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Le cancer du poumon est le crime organisé le plus rentable de l’histoire moderne de l’humanité


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

A l’occasion du 4 février, journée mondiale de lutte contre les cancers..

Le cancer du poumon n’est pas une fatalité biologique mystérieuse.
C’est un phénomène épidémiologique étroitement lié à une cause identifiable, massive et évitable : le tabac.

L’industrie du tabac a créé et maintenu pendant des décennies un marché d’addiction en minimisant, en niant et en retardant la reconnaissance des preuves scientifiques qui accablent ses produits.

Cette stratégie de désinformation ressemble à un crime organisé : un profit infini construit sur la maladie et la mort.



A lire ou à écouter en podcast :


​Une mort certifiée scientifiquement

Des décennies d’études montrent que le tabac est le principal facteur de risque du cancer du poumon. 

Dans les pays développés, près de 90 % des décès par cancer du poumon sont attribuables au tabagisme. 

Chez les hommes, le lien est encore plus fort ; chez les femmes, l’incidence a augmenté avec la progression historique du tabagisme féminin. 

Les chiffres ne souffrent pas d’interprétation : des milliers de substances dangereuses sont présentes dans la fumée — plus de 7 000 composés chimiques, dont au moins 70 sont des cancérogènes connus (comme le benzopyrène, le polonium ou l’arsenic). 
La fumée inhalée s’intègre directement dans les cellules pulmonaires, modifie leur ADN et perturbe les mécanismes de réparation cellulaire. 

​Tabagisme actif : Une addiction

Pour le fumeur régulier, le tabac multiplie drastiquement le risque de développer un cancer du poumon par rapport à une personne qui n’a jamais fumé ; ce risque augmente avec la durée et l’intensité du tabagisme. 

Plus on fume longtemps, plus les chances de déclencher un cancer pulmonaire grimpent, avec une réduction spectaculaire de l’espérance de vie. 

Ce n’est pas une maladie rare réservée aux plus âgés : même chez les moins de cinquante ans, des études rapportent une proportion croissante de cancers pulmonaires liés au tabagisme, particulièrement chez les femmes, reflétant l’évolution des habitudes tabagiques. 

Tabagisme passif : les victimes collatéraux

On parle souvent du fumeur, mais le tabagisme passif tue aussi. 

Les non-fumeurs exposés à la fumée environnementale inhalent les mêmes substances cancérigènes. 
Des données estiment que l’exposition passive augmente le risque de cancer du poumon chez les non-fumeurs et contribue à une part non négligeable des décès liés au tabac. 

Même un non-fumeur peut, de manière involontaire, respirer cette fumée toxique à la maison, au travail ou en public, exposant ses poumons à un cocktail chimique qui ne reconnaît ni âge, ni statut social.

Un jeu d’ombre orchestré

Les documents internes de l’industrie du tabac et l’analyse de leurs stratégies de communication ont montré des tactiques quasi criminelles : dissimuler, semer le doute, financer des études biaisées, attaquer la science et retarder le changement réglementaire. 

Ces méthodes, connues sous le nom de tobacco industry playbook, ont permis d’entretenir l’ambiguïté publique sur les effets du tabac bien après que la science ait établi sa dangerosité. 

Ce maniement des faits ne ressemble pas à du marketing responsable. 
Il ressemble à une stratégie volontaire pour maintenir un marché rentable au prix de vies humaines.

Justice scientifique : les faits parlent

Des études historiques, comme l’étude des médecins britanniques, ont été parmi les premières à prouver de façon convaincante, dès les années 1950, que le tabagisme augmentait significativement les risques de cancer du poumon. 

Refusant la pression d’intérêts commerciaux, ces chercheurs ont montré que ceux qui fument vivent significativement moins longtemps que ceux qui n’ont jamais fumé, une relation dose-effet claire. 

Depuis, des centaines d’études épidémiologiques dans le monde entier confirment cette conclusion : le tabac est la cause dominante du cancer du poumon.

Un profit bâti sur la mort

Qualifier l’industrie du tabac de « crime organisé le plus rentable » n’est pas une métaphore légère.

C’est le constat que des produits clairement cancérogènes ont été vendus massivement, avec connaissance des risques, avec retard dans l’information et avec minimisation des conséquences, tout en engrangeant des profits énormes et en externalisant les coûts humains et sanitaires vers les fumeurs et leurs familles.

Le cancer du poumon n’est pas un hasard : il est le résultat documenté d’une addiction entretenue par des stratégies délibérées.

Cesser de fermer les yeux n’est pas seulement une affaire de santé publique, c’est une question de justice scientifique et morale.

Par Dr Anwar CHERKAOUI

Mercredi 4 Février 2026



Rédigé par La rédaction le Mercredi 4 Février 2026