Les infirmiers murmuraient son nom.
Les étudiants rêvaient de lui ressembler. Les patients le bénissaient. Tout aurait pu s’arrêter là. Mais l’intelligence est une maîtresse dangereuse lorsqu’elle se contemple trop longtemps dans le miroir.
Elle finit par donner l’illusion d’un pouvoir. Le professeur regarda alors son bistouri — ce modeste morceau d’acier — et pensa soudain qu’il méritait mieux qu’un simple théâtre opératoire. Il voulut les couloirs du pouvoir.
Les bureaux capitonnés. Les décisions qui se signent avec des stylos lourds plutôt qu’avec des lames fines.
Elle finit par donner l’illusion d’un pouvoir. Le professeur regarda alors son bistouri — ce modeste morceau d’acier — et pensa soudain qu’il méritait mieux qu’un simple théâtre opératoire. Il voulut les couloirs du pouvoir.
Les bureaux capitonnés. Les décisions qui se signent avec des stylos lourds plutôt qu’avec des lames fines.
C’est alors que l’ombre de Machiavel passa au-dessus de son épaule.
Il relut le Prince comme on lit un traité de chirurgie, persuadé que gouverner les hommes n’était qu’une autre forme d’opération délicate. Quelle erreur. Quelle candeur presque grotesque. Et surtout, quel manque d’humilité.
Le corps humain est parfois capricieux, mais l’administration est un labyrinthe où même les minotaures perdraient leur chemin.
Le chirurgien entra donc dans ce monde spécial qu’on appelle l’administration. Une bâtisse pleine de bureaux, de couloirs interminables, de regards obliques et de conflits silencieux.
Et lui, qui trouvait une étrange énergie dans la friction des caractères, transforma peu à peu l’espace qu’il devait gouverner en une poudrière. Les collègues qui auraient dû travailler main dans la main apprirent à se regarder en chiens de faïence.
Le corps humain est parfois capricieux, mais l’administration est un labyrinthe où même les minotaures perdraient leur chemin.
Le chirurgien entra donc dans ce monde spécial qu’on appelle l’administration. Une bâtisse pleine de bureaux, de couloirs interminables, de regards obliques et de conflits silencieux.
Et lui, qui trouvait une étrange énergie dans la friction des caractères, transforma peu à peu l’espace qu’il devait gouverner en une poudrière. Les collègues qui auraient dû travailler main dans la main apprirent à se regarder en chiens de faïence.
Les alliances devinrent fragiles.
Les couloirs bruissèrent de rumeurs. Les réunions prirent l’allure de champs de bataille sourde. Là, l’expérience bistourienne ne servait à rien.
On ne dissèque pas les relations humaines avec une lame comme on dissèque une valve ou un ventricule du cœur. Dans l’administration, la seule arme valable est la langue de la communication. Et non cette dictature silencieuse que certains chefs prennent pour de l’autorité.
Le professeur, qui savait ouvrir un thorax en quelques minutes, mit longtemps — trop longtemps peut-être — à comprendre qu’il n’avait jamais appris la seule chirurgie utile dans ces lieux : celle qui consiste à guider son ambition sans écraser celle des autres.
Alors il tenta de jouer au prince. Mais jouer au prince est dangereux quand on n’est qu’un chirurgien habitué à être entouré d’excutants.
Car les vrais princes — ceux que Machiavel aurait reconnus — ne tiennent pas que des bistouris. Ils doivent surtout tenir des ficelles. Et un jour, presque sans bruit, l’artiste du bistouri se retrouva réduit à une caricature de prince.
Les couloirs qu’il croyait conquérir l’avaient simplement rejeté. La chute fut rapide. Tonitruante et sourde dans sa cruauté. Une chute brève, ironique et implacable. La sentence tomba d’en haut, nette comme une guillotine administrative.
On ne dissèque pas les relations humaines avec une lame comme on dissèque une valve ou un ventricule du cœur. Dans l’administration, la seule arme valable est la langue de la communication. Et non cette dictature silencieuse que certains chefs prennent pour de l’autorité.
Le professeur, qui savait ouvrir un thorax en quelques minutes, mit longtemps — trop longtemps peut-être — à comprendre qu’il n’avait jamais appris la seule chirurgie utile dans ces lieux : celle qui consiste à guider son ambition sans écraser celle des autres.
Alors il tenta de jouer au prince. Mais jouer au prince est dangereux quand on n’est qu’un chirurgien habitué à être entouré d’excutants.
Car les vrais princes — ceux que Machiavel aurait reconnus — ne tiennent pas que des bistouris. Ils doivent surtout tenir des ficelles. Et un jour, presque sans bruit, l’artiste du bistouri se retrouva réduit à une caricature de prince.
Les couloirs qu’il croyait conquérir l’avaient simplement rejeté. La chute fut rapide. Tonitruante et sourde dans sa cruauté. Une chute brève, ironique et implacable. La sentence tomba d’en haut, nette comme une guillotine administrative.
Des années passèrent.
Et après le pardon du Dieu Tout-Puissant, il ne lui reste plus qu’une question suspendue dans l’air, comme une prière inachevée : Peut-on retrouver la noblesse d’un art que l’on a abandonné pour courir après l’ombre du pouvoir ? Peut-être.
Après tout, Dieu est grand. Un chirurgien qui reprend son bistouri peut parfois réparer autre chose qu’un organe. Il peut réparer son propre destin. Enlever la malignité de son cerveau. Mais il est des images que la mémoire refuse d’effacer. Sa dernière sortie de l’administration.
Ce jour-là, même le sbire posté à la porte refusa de le saluer. Il l’accompagna avec un regard méprisant jusqu’à la porte de sortie avec une phrase sèche, presque satanique dans sa cruauté : — Tu as voulu être un prince.
Aujourd’hui, tu es un paria. Et pour la première fois depuis longtemps, l’ancien maître du bistouri comprit que certaines blessures ne saignent pas. Elles cicatrisent. Mais la trace de la plaie est toujours là.
Par Dr Anwar CHERKAOUI.
Après tout, Dieu est grand. Un chirurgien qui reprend son bistouri peut parfois réparer autre chose qu’un organe. Il peut réparer son propre destin. Enlever la malignité de son cerveau. Mais il est des images que la mémoire refuse d’effacer. Sa dernière sortie de l’administration.
Ce jour-là, même le sbire posté à la porte refusa de le saluer. Il l’accompagna avec un regard méprisant jusqu’à la porte de sortie avec une phrase sèche, presque satanique dans sa cruauté : — Tu as voulu être un prince.
Aujourd’hui, tu es un paria. Et pour la première fois depuis longtemps, l’ancien maître du bistouri comprit que certaines blessures ne saignent pas. Elles cicatrisent. Mais la trace de la plaie est toujours là.
Par Dr Anwar CHERKAOUI.
