Alors que le Maroc affronte un stress hydrique historique et que l'inflation pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages, un rapport accablant du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) révèle que des millions de tonnes de nourriture finissent chaque année à la décharge. Une aberration économique, sociale et environnementale qui appelle une remise en question urgente et radicale de notre modèle de production et de consommation.
Agir ou subir : L'impératif d'une stratégie nationale de l'alimentation durable
Il y a des chiffres qui, au-delà de leur froideur statistique, sonnent comme un véritable réquisitoire contre nos modes de vie. Dans un pays où la pluie est devenue une bénédiction rare, où chaque goutte d'eau est âprement disputée pour sauver des récoltes menacées, le constat dressé par le CESE sur les pertes et gaspillages alimentaires (PGA) est tout simplement foudroyant. Nous vivons une époque de dissonance cognitive majeure : d'un côté, nous érigeons la souveraineté alimentaire en priorité absolue de l'État ; de l'autre, nous laissons s'évaporer une part colossale de nos ressources dans les méandres d'une chaîne de valeur inefficace et dans les poubelles de nos cuisines. Ce paradoxe n'est plus tenable. Il ne s'agit plus seulement d'une question d'éthique ou de morale, mais d'une urgence de survie économique et écologique.
L'ampleur du désastre donne le vertige. Selon les données relayées par le CESE, les ménages marocains ont jeté pas moins de 4,2 millions de tonnes de nourriture en 2022. Cela représente 113 kilos par habitant et par an, une augmentation fulgurante par rapport aux 91 kilos enregistrés à peine un an plus tôt. Mais le chiffre le plus symbolique, et sans doute le plus douloureux, concerne le pain : près de 40 millions d'unités finiraient chaque jour à la poubelle. Dans une nation où le pain est sacré, subventionné à grands frais par l'État et massivement importé sous forme de blé, ce chiffre est une gifle.
Le coût de cette hémorragie est exorbitant. Pour la seule filière blé, les pertes sont estimées à près d'un milliard de dollars par an. Plus grave encore, ce gaspillage est un gouffre écologique. Le Conseil de la concurrence estime que 1,6 milliard de mètres cubes d'eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées qui ne seront jamais consommées. C'est l'équivalent de plusieurs barrages géants qui s'évaporent littéralement dans la nature, emportant avec eux des terres arables épuisées et générant des gaz à effet de serre inutiles.
Ce gâchis monumental ne se résume pas à l'inconséquence du consommateur final. Il est le symptôme d'un système défaillant à tous les étages. Il faut distinguer les "pertes", subies en amont, du "gaspillage", généré en aval.
En amont, le drame logistique : Dans nos campagnes, les petits agriculteurs paient le prix fort d'un manque d'infrastructures criant. Entre 20 % et 40 % des fruits et légumes destinés au marché local pourrissent avant même d'atteindre les étals, faute de chambres froides, de camions réfrigérés et de capacités de stockage adéquates. C'est une destruction de valeur massive qui ruine les producteurs et fait flamber les prix. En aval, la folie consumériste : Dans les zones urbaines, la grande distribution et les ménages prennent le relais du gâchis. Poussés par des normes esthétiques absurdes, des dates de péremption mal comprises et des habitudes d'achats compulsifs, nous jetons des aliments parfaitement sains.
L'absence de cadre juridique pour encadrer les invendus et faciliter les dons aux associations caritatives transforme les supermarchés en machines à jeter, tandis que les initiatives citoyennes peinent à émerger faute de soutien institutionnel.
Face à ce constat accablant, l'indignation ne suffit plus. Le CESE trace une feuille de route claire qui exige un courage politique immédiat. Il est impératif d'adopter une loi anti-gaspillage stricte, interdisant la destruction des invendus consommables et encourageant massivement la redistribution.
Il faut également investir massivement dans la logistique du froid dans nos campagnes pour protéger le fruit du travail de nos agriculteurs. Mais surtout, il est temps d'intégrer cette lutte dans une véritable stratégie nationale de l'alimentation durable. Réduire nos pertes de moitié ne relève pas de l'utopie, c'est le levier le plus rapide et le moins coûteux pour renforcer notre sécurité alimentaire, soulager notre balance commerciale et préserver notre or bleu. Le gaspillage n'est pas une fatalité, c'est un choix. Il est temps de faire le bon.
L'ampleur du désastre donne le vertige. Selon les données relayées par le CESE, les ménages marocains ont jeté pas moins de 4,2 millions de tonnes de nourriture en 2022. Cela représente 113 kilos par habitant et par an, une augmentation fulgurante par rapport aux 91 kilos enregistrés à peine un an plus tôt. Mais le chiffre le plus symbolique, et sans doute le plus douloureux, concerne le pain : près de 40 millions d'unités finiraient chaque jour à la poubelle. Dans une nation où le pain est sacré, subventionné à grands frais par l'État et massivement importé sous forme de blé, ce chiffre est une gifle.
Le coût de cette hémorragie est exorbitant. Pour la seule filière blé, les pertes sont estimées à près d'un milliard de dollars par an. Plus grave encore, ce gaspillage est un gouffre écologique. Le Conseil de la concurrence estime que 1,6 milliard de mètres cubes d'eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées qui ne seront jamais consommées. C'est l'équivalent de plusieurs barrages géants qui s'évaporent littéralement dans la nature, emportant avec eux des terres arables épuisées et générant des gaz à effet de serre inutiles.
Ce gâchis monumental ne se résume pas à l'inconséquence du consommateur final. Il est le symptôme d'un système défaillant à tous les étages. Il faut distinguer les "pertes", subies en amont, du "gaspillage", généré en aval.
En amont, le drame logistique : Dans nos campagnes, les petits agriculteurs paient le prix fort d'un manque d'infrastructures criant. Entre 20 % et 40 % des fruits et légumes destinés au marché local pourrissent avant même d'atteindre les étals, faute de chambres froides, de camions réfrigérés et de capacités de stockage adéquates. C'est une destruction de valeur massive qui ruine les producteurs et fait flamber les prix. En aval, la folie consumériste : Dans les zones urbaines, la grande distribution et les ménages prennent le relais du gâchis. Poussés par des normes esthétiques absurdes, des dates de péremption mal comprises et des habitudes d'achats compulsifs, nous jetons des aliments parfaitement sains.
L'absence de cadre juridique pour encadrer les invendus et faciliter les dons aux associations caritatives transforme les supermarchés en machines à jeter, tandis que les initiatives citoyennes peinent à émerger faute de soutien institutionnel.
Face à ce constat accablant, l'indignation ne suffit plus. Le CESE trace une feuille de route claire qui exige un courage politique immédiat. Il est impératif d'adopter une loi anti-gaspillage stricte, interdisant la destruction des invendus consommables et encourageant massivement la redistribution.
Il faut également investir massivement dans la logistique du froid dans nos campagnes pour protéger le fruit du travail de nos agriculteurs. Mais surtout, il est temps d'intégrer cette lutte dans une véritable stratégie nationale de l'alimentation durable. Réduire nos pertes de moitié ne relève pas de l'utopie, c'est le levier le plus rapide et le moins coûteux pour renforcer notre sécurité alimentaire, soulager notre balance commerciale et préserver notre or bleu. Le gaspillage n'est pas une fatalité, c'est un choix. Il est temps de faire le bon.



