Il fallait y penser. Et surtout, il fallait oser.
Alors que le Maroc cherche désespérément à améliorer sa productivité, à créer des emplois, à réformer son école, à moderniser son administration et à convaincre ses jeunes que l’avenir mérite encore quelques efforts, voilà qu’une idée lumineuse surgit dans le paysage politique : un ministère du Temps libre !
Oui, vous avez bien lu.
Après le ministère du Travail, celui de l’Emploi, celui de la Jeunesse et celui de la Culture, pourquoi ne pas créer un ministère chargé de nous apprendre à ne rien faire ?
Il fallait vraiment que quelqu’un s’en occupe. Car, manifestement, les Marocains souffrent d’un mal terrible : ils travaillent trop !
Trop de productivité, trop de ponctualité, trop de dossiers traités dans les délais, trop de rendez-vous respectés, trop de services publics efficaces. Une véritable épidémie de surmenage national.
Heureusement, la politique veille.
Enfin, un ministère pour organiser nos siestes !
Imaginez un instant le premier Conseil de gouvernement auquel participerait le ministre du Temps libre.
À l'ordre du jour : comment augmenter le nombre d'heures disponibles pour regarder des vidéos de chats, commenter les publications Facebook, transférer des messages WhatsApp et débattre pendant trois heures de sujets que personne ne maîtrise vraiment ?
Le ministre pourrait présenter un ambitieux programme national intitulé : « Maroc 2030 : moins d'efforts, plus de confort ».
Avec, pourquoi pas, un Haut-Commissariat à la Sieste stratégique, une Agence nationale du Scroll durable et un Observatoire de la Fatigue avant même de commencer à travailler.
Sans oublier une commission interministérielle chargée de déterminer si regarder TikTok pendant les heures de bureau relève du temps libre, de la formation continue ou de la participation citoyenne.
Car au Maroc, nous avons un talent particulier : transformer chaque problème en institution, chaque institution en organigramme et chaque organigramme en budget.
Le chômage ? Une forme avancée de temps libre !
Mais poussons la logique un peu plus loin.
Que dire à ces jeunes diplômés qui passent leurs journées à chercher un emploi ?
Qu'ils sont, sans le savoir, les pionniers de cette nouvelle politique publique ?
Ils disposent déjà de beaucoup de temps libre. Certes, ils auraient préféré un salaire, une carrière et quelques perspectives. Mais ne soyons pas mesquins : ils ont déjà la matière première du futur ministère.
Et nos retraités ? Des experts !
Nos fonctionnaires débordés ? Attention, je parle bien de ceux qui le sont réellement, car les autres risqueraient de réclamer une reconnaissance officielle de leur contribution historique à l'art de gérer le temps sans le remplir.
Quant aux entrepreneurs, aux commerçants, aux agriculteurs et aux travailleurs indépendants, il faudra leur expliquer qu'ils doivent désormais apprendre à se reposer.
Ils apprécieront certainement le conseil entre deux factures impayées, trois échéances fiscales et une banque qui ne répond plus au téléphone.
Le droit à la paresse devient-il un programme électoral ?
Soyons sérieux quelques secondes, même si le sujet ne facilite pas l'exercice.
Le temps libre est une véritable question de société. Le droit au repos, l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la santé mentale, l'accès aux loisirs, au sport et à la culture méritent de vraies politiques publiques.
Mais fallait-il nécessairement imaginer un ministère supplémentaire ?
Car il existe une différence fondamentale entre donner aux citoyens les moyens de mieux vivre et donner à la politique les moyens de créer de nouveaux fauteuils ministériels.
Le Maroc n'a pas seulement besoin de temps libre. Il a besoin d'un temps utile, d'un temps choisi, d'un temps qui ne soit ni celui du chômage subi ni celui de l'attente interminable devant un guichet administratif.
Et surtout, il a besoin que le temps de ses citoyens soit respecté.
À commencer par celui que leur font perdre certaines administrations.
