Badr Bellahcen - Acteur Associatif
Les images de jeunes prêts à risquer leur vie pour rejoindre Sebta donnent à cette interrogation une portée particulière.
Elles ne parlent pas seulement de migration.
Elles interrogent le lien entre développement, bonheur, confiance et espoir.
Regarder le Maroc d’aujourd’hui, c’est constater l’ampleur des transformations engagées au cours des dernières décennies. Autoroutes, grands ports, lignes à grande vitesse, infrastructures énergétiques, nouvelles industries, investissements touristiques et grands projets structurants témoignent d’une volonté claire de modernisation.
Cette dynamique s’inscrit dans la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a fait des infrastructures, de l’investissement et de la modernisation économique des leviers majeurs du développement.
Tanger Med, le réseau autoroutier, la grande vitesse ferroviaire ainsi que les grands projets industriels et énergétiques en sont autant d’illustrations.
Mais le développement ne peut être réduit à la construction d’infrastructures ou à l’augmentation des indicateurs économiques.
Sa finalité ultime reste l’amélioration concrète des conditions de vie des citoyens et la réduction des disparités sociales et territoriales.
Et pourtant, il y a Sebta
.
Les images de jeunes prêts à risquer leur vie pour parcourir quelques kilomètres de mer ne peuvent laisser indifférent.
Elles obligent à dépasser la seule lecture migratoire du phénomène.
Une question plus profonde se pose : pourquoi les progrès visibles d’un pays ne suffisent-ils pas toujours à donner à une partie de sa jeunesse le sentiment d’y avoir une place, d’y être heureuse et d’y construire son avenir ?
Du développement au bonheur
Le PIB mesure la richesse produite.
Les infrastructures témoignent de la capacité d’un pays à investir et à préparer son avenir.
Mais aucun de ces indicateurs ne suffit, à lui seul, à mesurer la manière dont les citoyens vivent réellement.
Le bonheur dépend également de la santé, de l’éducation, de la qualité des relations sociales, de la sécurité, de l’environnement, de la reconnaissance, de la confiance et du sentiment d’avoir sa place dans la société.
Un jeune peut ainsi être fier de son pays et, simultanément, se demander :
« Mon pays avance… mais est-ce que j’avance avec lui ? »
Il peut voir une nouvelle usine s’installer sans savoir comment y trouver sa place.
Observer les investissements augmenter sans percevoir les opportunités qui lui sont réellement accessibles.
Voir arriver des millions de touristes au Maroc tout en nourrissant lui-même le rêve de partir.
Lorsque le lien entre le progrès collectif et le projet individuel devient difficile à percevoir, l’ailleurs peut apparaître comme la seule issue.
Dans cette perspective, Sebta devient plus qu’une frontière.
Elle peut devenir, dans l’imaginaire de certains jeunes, le symbole d’un ailleurs où se projettent l’espoir, la réussite et une autre vie.
Après les infrastructures du développement, celles du bonheur
Le Maroc a massivement investi dans les infrastructures du développement.
Le prochain défi pourrait être de construire également ce que l’on pourrait appeler les « *infrastructures du bonheur ».*
Elles sont parfois très concrètes : une école de qualité, un système de santé accessible, des transports efficaces, des espaces verts, des équipements culturels et sportifs, mais aussi des lieux où l’on peut se rencontrer, créer et s’exprimer.
D’autres sont immatérielles : la confiance, la solidarité, la reconnaissance, le sentiment de justice, la qualité des relations humaines, la possibilité d’être écouté et de participer à la vie collective.
Une autoroute permet d’aller plus vite.
Une infrastructure du bonheur doit permettre de mieux vivre.
La question n’est donc plus seulement de savoir ce que nous avons construit, mais aussi de nous demander : en quoi ce que nous construisons améliore-t-il réellement la vie des citoyens ?
Construire les infrastructures de l’espoir
Le bonheur concerne notre rapport au présent.
L’espoir concerne notre rapport à l’avenir.
Avoir de l’espoir ne signifie pas attendre passivement que les choses changent.
C’est pouvoir imaginer un avenir souhaitable, identifier les chemins qui permettent de l’atteindre et avoir le sentiment de disposer d’une capacité réelle d’action.
Une formation débouchant sur une compétence recherchée est une infrastructure de l’espoir.
Un premier emploi aussi.
L’accès au financement, l’accompagnement d’un projet, la possibilité d’entreprendre ou de participer à la vie collective en sont d’autres.
Mais construire l’espoir suppose également de libérer les initiatives.
Les jeunes Marocains ne demandent pas uniquement des emplois.
Beaucoup veulent créer, entreprendre, inventer, développer des projets culturels, scientifiques, sociaux, numériques ou économiques.
Encore faut-il leur faire confiance, simplifier les parcours, ouvrir des espaces d’expérimentation et accepter que l’essai puisse parfois conduire à l’échec.
Accompagner les idées plutôt que les décourager, c’est aussi construire de l’espoir.
Chaque initiative qui réussit démontre à d’autres jeunes qu’un chemin est possible.
Ceux qui veulent partir… et ceux qui veulent revenir
Un autre paradoxe mérite d’être regardé en face.
