L'ODJ Média

« Le Monde, je n’ai plus besoin de vous lire : vous êtes tellement prévisible ! »

Le Monde, il serait peut-être temps de nous surprendre…


Rédigé par le Mardi 4 Août 2026



« Le Monde, je n’ai plus besoin de vous lire : vous êtes tellement prévisible ! »
Il existe une forme de prévisibilité qui finit par lasser. Non pas celle des événements, mais celle de certains commentaires. Lorsqu'il s'agit du Maroc, Le Monde semble parfois écrire avant même que les faits ne soient totalement établis. Les conclusions sont connues d'avance, les suspects désignés avant l'enquête, les sous-entendus soigneusement distillés et, surtout, les mêmes grilles de lecture réapparaissent inlassablement.

Le dossier consacré à Ceuta dans votre édition du 4 août en offre une nouvelle illustration. 

Le passage qui mérite de s'y arrêter est sans doute celui où vous vous interrogez sérieusement sur « l'étape suivante » qui pourrait être « l'annexion par le Maroc de Ceuta et Melilla ». Vous écrivez ensuite qu'aucune déclaration officielle ne vient étayer cette hypothèse. Certes. Mais alors pourquoi l'écrire ? Pourquoi introduire dans le débat un scénario dont vous reconnaissez vous-mêmes qu'il ne repose sur aucun élément concret ? 

Annexion ? Vraiment ? Le mot n'est pas neutre.

En droit international comme en histoire, une annexion désigne l'incorporation d'un territoire étranger par la force ou sous la contrainte.

Or, de quoi parle-t-on ici ?

Le Maroc revendique depuis son indépendance la restitution de Ceuta, Melilla et des îlots voisins en les considérant comme des vestiges coloniaux. Cette position est publique, constante et ancienne. On peut la partager ou la contester. Mais la qualifier implicitement de projet d'« annexion » revient à transformer une revendication diplomatique en intention militaire.

C'est un glissement lexical qui n'est pas anodin.

Imagine-t-on Le Monde écrire que les revendications britanniques sur les Falklands relèvent d'un projet « d'annexion » ? Ou que les discussions sur Gibraltar préparent une future « annexion » espagnole ?

Non.

Les mots, vos mots changent selon les pays concernés. Et c'est précisément cela qui interroge.

Votre article rappelle d'ailleurs lui-même que le Maroc parle d'« enclaves occupées » depuis des décennies. Rien de nouveau donc. Rien qui justifie de présenter aujourd'hui une hypothèse d'annexion comme une perspective crédible. 

Autre constante : lorsque survient une crise migratoire, la démonstration semble déjà écrite.

Le Maroc « met la pression ».
Le Maroc « montre sa capacité de nuisance ».
Le Maroc « utilise les migrants ».
Puis viennent les experts convoqués pour conforter cette lecture.

Bien sûr, l'article évoque quelques nuances et reconnaît que Madrid s'est gardé d'accuser officiellement Rabat. Mais l'architecture générale reste la même : suggérer sans affirmer, insinuer sans démontrer, orienter sans conclure. 

Pourtant, une autre lecture mériterait autant d'attention.

Comment expliquer que des dizaines de milliers de jeunes franchissent une frontière en moins de quarante-huit heures… avant que la quasi-totalité revienne au Maroc presque immédiatement ?

Pourquoi cet aller-retour inédit ?
Quel rôle ont joué les réseaux sociaux ?
Qui a lancé les rumeurs ?
Qui avait intérêt à créer un tel emballement ?
Pourquoi cette synchronisation ?

Sur ces questions, nous attendions davantage d'investigation que de spéculation géopolitique.

Votre propre correspondant reconnaît d'ailleurs que « les raisons restent obscures ». Alors pourquoi combler ces zones d'ombre par des hypothèses politiques aussi lourdes de conséquences ?

Le plus surprenant reste sans doute cette manière de présenter Tanger Med ou Nador West Med comme des instruments d'« asphyxie » des enclaves espagnoles. 

Faut-il rappeler qu'un pays a parfaitement le droit de développer ses ports, ses infrastructures et ses plateformes logistiques ?

Depuis quand la réussite économique d'un voisin constitue-t-elle une pression politique ?

Faudrait-il que le Maroc renonce à moderniser son économie pour préserver la prospérité commerciale de Ceuta ou de Melilla ?

L'argument étonne.

Au fond, ce qui dérange n'est pas que Le Monde critique le Maroc. La critique est légitime.

Ce qui interroge, c'est cette impression de scénario immuable.

Chaque crise devient la preuve d'une stratégie marocaine.
Chaque évolution économique devient un levier de pression.
Chaque revendication historique devient un soupçon d'expansion territoriale.

​À force, le lecteur finit par anticiper la conclusion avant même d'avoir tourné la page.

« Le Monde, je n’ai plus besoin de vous lire : vous êtes tellement prévisible ! »
Le Maroc mérite mieux que les procès d'intention.
L'Espagne aussi.

Et le journalisme mérite mieux que des hypothèses spectaculaires dont les auteurs reconnaissent eux-mêmes qu'elles ne reposent sur aucun fait établi.

Car une question demeure.

Entre un pays qui revendique diplomatiquement un territoire depuis soixante-dix ans et un journal qui évoque aujourd'hui une future « annexion » sans la moindre preuve, lequel prend le plus de liberté avec les mots ?

Le débat mérite mieux que cela. Le lecteur aussi.




Mardi 4 Août 2026