Et pourquoi pas un ministère du « On verra demain » ?
Finalement, cette proposition ouvre des perspectives institutionnelles absolument fascinantes.
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
Nous pourrions créer un ministère de la Bonne Humeur, un secrétariat d'État à la Grasse Matinée, une délégation générale aux Week-ends prolongés et, surtout, un ministère du « On verra demain ».
Ce dernier aurait probablement beaucoup de succès.
Son slogan électoral serait irrésistible : « Pourquoi faire aujourd'hui ce qu'on peut reporter à la prochaine législature ? »
Avec un peu de chance, il deviendrait même le ministère le plus performant du gouvernement.
Il n'aurait aucune difficulté à atteindre ses objectifs, puisqu'il suffirait de les repousser.
Le temps libre, oui. Le temps perdu, non.
Au fond, cette histoire est révélatrice d'une certaine tentation politique : proposer une nouvelle structure administrative là où l'on attend d'abord des résultats.
Ce n'est pas le droit au repos qui prête à sourire. C'est l'idée qu'il faudrait nécessairement un ministre pour nous l'accorder.
Les Marocains savent parfaitement se reposer quand ils en ont les moyens. Ils savent aussi travailler dur, parfois beaucoup trop, quand ils n'ont pas d'autre choix. Ce qu'ils attendent de la politique, ce n'est pas qu'elle leur explique comment occuper leurs dimanches.
C'est qu'elle leur permette de travailler dignement du lundi au vendredi, de gagner suffisamment pour profiter de leurs week-ends et de ne pas passer leurs vacances à calculer comment payer la rentrée scolaire.
Alors, à ce parti qui rêve d'un ministère du Temps libre, j'aurais une suggestion.
Commencez donc par créer les conditions du plein emploi.
Et si, après cela, les Marocains ont vraiment trop de temps libre, promis, nous examinerons votre proposition.
Mais d'ici là, une dernière question me taraude : Ce ministère du Temps libre, serait-il ouvert le vendredi après-midi ?
Ou son ministre serait-il déjà en week-end ?
Adnane Benchakroun
Chronique — L'ODJ Média
Oui, vous avez bien lu.
Après le ministère du Travail, celui de l’Emploi, celui de la Jeunesse et celui de la Culture, pourquoi ne pas créer un ministère chargé de nous apprendre à ne rien faire ?
Il fallait vraiment que quelqu’un s’en occupe. Car, manifestement, les Marocains souffrent d’un mal terrible : ils travaillent trop !
Trop de productivité, trop de ponctualité, trop de dossiers traités dans les délais, trop de rendez-vous respectés, trop de services publics efficaces. Une véritable épidémie de surmenage national.
Heureusement, la politique veille.
Enfin, un ministère pour organiser nos siestes !
Imaginez un instant le premier Conseil de gouvernement auquel participerait le ministre du Temps libre.
À l'ordre du jour : comment augmenter le nombre d'heures disponibles pour regarder des vidéos de chats, commenter les publications Facebook, transférer des messages WhatsApp et débattre pendant trois heures de sujets que personne ne maîtrise vraiment ?
Le ministre pourrait présenter un ambitieux programme national intitulé : « Maroc 2030 : moins d'efforts, plus de confort ».
Avec, pourquoi pas, un Haut-Commissariat à la Sieste stratégique, une Agence nationale du Scroll durable et un Observatoire de la Fatigue avant même de commencer à travailler.
Sans oublier une commission interministérielle chargée de déterminer si regarder TikTok pendant les heures de bureau relève du temps libre, de la formation continue ou de la participation citoyenne.
Car au Maroc, nous avons un talent particulier : transformer chaque problème en institution, chaque institution en organigramme et chaque organigramme en budget.
Le chômage ? Une forme avancée de temps libre !
Mais poussons la logique un peu plus loin.
Que dire à ces jeunes diplômés qui passent leurs journées à chercher un emploi ?