Alors que certains jeunes Marocains rêvent de partir, de nombreux Marocains résidant à l’étranger envisagent, eux, de revenir au pays.
Ils souhaitent retrouver leur famille, leur culture, leurs relations sociales et leur sentiment d’appartenance.
Certains souhaitent également entreprendre ou profiter des nouvelles opportunités offertes par la transformation du Maroc.
Les uns cherchent ailleurs ce qui leur manque ici ; les autres reviennent chercher ici ce qui leur manque ailleurs.
Ce paradoxe rappelle que le bonheur ne se résume pas au salaire et qu’il n’a pas de frontière géographique simple.
Il dépend d’un équilibre entre opportunités, relations humaines, reconnaissance, appartenance, liberté et qualité de vie.
L’objectif ne devrait donc pas être d’empêcher les jeunes de partir.
Une jeunesse doit pouvoir voyager, étudier, travailler ailleurs et découvrir le monde.
Le véritable enjeu est ailleurs : faire en sorte que partir soit un choix et non une fuite, que rester soit une possibilité crédible et que revenir puisse devenir une envie.
De Sebta à l’espoir
Sebta devrait nous conduire à écouter davantage notre jeunesse.
Au lieu de lui demander seulement :
« Pourquoi voulez-vous partir ? »
Il faudrait aussi lui poser d’autres questions :
Êtes-vous heureux aujourd’hui ?
Avez-vous confiance dans votre avenir ?
Pensez-vous pouvoir réaliser votre projet au Maroc ?
Qu’est-ce qui vous empêche de prendre des initiatives ?
Qu’est-ce qui vous donnerait envie de construire votre avenir ici ?
Peut-être avons-nous besoin, à côté des indicateurs économiques traditionnels, d’un véritable baromètre du bonheur et de l’espoir des jeunes Marocains.
Le Maroc a démontré sa capacité à construire de grandes infrastructures.
Le prochain défi consiste peut-être à mieux relier trois dimensions essentielles :
les infrastructures du développement, qui font avancer le pays ;
les infrastructures du bonheur, qui permettent de mieux vivre aujourd’hui ;
les infrastructures de l’espoir, qui permettent de croire en demain, de prendre des initiatives et d’agir sur son propre avenir.
Car la réussite d’un pays ne se mesure pas uniquement à ce qu’il construit.
Elle se mesure aussi au nombre de possibilités qu’il ouvre à sa jeunesse.
Et peut-être, plus encore, à sa capacité à faire en sorte qu’un jeune Marocain puisse regarder les transformations de son pays et se dire :
« Mon pays avance… et moi aussi, je peux avancer avec lui. »
Elles ne parlent pas seulement de migration.
Elles interrogent le lien entre développement, bonheur, confiance et espoir.
Regarder le Maroc d’aujourd’hui, c’est constater l’ampleur des transformations engagées au cours des dernières décennies. Autoroutes, grands ports, lignes à grande vitesse, infrastructures énergétiques, nouvelles industries, investissements touristiques et grands projets structurants témoignent d’une volonté claire de modernisation.
Cette dynamique s’inscrit dans la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a fait des infrastructures, de l’investissement et de la modernisation économique des leviers majeurs du développement.
Tanger Med, le réseau autoroutier, la grande vitesse ferroviaire ainsi que les grands projets industriels et énergétiques en sont autant d’illustrations.
Mais le développement ne peut être réduit à la construction d’infrastructures ou à l’augmentation des indicateurs économiques.
Sa finalité ultime reste l’amélioration concrète des conditions de vie des citoyens et la réduction des disparités sociales et territoriales.
Et pourtant, il y a Sebta
.
Les images de jeunes prêts à risquer leur vie pour parcourir quelques kilomètres de mer ne peuvent laisser indifférent.
Elles obligent à dépasser la seule lecture migratoire du phénomène.
Une question plus profonde se pose : pourquoi les progrès visibles d’un pays ne suffisent-ils pas toujours à donner à une partie de sa jeunesse le sentiment d’y avoir une place, d’y être heureuse et d’y construire son avenir ?
Du développement au bonheur
Le PIB mesure la richesse produite.
Les infrastructures témoignent de la capacité d’un pays à investir et à préparer son avenir.
Mais aucun de ces indicateurs ne suffit, à lui seul, à mesurer la manière dont les citoyens vivent réellement.
Le bonheur dépend également de la santé, de l’éducation, de la qualité des relations sociales, de la sécurité, de l’environnement, de la reconnaissance, de la confiance et du sentiment d’avoir sa place dans la société.
Un jeune peut ainsi être fier de son pays et, simultanément, se demander :
« Mon pays avance… mais est-ce que j’avance avec lui ? »
Il peut voir une nouvelle usine s’installer sans savoir comment y trouver sa place.
Observer les investissements augmenter sans percevoir les opportunités qui lui sont réellement accessibles.
Voir arriver des millions de touristes au Maroc tout en nourrissant lui-même le rêve de partir.
Lorsque le lien entre le progrès collectif et le projet individuel devient difficile à percevoir, l’ailleurs peut apparaître comme la seule issue.
