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Le pain reste stable, mais qui paie la différence ? Le Maroc remet la main à la poche pour son blé


Rédigé par le Jeudi 10 Septembre 2026

Le prix du pain marocain ne raconte qu’une partie de l’histoire. Derrière sa relative stabilité se cache une mécanique beaucoup plus complexe faite de subventions, de fret maritime, de cours internationaux et de dépendance aux importations.



Le pain reste stable, mais qui paie la différence ? Le Maroc remet la main à la poche pour son blé
À partir du 16 septembre, l’État remettra jusqu’à 20,80 DH par quintal sur la table pour soutenir les achats de blé tendre. Une petite somme par quintal qui dit beaucoup de notre souveraineté alimentaire.

Le Maroc va de nouveau subventionner les importations de blé tendre.

Pour les cargaisons chargées entre le 16 et le 30 septembre, la prime pourra atteindre 20,80 dirhams par quintal. Le dispositif restera ensuite actif jusqu’au 31 décembre, avec un montant recalculé chaque mois.

Le principe est relativement simple.

L’État fixe un prix de référence à 270 DH le quintal. Lorsque le coût du blé importé rendu au port dépasse ce niveau, une partie de l’écart est compensée.

Mais derrière cette simplicité apparente se cache une équation mouvante.

Il faut tenir compte du prix du blé en France, en Allemagne, en Argentine ou aux États-Unis, du fret maritime, du taux de change et des coûts d’approche.

Une récolte nationale insuffisamment collectée

Le problème est que les volumes marocains n’ont pas rempli les silos comme espéré.

Selon les professionnels, environ 6 millions de quintaux auraient été collectés, contre un objectif de 15 millions. Cela représenterait à peine 12 % des besoins annuels de la minoterie industrielle.

Le Maroc avait pourtant freiné les importations pendant plusieurs mois afin de donner la priorité au blé national.

Mais lorsque les stocks diminuent, il faut bien rouvrir la porte.

Le consommateur ne voit pas tout

C’est ici que le sujet devient intéressant.

Lorsque le Marocain achète son pain ou sa farine, il ne voit pas le coût réel du système qui permet de stabiliser les prix.

Il ne voit ni la prime à l’importation, ni la prime au stockage, ni les fluctuations du dollar, ni la volatilité du marché mondial.

L’État, lui, les voit.

Et les finances publiques aussi.

Le rapport sur la compensation montre d’ailleurs que les mécanismes de soutien au blé tendre ont déjà représenté plusieurs centaines de millions de dirhams certaines années. 

La vraie question : jusqu’où subventionner ?

Personne ne conteste qu’un pays doit sécuriser son approvisionnement en céréales.

Mais la question stratégique est ailleurs.

Faut-il continuer à compenser les variations mondiales année après année ou investir davantage dans rendement agricole, stockage, irrigation intelligente et diversification des origines ?

Car aujourd’hui, le Maroc achète du blé.

Demain, il peut aussi acheter du risque : guerre en mer Noire, sécheresse européenne, hausse du fret ou dollar plus cher.

Le prix du pain reste stable.

Mais cette stabilité n’est pas gratuite. Et plus notre récolte nationale sera fragile, plus la facture invisible derrière chaque baguette risque de devenir visible dans le budget de l’État.
 




Jeudi 10 Septembre 2026