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Le Maroc de l’IA : une ambition à construire ensemble


AI LIGHT : contribuer à une intelligence artificielle souveraine, inclusive et gouvernée.

Par Dr Az-Eddine Bennani, HDR France.



Je tiens à féliciter Madame la Ministre Amal El Fallah Seghrouchni pour le travail déjà accompli et pour la vision présentée dans « AI Made in Morocco, la célérité d’une conquête de souveraineté ».

Cette présentation exprime une ambition qui mérite d’être saluée : permettre au Maroc de prendre pleinement sa place parmi les pays qui conçoivent les systèmes d’intelligence artificielle et construisent les capacités nécessaires pour en maîtriser les usages.

L’articulation proposée entre infrastructures, données, formation, innovation, administration et inclusion donne à cette ambition sa cohérence. Elle rappelle que la transformation numérique engage l’ensemble du pays.

La souveraineté se construit aussi dans les logiciels, les réseaux, les modèles, les compétences et les règles qui organisent leur fonctionnement. Cette orientation rencontre plusieurs convictions que je développe dans mes livres et mes tribunes.

J’y vois une invitation à contribuer, à rapprocher les expériences et à mobiliser les savoirs. Une vision nationale prend toute sa force lorsque les institutions, les entreprises, les universités, les territoires et les citoyens peuvent participer à sa réalisation.

La souveraineté commence par la capacité de concevoir

La volonté de faire du Maroc un pays de conception est essentielle. Concevoir signifie comprendre un problème, représenter une situation, choisir une architecture, organiser les ressources et examiner les conséquences des décisions.

Dans L’IA et le pouvoir de décider, je défends cette capacité de compréhension et de choix. Un pays renforce sa souveraineté lorsqu’il peut expliquer ses systèmes, discuter leurs orientations, adapter leur fonctionnement et conserver des possibilités d’action lorsque son environnement change.

La coopération internationale peut soutenir cette construction. Elle devient particulièrement féconde lorsqu’elle développe la recherche, transmet des compétences et donne aux équipes marocaines une place réelle dans la conception. Chaque partenariat peut ainsi contribuer à un patrimoine national de connaissances, de méthodes et de capacités durables.

La pensée systémique donne sa cohérence à l’ambition

La présentation ministérielle souligne les relations entre investissement, infrastructures, données, talents et usages. Cette lecture est précieuse : les résultats naissent des interactions entre ces dimensions.

C’est également le fil conducteur de mes travaux sur les systèmes d’information et la performance. La stratégie, l’organisation et la technologie se construisent ensemble. Une infrastructure rend possibles de nouveaux services ; ces services transforment le travail ; les pratiques du terrain permettent ensuite d’améliorer les systèmes.

Pour le Maroc, cette dynamique invite à relier davantage les administrations, les entreprises, les établissements de formation et les acteurs locaux. Un projet d’IA gagne en pertinence lorsque ceux qui connaissent le métier participent à sa conception.

L’expérience de l’agent public, du médecin, de l’enseignant, de l’entrepreneur ou de l’artisan devient alors une ressource pour l’innovation.

AI LIGHT : donner à l’autonomie un cadre de confiance

Le passage vers les agents d’intelligence artificielle ouvre des possibilités importantes. Ces systèmes peuvent rechercher des informations, préparer des dossiers, coordonner des opérations et exécuter certaines actions. Cette capacité appelle une organisation précise de la responsabilité.

C’est dans cet esprit que je développe AI LIGHT, un cadre de pilotage, de supervision et de contrôle humain des agents d’IA. Son point de départ est le contrat d’exécution : quelle mission confier au système ? Quelles données peut-il consulter ? Quels outils peut-il mobiliser ? Quelles actions sont autorisées ?

À quel moment une validation humaine devient-elle nécessaire ? Qui peut suspendre son fonctionnement ? Ces questions permettent d’accorder une autonomie proportionnée à la mission.

Le Rapport d’Activité Continu et la tour de contrôle rendent ensuite l’exécution observable et permettent une intervention humaine au moment utile. AI LIGHT peut ainsi contribuer à l’ambition nationale en donnant un contenu opérationnel à la confiance.

Un service devient plus facile à déployer lorsque ses responsables connaissent ses limites, disposent des informations nécessaires et peuvent répondre de ses effets.

Former des personnes capables de comprendre et de transmettre

L’attention portée aux talents constitue un autre point fort de la vision présentée. La formation donne aux infrastructures leur utilité et aux projets leur continuité.

Dans mes écrits, j’insiste sur un apprentissage qui associe les fondements informatiques, les connaissances du métier, l’expérience du terrain et le jugement.

Savoir utiliser un outil prend davantage de valeur lorsqu’on sait vérifier son résultat, expliquer sa méthode et reconnaître une situation qui exige une autre approche.

La figure du Maâlam éclaire cette exigence. Il connaît la matière, organise le travail, transmet son savoir, contrôle la qualité et répond de l’ouvrage.

Cette culture de la conception et de la responsabilité peut inspirer la formation des professionnels du numérique. Le Maroc dispose d’un héritage vivant de savoir-faire.

L’IA peut contribuer à le documenter, à le transmettre et à lui ouvrir de nouvelles possibilités, avec la participation de ceux qui le portent.

Une ambition qui prend vie dans les territoires

L’inclusion donne à la souveraineté sa portée collective. Elle concerne l’accès aux services, leur compréhension et la capacité de chacun à en tirer une utilité réelle. Les langues du Maroc, les métiers, les réalités rurales et urbaines, les coopératives, les petites entreprises et les pratiques culturelles doivent nourrir les projets.

Les Marocains d’ici et d’ailleurs, les jeunes talents et les professionnels expérimentés peuvent apporter des contributions complémentaires à cette construction. La frugalité prend également son sens dans les territoires.

Elle invite à proportionner les moyens au besoin et à examiner ensemble le calcul, l’énergie, l’eau, les coûts et les usages locaux. Une infrastructure peut devenir un point d’appui pour un écosystème de recherche, de formation et de services.

Avancer avec méthode, construire dans la durée

La célérité évoquée par Madame la Ministre exprime une volonté d’agir. Elle peut s’appuyer sur une méthode qui permet d’apprendre rapidement, de corriger et de généraliser les solutions dont l’utilité est démontrée.

C’est l’objet de mon livre Industrialiser l’IA au Maroc : accompagner le passage de l’expérimentation à une exploitation durable, avec des données préparées, des responsabilités identifiées, des essais documentés et une supervision effective.

L’ambition présentée mérite une mobilisation constructive. Chacun peut y apporter une expérience, une compétence, une question ou une proposition. Pour ma part, je souhaite y contribuer par mes travaux sur la transformation systémique, la souveraineté cognitive, l’industrialisation et AI LIGHT.

Le Maroc peut construire une trajectoire qui lui ressemble : ouverte sur le monde, attentive à ses territoires et portée par ses savoirs. Sa réussite se lira dans les services rendus, les compétences acquises, les métiers renforcés et la capacité des Marocaines et des Marocains à comprendre, concevoir et décider de leur avenir.


Mercredi 14 Octobre 2026

La Rédaction