Dans cette perspective, Sebta devient plus qu’une frontière.
Elle peut devenir, dans l’imaginaire de certains jeunes, le symbole d’un ailleurs où se projettent l’espoir, la réussite et une autre vie.
Après les infrastructures du développement, celles du bonheur
Le Maroc a massivement investi dans les infrastructures du développement.
Le prochain défi pourrait être de construire également ce que l’on pourrait appeler les « *infrastructures du bonheur ».*
Elles sont parfois très concrètes : une école de qualité, un système de santé accessible, des transports efficaces, des espaces verts, des équipements culturels et sportifs, mais aussi des lieux où l’on peut se rencontrer, créer et s’exprimer.
D’autres sont immatérielles : la confiance, la solidarité, la reconnaissance, le sentiment de justice, la qualité des relations humaines, la possibilité d’être écouté et de participer à la vie collective.
Une autoroute permet d’aller plus vite.
Une infrastructure du bonheur doit permettre de mieux vivre.
La question n’est donc plus seulement de savoir ce que nous avons construit, mais aussi de nous demander : en quoi ce que nous construisons améliore-t-il réellement la vie des citoyens ?
Construire les infrastructures de l’espoir
Le bonheur concerne notre rapport au présent.
L’espoir concerne notre rapport à l’avenir.
Avoir de l’espoir ne signifie pas attendre passivement que les choses changent.
C’est pouvoir imaginer un avenir souhaitable, identifier les chemins qui permettent de l’atteindre et avoir le sentiment de disposer d’une capacité réelle d’action.
Une formation débouchant sur une compétence recherchée est une infrastructure de l’espoir.
Un premier emploi aussi.
L’accès au financement, l’accompagnement d’un projet, la possibilité d’entreprendre ou de participer à la vie collective en sont d’autres.
Mais construire l’espoir suppose également de libérer les initiatives.
Les jeunes Marocains ne demandent pas uniquement des emplois.
Beaucoup veulent créer, entreprendre, inventer, développer des projets culturels, scientifiques, sociaux, numériques ou économiques.
Encore faut-il leur faire confiance, simplifier les parcours, ouvrir des espaces d’expérimentation et accepter que l’essai puisse parfois conduire à l’échec.
Accompagner les idées plutôt que les décourager, c’est aussi construire de l’espoir.
Chaque initiative qui réussit démontre à d’autres jeunes qu’un chemin est possible.
Ceux qui veulent partir… et ceux qui veulent revenir
Un autre paradoxe mérite d’être regardé en face.
Alors que certains jeunes Marocains rêvent de partir, de nombreux Marocains résidant à l’étranger envisagent, eux, de revenir au pays.
Ils souhaitent retrouver leur famille, leur culture, leurs relations sociales et leur sentiment d’appartenance.
Certains souhaitent également entreprendre ou profiter des nouvelles opportunités offertes par la transformation du Maroc.
Les uns cherchent ailleurs ce qui leur manque ici ; les autres reviennent chercher ici ce qui leur manque ailleurs.
Ce paradoxe rappelle que le bonheur ne se résume pas au salaire et qu’il n’a pas de frontière géographique simple.
Il dépend d’un équilibre entre opportunités, relations humaines, reconnaissance, appartenance, liberté et qualité de vie.
L’objectif ne devrait donc pas être d’empêcher les jeunes de partir.
Une jeunesse doit pouvoir voyager, étudier, travailler ailleurs et découvrir le monde.
Le véritable enjeu est ailleurs : faire en sorte que partir soit un choix et non une fuite, que rester soit une possibilité crédible et que revenir puisse devenir une envie.
De Sebta à l’espoir
Sebta devrait nous conduire à écouter davantage notre jeunesse.
Au lieu de lui demander seulement :
« Pourquoi voulez-vous partir ? »
Il faudrait aussi lui poser d’autres questions :
Êtes-vous heureux aujourd’hui ?
Avez-vous confiance dans votre avenir ?
Pensez-vous pouvoir réaliser votre projet au Maroc ?
Qu’est-ce qui vous empêche de prendre des initiatives ?
Qu’est-ce qui vous donnerait envie de construire votre avenir ici ?
Peut-être avons-nous besoin, à côté des indicateurs économiques traditionnels, d’un véritable baromètre du bonheur et de l’espoir des jeunes Marocains.
Le Maroc a démontré sa capacité à construire de grandes infrastructures.
Le prochain défi consiste peut-être à mieux relier trois dimensions essentielles :
les infrastructures du développement, qui font avancer le pays ;
les infrastructures du bonheur, qui permettent de mieux vivre aujourd’hui ;
les infrastructures de l’espoir, qui permettent de croire en demain, de prendre des initiatives et d’agir sur son propre avenir.
Car la réussite d’un pays ne se mesure pas uniquement à ce qu’il construit.
Elle se mesure aussi au nombre de possibilités qu’il ouvre à sa jeunesse.
Et peut-être, plus encore, à sa capacité à faire en sorte qu’un jeune Marocain puisse regarder les transformations de son pays et se dire :
« Mon pays avance… et moi aussi, je peux avancer avec lui. »