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Le Maroc qui brille… et le Maroc qui désespère


Rédigé par le Vendredi 31 Juillet 2026

Il y a deux Maroc.



    Le Maroc qui brille… et le Maroc qui désespère
Le premier est celui que le monde regarde avec admiration. Un Maroc qui accueille des artistes internationaux à Mawazine, qui organise des compétitions sportives d'envergure mondiale, qui s'apprête à recevoir, avec ambition, la Coupe du monde 2030. C'est un Maroc qui investit dans les infrastructures, les lignes ferroviaires, les routes, les hôtels, les aéroports et les équipements sportifs. Un Maroc qui gagne en visibilité, en attractivité et en influence.

Puis il y a un second Maroc.

Celui que l'on aperçoit moins dans les cérémonies officielles, dans les discours et dans les vidéos promotionnelles.

Le Maroc de ces milliers de jeunes qui, au lieu de rêver d'assister à une Coupe du monde dans leur pays, rêvent simplement d'en sortir.

Les images venues de Fnideq et des abords de Sebta, à l'occasion de la Fête du Trône, resteront longtemps gravées dans les mémoires. Des milliers de personnes ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole par la mer ou en franchissant les barrières. Parmi elles, des jeunes, des femmes, des familles entières et même des mineurs. Certains ont été secourus. D'autres ont été arrêtés. D'autres encore ont disparu sous les vagues, emportés par une mer devenue le cimetière de leurs espoirs.

Chaque année, la Méditerranée continue d'engloutir des vies. Et pourtant, malgré les drames répétés, malgré les campagnes de sensibilisation, malgré les risques connus de tous, des milliers de Marocain.es continuent de considérer que mourir en mer est parfois une éventualité plus acceptable que renoncer à partir.

Cette réalité devrait tous nous interroger.

Car personne ne quitte son pays par plaisir. Personne ne choisit de confier son destin à une embarcation de fortune ou de nager des kilomètres vers l'inconnu simplement pour vivre une aventure.

On part lorsqu'on ne croit plus avoir de place.

On part lorsqu'on a perdu confiance.


On part lorsqu'on estime que l'avenir est ailleurs.


Et c'est précisément là que réside la véritable question.


Le problème n'est pas seulement migratoire.


Il est économique, social, éducatif, psychologique et politique.


Il parle d'un chômage qui touche particulièrement les jeunes diplômés. Il parle d'inégalités territoriales qui persistent entre les régions. Il parle d'une jeunesse qui peine parfois à accéder à un emploi stable, à un logement ou à une autonomie financière. Il parle aussi d'un sentiment de découragement, nourri par l'impression que les opportunités ne sont pas accessibles à tous.


Bien sûr, le Maroc avance.


Il serait malhonnête de prétendre le contraire.


Le Royaume a engagé d'importants chantiers de modernisation, investi dans les infrastructures, développé son attractivité économique et renforcé son rayonnement diplomatique. Les grands événements sportifs constituent également une opportunité exceptionnelle de développement, de création d'emplois et de valorisation de l'image du pays.


Mais ces réussites ne devraient jamais empêcher de regarder en face les réalités sociales.


Le développement d'un pays ne peut pas être évalué uniquement au nombre de kilomètres d'autoroutes construits, au nombre de touristes accueillis ou au prestige des événements organisés.


Le véritable indicateur est ailleurs.


C'est la confiance.


La confiance d'un jeune diplômé qui croit pouvoir réussir chez lui.


La confiance d'une femme qui se sent protégée, écoutée et économiquement indépendante.


La confiance d'un adolescent qui imagine son avenir au Maroc plutôt que sur une plage de Fnideq, les yeux tournés vers l'Europe.


À quoi sert de construire les plus grands stades du continent si une partie de la jeunesse ne s'imagine même pas y travailler, y vivre ou y fonder une famille ?


À quoi sert d'accueillir le monde entier si nos propres citoyens sont prêts à tout quitter pour aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent plus ici ?


Ces questions ne remettent pas en cause les ambitions du Royaume.


Au contraire.


Elles rappellent qu'un développement durable ne peut pas être uniquement visible dans le béton, l'acier ou les grands projets.


Il doit aussi se mesurer dans la qualité de vie, dans l'égalité des chances, dans l'accès à l'emploi, dans la justice sociale et dans la confiance des citoyens.


À l'approche des élections, le débat politique ne peut pas se limiter à la multiplication des promesses ou à la présentation de nouveaux programmes.


Il doit répondre à une interrogation fondamentale : pourquoi des milliers de jeunes continuent-ils de penser que leur avenir se trouve de l'autre côté de la Méditerranée ?


Pourquoi autant de familles acceptent-elles de voir leurs enfants risquer leur vie ?


Pourquoi des femmes entreprennent-elles ces traversées malgré les violences auxquelles elles peuvent être exposées ?


Pourquoi des mineurs considèrent-ils qu'ils ont davantage à espérer dans l'inconnu que dans leur propre pays ?


Ces questions exigent des réponses concrètes.


Des politiques publiques capables de créer de l'emploi, de réduire les inégalités, de soutenir les territoires les plus fragiles, d'améliorer l'école publique, de renforcer la protection sociale, d'accompagner la santé mentale des jeunes et de restaurer la confiance envers les institutions.


Car la migration irrégulière ne disparaîtra pas uniquement grâce aux contrôles aux frontières.


Elle reculera lorsque les raisons de partir diminueront.


Le Maroc mérite d'être fier de ses réussites internationales.


Il mérite d'accueillir des festivals, des compétitions continentales et des événements mondiaux.


Mais la plus belle victoire ne sera ni une cérémonie d'ouverture réussie, ni un stade rempli, ni une finale historique.


La plus grande victoire sera le jour où un jeune Marocain regardera la mer sans y voir une porte de sortie.


Le jour où une jeune femme n'aura plus à choisir entre l'exil et l'absence de perspectives.


Le jour où les mineurs ne seront plus tentés de risquer leur vie pour atteindre une rive qu'ils imaginent plus clémente.


Parce qu'un pays n'est véritablement développé que lorsque ses citoyens veulent y construire leur avenir, et non le fuir.

C'est sans doute là le plus grand défi du Maroc des prochaines années : faire en sorte que les rêves de sa jeunesse ne commencent plus de l'autre côté de la mer, mais ici, sur cette terre qu'elle n'aurait jamais dû vouloir quitter.





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 31 Juillet 2026