurel.

On interroge les institutions marocaines en feignant d'oublier l'hyper-présidentialisme de la « monarchie républicaine » française et ses prérogatives exorbitantes.

Pourtant, c'est précisément la symbiose entre le Trône et le Peuple qui permet au Maroc de naviguer dans les tempêtes régionales sans basculer dans le chaos ou la dépendance. Cette souveraineté, loin d'être un repli sur soi, est une ouverture sur le monde selon ses propres termes.

En relations internationales, le temps des tutelles ou des relations asymétriques est révolu. Le Maroc ne demande pas de « l'amour », terme impropre au langage diplomatique, mais du respect et une reconnaissance de sa stature de puissance régionale émergente.

Ce type de reportage finit par faire « pschitt » car il ignore la profondeur d'un peuple qui a repris en main son destin.

Le Maroc d'aujourd'hui compte sur ses propres forces, sur son génie propre et sur ses enfants, qu'ils soient ici ou ailleurs.

Il est temps que le regard extérieur, et particulièrement celui du service public français, accepte enfin de voir le Maroc tel qu'il est : un partenaire majeur, fier de son identité singulière, qui ne se définit plus par les traumatismes d'hier, mais par l'ambition souveraine de son avenir.

Par Omar Hasnaoui Chaoui.


Mardi 7 Avril 2026