Le programme gouvernemental de sante 2027 : Le budget qui ambitionne d’accélérer l’accès aux soins à toutes et à tous


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et de santé.

Entre ambition réformatrice et épreuve de l’exécution, le budget de la santé pour 2027 place le nouveau gouvernement face à une responsabilité majeure : transformer les engagements financiers et institutionnels en services de santé tangibles, capables de restaurer la confiance dans l’hôpital public et de consacrer le droit aux soins.



Pour lire le programme sanitaire du nouveau gouvernement, la calculette ne suffit pas.

Pas plus que l’addition des projets hospitaliers et des postes budgétaires annoncés ne permet de mesurer l’ambition réelle d’une réforme.

La vraie question n’est pas seulement de savoir combien l’État va dépenser pour la santé, mais surtout : qu’est-ce que le citoyen marocain va gagner grâce à cette dépense ?

Les éléments présentés par le ministre de l’Économie et des Finances au sujet du projet de loi de finances 2027 confirment la poursuite du pari gouvernemental sur la réforme du système de santé : augmentation du budget, renforcement des ressources humaines, construction et mise à niveau des établissements publiques, accélération du déploiement des groupements sanitaires territoriaux (GST) et digitalisation du secteur.

Mais entre l’annonce d’une réforme et sa réalisation, il existe un chemin que les crédits budgétaires, à eux seuls, ne peuvent raccourcir. 45,4 milliards de dirhams : un effort important, mais à l’épreuve des besoins.

Le budget consacré à la santé atteindrait 45,4 milliards de dirhams en 2027, soit une hausse d’environ 3 milliards de dirhams par rapport à 2026.

À cela s’ajoute l’annonce de 8 000 postes budgétaires.

Ces chiffres témoignent d’une mobilisation persistante des ressources publiques en faveur d’un secteur stratégique. Mais ils ouvrent aussi un débat incontournable : cette progression est-elle à la hauteur des attentes des citoyens et des déficits accumulés dans l’offre de soins ?

Cette enveloppe suffira-t-elle à réduire les délais d’attente, améliorer l’accueil, accélérer le diagnostic, faciliter l’accès aux traitements, renouveler les équipements et renforcer les équipes dans les territoires sous-dotés ?

Autre interrogation : quelle part sera consacrée à la prévention, à la santé préventive et aux soins de santé primaires ?

Quels moyens seront réservés à l’hôpital public, à la recherche médicale, à la formation et à la maintenance des équipements ?

La hausse budgétaire est une bonne nouvelle. Encore faut-il connaître sa ventilation, la confronter aux besoins réels et, surtout, mesurer ses effets sur la santé des citoyens.

Car un budget peut augmenter sans que le patient voie diminuer son temps d’attente. 8 000 postes : recruter, certes, mais pour soigner où et comment ? La création de 8 000 postes budgétaires constitue un levier important pour accompagner la réforme.

Mais de quels postes parle-t-on exactement ? Quelle répartition entre médecins, infirmiers, techniciens, administratifs et autres professionnels ? Quelle distribution entre régions et établissements, primaires, secondaires et tertiaires ? Le déficit en ressources humaines ne se résorbera pas par la seule annonce de recrutements.

Il suppose une politique cohérente d’attractivité, d’amélioration des conditions de travail, de formation continue, de perspectives de carrière et d’accompagnement des professionnels affectés dans les zones éloignées.

Logement, transport, sécurité professionnelle, organisation du travail : autant de réalités qui pèsent dans le choix de s’installer ou de rester dans un territoire. Attirer un médecin dans une zone sous-dotée est une chose.

Lui donner les raisons d’y rester en est une autre. Le droit aux soins ne devrait dépendre ni de l’adresse du domicile, ni de la capacité à parcourir des centaines de kilomètres pour consulter un spécialiste.

Les groupements sanitaires territoriaux : réforme de la gouvernance ou déplacement des responsabilités ?

Les groupements sanitaires territoriaux (GST) occupent une place centrale dans la réorganisation du système de santé.

Leur réussite ne se mesurera toutefois ni au nombre de structures créées, ni à la sophistication de leur organigramme.

Elle se jugera à leur capacité à mieux coordonner les hôpitaux et les soins primaires, à rationaliser les ressources et à simplifier le parcours du patient. Plusieurs questions méritent d’être posées.

Comment seront réparties les responsabilités entre l’administration centrale et les échelons territoriaux et régionaux ? Quelles garanties permettront d’assurer davantage de transparence et d’efficacité ? Selon quels indicateurs les performances seront-elles évaluées ? Et qui devra répondre des résultats, ou de leur absence ?

Changer l’architecture administrative ne signifie pas automatiquement changer la réalité médicale.

Les structures peuvent évoluer, les organigrammes se multiplier, tandis que le patient continue de faire face aux mêmes files d’attente, aux mêmes difficultés de rendez-vous et aux mêmes ruptures de prise en charge.

