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Le Monde et le Maroc : Chronique d’une obsession recyclée


Par Naïm Kamal.

A force d’écrire contre le Maroc, Le Monde finit par produire toujours le même article. Le dernier en date, consacré aux « promesses démocratiques non tenues » de la Constitution de 2011, ne relève ni de l’enquête ni de l’actualité brûlante. Il s’inscrit dans une longue tradition éditoriale où l’analyse cède devant la répétition, et où la complexité marocaine est ramenée à un procès à charge.



Une vieille et lassante musique

Si un jour l’on s’amusait à recenser les journalistes qui se sont succédés à charge sur le Maroc depuis que le général De Gaulle a créé Le Monde comme prolongement médiatique de la France coloniale fragilisée par la deuxième Guerre mondiale, on en formerait une joyeuse cohorte de légionnaires de la plume.

Il faudrait aussi un archiviste patient pour inventorier la succession de papiers hostiles publiés depuis l’indépendance du Royaume.

Une litanie ininterrompue des mêmes griefs qui lui font détenir le record des articles recyclés.

Le dernier en date prétend faire le point de la réforme constitutionnelle de 2011. Quelle actualité l’a justifié ? Aucune si ce n’est  la nostalgie d’un moment, en février de la même année, où certains pariaient sur l’effondrement de la monarchie marocaine dans le sillage d’un « printemps » qui n’avait de printemps que le nom.

L’échec de cette prédiction aussi vieille que le journal lui-même semble continuer de hanter certaines plumes.

Alors on recycle. On aligne des interrogations faussement candides.

Et l’on conclut, immanquablement, que les promesses n’ont pas été tenues.


L’éloge contraint…

Le Roi Mohammed VI en compagnie du Prince héritier Moulay El Hassan lance à Salé l'opération nationale "Ramadan 1447" . C’est encore Prince héritier, que le Souverain imposé à l’État, ses élites et plus généralement aux Marocains de regarder la part pauvre de leur pays dans les yeux (Photo Driss Ben Malek)
Le Roi Mohammed VI en compagnie du Prince héritier Moulay El Hassan lance à Salé l'opération nationale "Ramadan 1447" . C’est encore Prince héritier, que le Souverain imposé à l’État, ses élites et plus généralement aux Marocains de regarder la part pauvre de leur pays dans les yeux (Photo Driss Ben Malek)
Pourtant, le journaliste reconnaît lui-même ce que nul ne peut nier : « Le bond en avant du Maroc est spectaculaire dans certains domaines, comme les infrastructures. Les indicateurs liés aux conditions de vie s’améliorent.

Le Royaume est entré en mai 2025 dans la catégorie des pays à développement humain élevé selon les critères des Nations unies. »

Trop beau pour être admis sans réserve. Car aussitôt tombe le couperet : ces données officielles ne reflèteraient pas la précarité réelle de la population.
 

Ainsi fonctionne le raisonnement. On concède les faits, mais on en récuse la portée. On admet les chiffres, mais on en réduit l’effet. On reconnaît les avancées, mais on les relativise jusqu’à les vider de leur substance.


Le fantasme du « village Potemkine »

Le Monde est libre d’amplifier l’importance de l’éphémère et étrange mouvement Gen Z, écrire ce qu’il entend de l’état des lieux au Maroc, répéter à satiété ce qu’il a, depuis l’indépendance, véhiculé sans répit sur le Royaume :

Des ‘’ fissures menaçant les fondations’’.  

Cette liberté est toutefois pervertie par la volonté de réduire ce qui - de son aveu - réussit au Maroc, à la légende du ‘’village de Potemkine ‘’ pour prétendre que les succès du Maroc ne servent qu’à dissimuler les marges laissées en rade du développement.
 

Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette légende veut que lors du voyage en 1787 de la tsarine russe Catherine la Grande en Crimée, le prince Grigori Potemkine aurait fait construire de faux villages le long du parcours impérial :

De simples façades en bois, décorées et peuplées de figurants, destinées à lui donner l’illusion de prospérité dans des régions en réalité pauvres et peu développées.

Un “village Potemkine” désigne depuis une mise en scène destinée à cacher une réalité difficile. Une façade trompeuse.


Ignorance

Mais le Maroc ne cache rien ! Et encore moins derrière des décors de théâtre en papier mâché. Lui appliquer en conséquence cette légende relève soit de l’ignorance soit de la manipulation.

Les indicateurs rouges du Maroc sont accessibles dans les statistiques du Haut-Commissariat au Plan et les rapports de l’Observatoire national du développement humain.

Le pays est ouvert sans restrictions au tourisme, aux investisseurs, aux organismes et observateurs internationaux.

Les inégalités territoriales et sociales sont connues, discutées, documentées. Régulièrement, elles donnent lieu à des manifestations de contestation. Elles font l’objet de politiques publiques, de programmes de rattrapage, d’initiatives royales structurantes.

C’est d’ailleurs Mohammed VI, alors Prince héritier, qui a imposé à l’État, ses élites et plus généralement aux Marocains de regarder la part pauvre de leur pays dans les yeux, en institutionnalisant les campagnes de solidarité avec les démunis.

Et c’est son père, Hassan II, qui rappelait que face à la mauvaise foi, toute discussion est vaine.

PAR NAIM KAMAL/ QUID.MA



Lundi 23 Février 2026