Le gouvernement a-t-il un sexe ?


Par Fawzia Talout Meknassi.

L'histoire politique du Maroc vient de franchir un seuil symbolique majeur avec la nomination, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L'Assiste, de Madame Fatima-Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement, conformément à l'esprit et aux dispositions de la Constitution de 2011, notamment ses articles 42 et 47.

Pour la première fois dans l'histoire du Royaume, une femme accède à cette responsabilité suprême de l'Exécutif.

À Madame Fatima-Zahra El Mansouri, j'adresse mes félicitations les plus sincères ainsi que mes vœux les plus chaleureux de pleine réussite dans l'accomplissement de cette haute mission au service de la Nation.

Au-delà de la personne, c'est une étape importante dans l'évolution institutionnelle du Maroc qui s'écrit aujourd'hui.

L'événement mérite d'être salué pour sa portée à la fois institutionnelle, politique et sociétale. Il consacre une évolution profonde de la place des femmes dans les sphères de décision et confirme la maturité d'un pays qui considère désormais l'accès aux plus hautes fonctions comme une question de compétence, de légitimité démocratique et de responsabilité, bien davantage que de genre.



Cette nomination met également fin à de vieux débats qui ont longtemps tenté d'enfermer les femmes dans des limites artificielles.

Pendant des années, certains ont entretenu l'idée que certaines fonctions de l'État seraient naturellement réservées aux hommes. L'histoire vient une nouvelle fois démontrer que le leadership, la vision et la capacité d'agir ne relèvent ni du masculin ni du féminin, mais du mérite et de l'engagement.

Mais une fois passée l'émotion du symbole, une question fondamentale demeure : un gouvernement a-t-il un sexe ? La réponse est probablement non.

Les citoyens ne jugeront pas la nouvelle Cheffe du gouvernement parce qu'elle est une femme. Ils la jugeront sur sa capacité à améliorer leur quotidien, à renforcer la confiance dans les institutions et à répondre aux attentes économiques et sociales du pays.

Les premiers critères d'évaluation apparaîtront très rapidement.

D'abord, la composition de l'équipe gouvernementale. Les Marocains attendent des personnalités crédibles, compétentes, intègres et capables d'assumer pleinement leurs responsabilités. Dans un contexte où l'exigence de transparence est devenue centrale, la qualité des femmes et des hommes qui composeront l'Exécutif constituera un premier signal politique fort.

Ensuite, la nature de la majorité gouvernementale. S'agira-t-il d'une simple coalition construite sur l'arithmétique électorale ou d'une véritable alliance politique porteuse d'une vision commune pour le Maroc ? La stabilité ne repose pas uniquement sur le nombre de sièges ; elle repose également sur la cohérence du projet collectif et la capacité à servir l'intérêt général.

Enfin, les premières décisions seront déterminantes. Le pouvoir d'achat, l'emploi, les disparités territoriales, la qualité des services publics, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et la prévention des conflits d'intérêts figurent parmi les préoccupations majeures des citoyens. C'est sur ces terrains que se construira la confiance.

À cet égard, un autre symbole mérite d'être observé. Le Maroc compte aujourd'hui deux femmes occupant des positions stratégiques au sommet de l'État : l'une à la tête du gouvernement, l'autre, Madame Zineb El Adaoui, à la présidence de la Cour des comptes. Gouverner d'un côté, contrôler de l'autre. Agir et rendre compte. Décider et évaluer.

Cette configuration illustre une idée forte : la modernisation de l'État ne se mesure pas seulement à l'accès des femmes aux responsabilités. Elle se mesure surtout à la capacité des institutions à fonctionner harmonieusement, à se compléter et à garantir l'intérêt général dans le respect de la reddition des comptes.

L'enjeu n'est donc pas de savoir si une femme gouverne différemment d'un homme. L'enjeu est de savoir si elle réussira, avec son équipe, à répondre aux attentes des Marocains, à renforcer la confiance dans l'action publique et à ouvrir une nouvelle étape de développement pour le Royaume.

Le gouvernement n'a pas de sexe. Il a une responsabilité.

Et parce que cette première constitue un moment historique pour notre pays, nombreux sont ceux qui forment aujourd'hui le vœu sincère que cette expérience soit une réussite. Non pas seulement pour la femme qui en porte la responsabilité, mais pour le Maroc, pour ses institutions, pour sa démocratie et pour les générations futures.

Ces générations futures y verront la confirmation qu'aucune responsabilité nationale n'est hors de portée lorsque le mérite, la confiance et la compétence sont au rendez-vous.


Mercredi 30 Septembre 2026

La Rédaction
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