La réforme institutionnelle n’a de sens que si elle produit un bénéfice concret au chevet du malade. Hôpitaux : construire, équiper, faire fonctionner… et reconquérir la confiance.

La poursuite des projets hospitaliers, notamment le développement des infrastructures universitaires et l’accélération de la réalisation et de l’équipement des centres hospitaliers de Béni Mellal, Guelmim et Errachidia, ainsi que la mise à niveau des établissements de soins primaires et des hôpitaux publics provinciaux et régionaux, traduit la volonté d’élargir l’offre de soins.

Mais construire un hôpital n’est pas l’aboutissement d’une réforme. C’est son point de départ. Un établissement de santé a besoin de médecins, d’infirmiers, de techniciens et de personnels administratifs.

Il lui faut des équipements fonctionnels, des médicaments, de la maintenance, des crédits de fonctionnement, une gestion performante et des parcours de prise en charge lisibles.

Sans articulation entre investissement immobilier, investissement humain et organisation des soins, une partie de l’ambition hospitalière risque de se transformer en capacité sous-utilisée.

Un hôpital flambant neuf sans équipes suffisantes ressemble à une belle vitrine dont les portes restent entrouvertes : prometteuse en apparence, mais décevante pour celui qui attend des soins.

Assurance maladie : l’équilibre financier ne doit pas se faire sur le dos du patient

Les orientations financières mettent l’accent sur la maîtrise de l’évolution des dépenses médicales et la préservation des équilibres financiers des régimes d’assurance maladie obligatoire de base.

L’objectif est légitime sur le plan économique. Mais il exige un arbitrage rigoureux entre soutenabilité financière et droit effectif aux soins. Rationaliser les dépenses ne signifie pas restreindre les traitements nécessaires.

La maîtrise des coûts ne doit pas devenir une nouvelle barrière pour les patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques, graves ou coûteuses.

Le véritable enjeu est de lutter contre la fraude, les abus et le gaspillage, tout en garantissant la pertinence médicale des soins, la transparence des remboursements et l’équité d’accès.

Le contrôle médical doit protéger le système, sans transformer le malade en variable d’ajustement budgétaire.

Ce qui manque encore au tableau de bord du programme gouvernemental de la santé.

Les annonces disponibles donnent une première lecture des ressources mobilisées et des projets envisagés. Elles ne suffisent cependant pas à évaluer, à elles seules, l’ensemble du programme sanitaire du nouveau gouvernement.

Une analyse rigoureuse suppose de disposer du programme gouvernemental complet, de la ventilation des crédits par programme, établissement et territoire, ainsi que des indicateurs d’exécution et de résultats.

C’est précisément l’un des rôles attendus du nouveau ministre de la Santé et de la Protection sociale : traduire les orientations budgétaires en objectifs sanitaires lisibles, mesurables et publiquement évaluables.

Combien de jours d’attente pour un rendez-vous spécialisé ? Quel taux de disponibilité des médicaments essentiels ? Quelle proportion des nouveaux établissements effectivement opérationnels ? Quelle couverture territoriale en professionnels de santé ? Quelle évolution de la qualité des soins et des dépenses directement supportées par les ménages ?

Autant d’indicateurs qui devraient alimenter un véritable tableau de bord public du programme sanitaire hiuvernemental. Il importe également de distinguer les budgets programmés, les crédits effectivement votés et les dépenses réellement exécutées.

Du budget de la santé au budget de la santé des citoyens.

Le défi du nouveau gouvernement ne consiste pas simplement à porter le budget de la santé à 45,4 milliards de dirhams, à annoncer 8 000 postes budgétaires ou à poursuivre la construction de nouveaux hôpitaux.

Il consiste à faire de ces choix les composantes d’une politique sanitaire cohérente : placer la prévention et les soins primaires au cœur des priorités, renforcer l’hôpital public, organiser la complémentarité entre les secteurs public et privé, consacrer la justice territoriale et protéger les ménages contre le poids financier de la maladie.

Au moment de l’exécution du budget 2027, quelques questions devraient servir de boussole.

Combien de souffrances évitables aura-t-on prévenues ? Combien de jours d’attente aura-t-on supprimés ? Combien de patients pourront être soignés près de chez eux, sans devoir s’endetter, voyager ou renoncer aux soins ?

Car la réussite d’une réforme sanitaire ne se mesure pas uniquement à ce que l’État dépense pour la santé, mais à ce que cette dépense apporte au citoyen en matière de santé, de dignité, de sécurité et de confiance dans le service public.

C’est précisément là que commence le véritable examen de passage du nouveau gouvernement et de son ministre de la Santé et de la Protection sociale, M. Younes Bjijou.

Lundi 26 Octobre 2026



Rédigé par La Rédaction le Lundi 26 Octobre 2026
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