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Le Maroc, grand absent des cartes mondiales de l'IA : Un signal faible à ne pas ignorer


Par Dr Az-Eddine Bennani

Les rapports internationaux consacrés à la diffusion de l’intelligence artificielle se multiplient. Le plus récent, publié par Microsoft, dresse une cartographie mondiale de l’usage de l’IA, fondée sur des indicateurs d’adoption, d’infrastructures et de compétences. L’exercice est sérieux, documenté, et méthodologiquement robuste. Mais un fait interpelle : le Maroc n’y apparaît pas comme pays identifié, ni comme trajectoire singulière.

Ce silence statistique ne signifie pas absence de dynamique. Il révèle autre chose, plus subtil et plus stratégique : un déficit de lisibilité internationale.

Car dans le même temps, le Maroc vit une effervescence réelle autour de l’IA. Conférences nombreuses, mobilisation de la jeunesse, formations universitaires, intérêt croissant des entreprises et de l’administration. Le pays parle d’IA, s’y forme, l’utilise déjà. Pourtant, dans les grands récits globaux, il demeure invisible.



Cette situation n’est pas sans rappeler une autre histoire récente.

Le Maroc, grand absent des cartes mondiales de l'IA : Un signal faible à ne pas ignorer
Pendant des années, le football marocain progressait, formait, structurait ses talents, sans reconnaissance pleine. Puis le Maroc a organisé et réussi la Coupe d’Afrique des Nations 2025, transformant un événement continental en vitrine mondiale.

À partir de là, le regard a changé. Non parce que le football marocain est soudain apparu, mais parce que le pays a pris la main sur l’organisation, le récit et le standard.

L’IA est aujourd’hui à ce point précis. Le Maroc n’est ni en retard ni en avance : il est à un moment charnière. Les rapports internationaux, comme celui de Microsoft, mesurent avant tout des usages massifs, des infrastructures lourdes et des plateformes dominantes. Ils voient ce qui est déjà stabilisé.

Ils voient moins les dynamiques émergentes, frugales, contextuelles, encore peu institutionnalisées.

Le risque est clair.

À défaut d’une stratégie lisible, le pays pourrait rester cantonné au rôle de consommateur d’IA importée, sans maîtrise de ses données, sans capacité de production locale de modèles, sans narration propre.

Mais l’opportunité est tout aussi claire. Le Maroc dispose d’atouts réels : stabilité institutionnelle, infrastructures numériques en progression, capital humain, ouverture africaine et méditerranéenne. À condition d’assumer une IA frugale et sociale, ancrée dans les besoins réels du pays.

Ce que révèle, en creux, le rapport de Microsoft, ce n’est donc pas un retard marocain. C’est l’urgence de passer d’une effervescence dispersée à une stratégie assumée, d’une accumulation d’initiatives à un récit national de l’IA.

L’IA n’est pas qu’une technologie. C’est un marqueur de souveraineté. Le Maroc a déjà démontré qu’il savait transformer un défi organisationnel en succès mondial. Reste à faire de l’intelligence artificielle non pas un sujet de conférences, mais un projet de pays.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Mardi 13 Janvier 2026