Une vieille et lassante musique
Il faudrait aussi un archiviste patient pour inventorier la succession de papiers hostiles publiés depuis l’indépendance du Royaume.
Une litanie ininterrompue des mêmes griefs qui lui font détenir le record des articles recyclés.
Le dernier en date prétend faire le point de la réforme constitutionnelle de 2011. Quelle actualité l’a justifié ? Aucune si ce n’est la nostalgie d’un moment, en février de la même année, où certains pariaient sur l’effondrement de la monarchie marocaine dans le sillage d’un « printemps » qui n’avait de printemps que le nom.
L’échec de cette prédiction aussi vieille que le journal lui-même semble continuer de hanter certaines plumes.
Alors on recycle. On aligne des interrogations faussement candides.
Et l’on conclut, immanquablement, que les promesses n’ont pas été tenues.
L’éloge contraint…
Le Royaume est entré en mai 2025 dans la catégorie des pays à développement humain élevé selon les critères des Nations unies. »
Trop beau pour être admis sans réserve. Car aussitôt tombe le couperet : ces données officielles ne reflèteraient pas la précarité réelle de la population.
Ainsi fonctionne le raisonnement. On concède les faits, mais on en récuse la portée. On admet les chiffres, mais on en réduit l’effet. On reconnaît les avancées, mais on les relativise jusqu’à les vider de leur substance.
Le fantasme du « village Potemkine »
Le Monde est libre d’amplifier l’importance de l’éphémère et étrange mouvement Gen Z, écrire ce qu’il entend de l’état des lieux au Maroc, répéter à satiété ce qu’il a, depuis l’indépendance, véhiculé sans répit sur le Royaume :
Des ‘’ fissures menaçant les fondations’’.
Cette liberté est toutefois pervertie par la volonté de réduire ce qui - de son aveu - réussit au Maroc, à la légende du ‘’village de Potemkine ‘’ pour prétendre que les succès du Maroc ne servent qu’à dissimuler les marges laissées en rade du développement.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette légende veut que lors du voyage en 1787 de la tsarine russe Catherine la Grande en Crimée, le prince Grigori Potemkine aurait fait construire de faux villages le long du parcours impérial :
De simples façades en bois, décorées et peuplées de figurants, destinées à lui donner l’illusion de prospérité dans des régions en réalité pauvres et peu développées.
Un “village Potemkine” désigne depuis une mise en scène destinée à cacher une réalité difficile. Une façade trompeuse.
Ignorance
Les indicateurs rouges du Maroc sont accessibles dans les statistiques du Haut-Commissariat au Plan et les rapports de l’Observatoire national du développement humain.
Le pays est ouvert sans restrictions au tourisme, aux investisseurs, aux organismes et observateurs internationaux.
Les inégalités territoriales et sociales sont connues, discutées, documentées. Régulièrement, elles donnent lieu à des manifestations de contestation. Elles font l’objet de politiques publiques, de programmes de rattrapage, d’initiatives royales structurantes.
C’est d’ailleurs Mohammed VI, alors Prince héritier, qui a imposé à l’État, ses élites et plus généralement aux Marocains de regarder la part pauvre de leur pays dans les yeux, en institutionnalisant les campagnes de solidarité avec les démunis.
Et c’est son père, Hassan II, qui rappelait que face à la mauvaise foi, toute discussion est vaine.
PAR NAIM KAMAL/ QUID.MA
