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Le concerto du bistouri.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

À mon ami Dr Z.T., qui s’apprête à troquer le bistouri contre la plume.

Dans le silence solennel d’un bloc opératoire, quelque chose d’étrangement musical se prépare.

Ce n’est pas une salle de concert, et pourtant tout y ressemble.

La lumière blanche éclaire la scène, les acteurs se mettent en place, et les instruments attendent patiemment leur entrée.



Le chirurgien, lui, est à la fois chef d’orchestre et premier violon.

Devant lui, sur la table d’instruments, repose une véritable partition métallique : pinces délicates, ciseaux fins, écarteurs robustes, porte-aiguilles précis.

Chaque objet a son timbre, sa fonction, sa note. Aucun n’est là par hasard. Le bistouri ouvre la première mesure.

D’un geste sûr, presque cérémoniel, il trace la première ligne de la partition chirurgicale.

C’est une note claire, nette, précise — l’accord initial qui donne le ton à toute l’intervention.

Puis viennent les pinces, comme des clarinettes discrètes, qui saisissent, maintiennent, accompagnent le mouvement.

Les ciseaux interviennent ensuite, rapides et élégants, semblables à des arpèges qui découpent l’espace avec une précision presque chorégraphique.

L’écarteur, lui, joue la basse continue.

Le concerto du bistouri.
Silencieux mais essentiel, il maintient le champ opératoire ouvert comme un rideau de scène que l’on retient pour que le spectacle continue.

Et le porte-aiguille, patient et méthodique, referme les phrases musicales avec la rigueur d’un copiste fidèle qui veille à la cohérence de la partition.

Mais au-delà de la technique, il existe entre le chirurgien et ses instruments une relation presque intime. Chaque chirurgien possède ses préférences, ses habitudes, ses fidèles compagnons d’acier.

Certains choisissent un bistouri comme on choisit une plume. D’autres jurent par une pince particulière dont ils reconnaissent le poids, l’équilibre, la réponse tactile.

Avec les années, ces instruments deviennent plus que de simples outils. Ils deviennent des partenaires.

Le chirurgien les saisit sans même les regarder.

Ses doigts les reconnaissent comme un pianiste reconnaît les touches de son clavier. Entre la main et l’acier s’installe une complicité silencieuse faite d’expérience, de mémoire et de confiance.

Dans ce ballet minutieux, chaque geste est une note, chaque étape une mesure, chaque décision une modulation.

Et lorsque l’intervention se termine, lorsque la dernière suture ferme doucement la partition ouverte sur la chair humaine, le chirurgien dépose ses instruments comme un musicien repose son archet après un concerto.

Le silence revient. Mais ceux qui ont déjà vécu ces moments savent que, derrière le calme apparent du bloc opératoire, il s’est joué une véritable symphonie, une œuvre faite de science, de précision et d’humanité.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.

Lundi 6 Avril 2026



Rédigé par La rédaction le Lundi 6 Avril 2026