Qu'ils sont, sans le savoir, les pionniers de cette nouvelle politique publique ?
Ils disposent déjà de beaucoup de temps libre. Certes, ils auraient préféré un salaire, une carrière et quelques perspectives. Mais ne soyons pas mesquins : ils ont déjà la matière première du futur ministère.
Et nos retraités ? Des experts !
Nos fonctionnaires débordés ? Attention, je parle bien de ceux qui le sont réellement, car les autres risqueraient de réclamer une reconnaissance officielle de leur contribution historique à l'art de gérer le temps sans le remplir.
Quant aux entrepreneurs, aux commerçants, aux agriculteurs et aux travailleurs indépendants, il faudra leur expliquer qu'ils doivent désormais apprendre à se reposer.
Ils apprécieront certainement le conseil entre deux factures impayées, trois échéances fiscales et une banque qui ne répond plus au téléphone.
Le droit à la paresse devient-il un programme électoral ?
Soyons sérieux quelques secondes, même si le sujet ne facilite pas l'exercice.
Le temps libre est une véritable question de société. Le droit au repos, l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la santé mentale, l'accès aux loisirs, au sport et à la culture méritent de vraies politiques publiques.
Mais fallait-il nécessairement imaginer un ministère supplémentaire ?
Car il existe une différence fondamentale entre donner aux citoyens les moyens de mieux vivre et donner à la politique les moyens de créer de nouveaux fauteuils ministériels.
Le Maroc n'a pas seulement besoin de temps libre. Il a besoin d'un temps utile, d'un temps choisi, d'un temps qui ne soit ni celui du chômage subi ni celui de l'attente interminable devant un guichet administratif.
Et surtout, il a besoin que le temps de ses citoyens soit respecté.
À commencer par celui que leur font perdre certaines administrations.
Et pourquoi pas un ministère du « On verra demain » ?
Finalement, cette proposition ouvre des perspectives institutionnelles absolument fascinantes.
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
Nous pourrions créer un ministère de la Bonne Humeur, un secrétariat d'État à la Grasse Matinée, une délégation générale aux Week-ends prolongés et, surtout, un ministère du « On verra demain ».
Ce dernier aurait probablement beaucoup de succès.
Son slogan électoral serait irrésistible : « Pourquoi faire aujourd'hui ce qu'on peut reporter à la prochaine législature ? »
Avec un peu de chance, il deviendrait même le ministère le plus performant du gouvernement.
Il n'aurait aucune difficulté à atteindre ses objectifs, puisqu'il suffirait de les repousser.
Le temps libre, oui. Le temps perdu, non.
Au fond, cette histoire est révélatrice d'une certaine tentation politique : proposer une nouvelle structure administrative là où l'on attend d'abord des résultats.
Ce n'est pas le droit au repos qui prête à sourire. C'est l'idée qu'il faudrait nécessairement un ministre pour nous l'accorder.
Les Marocains savent parfaitement se reposer quand ils en ont les moyens. Ils savent aussi travailler dur, parfois beaucoup trop, quand ils n'ont pas d'autre choix. Ce qu'ils attendent de la politique, ce n'est pas qu'elle leur explique comment occuper leurs dimanches.
C'est qu'elle leur permette de travailler dignement du lundi au vendredi, de gagner suffisamment pour profiter de leurs week-ends et de ne pas passer leurs vacances à calculer comment payer la rentrée scolaire.
Alors, à ce parti qui rêve d'un ministère du Temps libre, j'aurais une suggestion.
Commencez donc par créer les conditions du plein emploi.
Et si, après cela, les Marocains ont vraiment trop de temps libre, promis, nous examinerons votre proposition.
Mais d'ici là, une dernière question me taraude : Ce ministère du Temps libre, serait-il ouvert le vendredi après-midi ?
Ou son ministre serait-il déjà en week-end ?
Adnane Benchakroun
Chronique — L'ODJ Média