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Le Sahara marocain : l’aval des Nations unies et le moment stratégique de l’Algérie


Par Said Temsamani.

Les signaux diplomatiques prennent souvent des formes subtiles. Un appel téléphonique entre le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et son homologue français, Jean Noël Barrot, bien qu’en apparence routinier, illustre l’un des dossiers les plus déterminants de la diplomatie nord-africaine : l’avenir du Sahara marocain.



Officiellement, les deux ministres ont évoqué les relations bilatérales, la sécurité régionale au Sahel et les développements au Moyen-Orient.

Pourtant, la référence au Sahara marocain est loin d’être protocolaire.

Elle témoigne de la persistance de cette question au cœur des échanges diplomatiques de haut niveau et signale la convergence internationale croissante autour de l’initiative marocaine d’autonomie — un cadre de plus en plus reconnu comme la seule base réaliste pour parvenir à une solution durable.
 
Il y a dix-huit ans, le Maroc a soumis sa proposition d’autonomie au Conseil de sécurité des Nations unies comme contribution constructive à la stabilité régionale.

Ce plan prévoit une large autonomie locale sous souveraineté marocaine, conciliant les aspirations des populations locales avec l’intégrité territoriale du Royaume.

Pendant près de deux décennies, il a progressivement gagné l’appui de nombreux partenaires internationaux, séduits par son pragmatisme, son réalisme et son potentiel pour favoriser une stabilité durable dans la région.

Cette reconnaissance internationale a atteint une étape historique le 31 octobre 2025, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution S/2797/2025.

Celle-ci a entériné l’initiative marocaine d’autonomie à une large majorité et l’a consacrée comme l’unique cadre de négociation pour parvenir à un règlement définitif du différend.

À la suite de l’adoption de cette résolution, le roi Mohammed VI s’est adressé à la nation, qualifiant cet événement de « tournant décisif » et de « moment charnière dans l’histoire du Maroc moderne ».

Ses propos ont souligné l’importance stratégique du consensus international et la place centrale du plan d’autonomie dans la vision marocaine d’un Maghreb stable, pacifique et intégré.
 
Cette résolution va au-delà de la simple validation des efforts diplomatiques du Maroc. Elle reflète une évolution plus large des perceptions internationales à l’égard de l’Afrique du Nord.

Face à l’instabilité persistante au Sahel, à la montée des menaces sécuritaires et aux recompositions géopolitiques en Afrique, la communauté internationale privilégie de plus en plus des solutions pragmatiques garantissant stabilité, gouvernance et continuité institutionnelle.

Le plan d’autonomie marocain s’inscrit précisément dans cette logique : il propose une voie conciliant souveraineté nationale, autogouvernance locale et structures de gouvernance prévisibles — un triptyque essentiel à la stabilité régionale comme à la confiance des investisseurs.

Cependant, l’aval international accordé au plan marocain place également l’Algérie à un carrefour stratégique.

Depuis des décennies, Alger s’est positionnée comme un interlocuteur central dans le différend du Sahara.

Tout en affirmant officiellement ne pas être une partie directe au conflit, la réalité est que l’Algérie a joué un rôle déterminant dans sa dynamique.

L’aval des Nations unies lui impose désormais un choix : maintenir une posture d’obstruction au risque de se marginaliser, ou s’engager de manière constructive dans le cadre soutenu par la communauté internationale afin de contribuer à façonner l’avenir de la région.
 
Un engagement positif et pragmatique de l’Algérie pourrait transformer le paysage politique du Maghreb.

Une participation constructive aux négociations sous l’égide des Nations unies permettrait non seulement de résoudre un différend prolongé, mais aussi d’ouvrir la voie à une intégration économique régionale, à une coopération sécuritaire renforcée et à un développement partagé — autant de perspectives longtemps retardées par des décennies de tensions.

À l’inverse, un refus d’engagement risquerait d’isoler diplomatiquement l’Algérie et de la placer en marge du cadre émergent qui structure de plus en plus l’approche internationale de la région.

L’appel téléphonique entre Attaf et Barrot illustre cette dynamique en évolution.

Au-delà de la diplomatie de routine, il montre que les acteurs internationaux observent attentivement la réaction de l’Algérie face aux nouvelles réalités façonnées par la reconnaissance onusienne du plan marocain.

Pour la communauté internationale, le message est clair : les solutions pragmatiques fondées sur la stabilité et la faisabilité constituent désormais la référence, et les acteurs régionaux seront jugés à l’aune de leur volonté d’y contribuer de manière constructive.
 
L’initiative marocaine d’autonomie illustre la force d’une diplomatie patiente et réaliste.

De sa présentation aux Nations unies à l’adoption historique de la résolution du Conseil de sécurité, elle reflète une stratégie constante fondée sur la légitimité, le réalisme et l’adhésion aux normes internationales.

Le soutien international croissant dont elle bénéficie n’est pas seulement un succès diplomatique : il constitue une confirmation stratégique que la paix durable et la stabilité au Maghreb reposent sur la coopération, le pragmatisme et le respect de l’État de droit.

Pour l’Algérie, le moment est décisif.

Un engagement constructif n’est pas seulement dans son intérêt stratégique : il est la condition pour participer à la définition de l’avenir régional plutôt que d’en être écartée.

L’aval des Nations unies offre un cadre dans lequel l’Algérie peut prendre part de manière significative aux négociations, contribuer à la stabilité régionale et démontrer à la communauté internationale son attachement à des solutions réalistes et efficaces.
 
En diplomatie, les moments décisifs apparaissent souvent discrètement.

La résolution des Nations unies, le soutien international croissant au plan d’autonomie marocain et les signaux subtils qui transparaissent dans les échanges ministériels marquent précisément un tel moment.

La question est désormais de savoir si l’Algérie saisira cette opportunité pour contribuer de manière constructive, ou si l’inertie et les divisions héritées du passé continueront de dicter la trajectoire du Maghreb.

Pour le Maroc, le cadre est désormais établi ; pour la région, l’enjeu est déterminant.

Par Said Temsamani.


Mercredi 18 Mars 2026