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Le Maroc premier industriel d’Afrique : consécration ou début d’un nouveau test ?


Rédigé par La Rédaction le Mardi 2 Juin 2026



Le Maroc vient de franchir un cap symbolique. Selon les éléments rapportés par Al Alam, le Royaume s’est hissé à la première place africaine dans l’indice de développement industriel de la Banque africaine de développement pour l’année 2025, devançant l’Afrique du Sud, longtemps considérée comme la principale puissance manufacturière du continent.

Le Maroc premier industriel d’Afrique : consécration ou début d’un nouveau test ?
Le succès marocain repose d’abord sur une vision royale constante. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a fait le choix de bâtir des écosystèmes industriels plutôt que de simples zones d’assemblage. La différence est majeure. Une usine peut produire une marchandise. Un écosystème produit de la valeur ajoutée, des fournisseurs, des ingénieurs, des techniciens, des exportations, des normes, de la confiance et du pouvoir de négociation.

C’est ce passage de l’usine isolée à la chaîne industrielle intégrée qui explique la progression marocaine. Tanger Med, les zones industrielles, les infrastructures routières, ferroviaires et portuaires, la stabilité institutionnelle, la proximité de l’Europe et l’ouverture sur l’Afrique ont donné au Maroc un avantage compétitif réel.

Mais ce modèle entre désormais dans une nouvelle phase. Après la conquête industrielle, vient l’épreuve de la souveraineté industrielle. Le Maroc ne peut pas se contenter d’être une plateforme performante pour investisseurs étrangers. Il doit devenir un pays qui conçoit, innove, brevète, forme et exporte son propre savoir-faire.

Le point faible reste connu : la recherche-développement demeure insuffisante. Les PME marocaines sont encore trop peu intégrées aux grands écosystèmes industriels. La valeur ajoutée locale reste perfectible. Les activités se concentrent fortement sur certains pôles côtiers, laissant plusieurs régions en marge de cette dynamique. À cela s’ajoutent les contraintes de demain : disponibilité de l’eau, coût de l’énergie, empreinte carbone, exigences européennes en matière environnementale.

C’est ici que le classement africain devient moins une médaille qu’un avertissement. Être premier oblige. Le Maroc doit maintenant transformer cette position en avantage stratégique durable.

La prochaine bataille sera celle de l’industrie verte. Grâce aux énergies renouvelables, à l’hydrogène vert, aux phosphates, au cobalt, au cuivre et aux métaux critiques, le Royaume peut se positionner sur les industries du futur : batteries, mobilité électrique, composants technologiques, fertilisants intelligents, matériaux bas carbone. Mais cette opportunité ne sera captée que si le pays investit massivement dans la formation technique, l’ingénierie, la recherche appliquée et l’intégration des entreprises marocaines.

L’autre enjeu est africain. Si le Maroc est premier industriel du continent, il doit aussi devenir un moteur de l’industrialisation africaine. Cela suppose de mieux orienter une partie de ses exportations industrielles vers les marchés africains, de construire des partenariats Sud-Sud plus productifs, et de ne pas limiter son modèle à une dépendance excessive vis-à-vis de l’Europe.

Le Maroc a gagné une bataille de positionnement. Il lui reste à gagner la bataille de la profondeur.

Car le vrai leadership industriel ne se mesure pas seulement dans les classements internationaux. Il se mesure dans la capacité d’un pays à créer des emplois qualifiés, à retenir ses talents, à faire monter ses PME, à réduire ses vulnérabilités et à imposer ses marques dans le monde.

Le Maroc est désormais reconnu comme première puissance industrielle africaine. Très bien. Mais la vraie question commence maintenant : comment faire de cette première place une transformation ressentie par chaque territoire, chaque entreprise et chaque famille marocaine ?




Mardi 2 Juin 2026