Dans ce scénario, la guerre changerait de statut. Elle ne serait plus seulement une guerre de coercition, de punition ou de supériorité militaire. Elle deviendrait une guerre de déconstruction régionale.
Il faut, pour finir, signaler un scénario que certains cercles néoconservateurs américains n’écartent pas toujours avec la prudence nécessaire : celui d’une guerre qui ne se contenterait plus d’infliger des dégâts réparables, mais qui basculerait dans le registre des dommages irréversibles ou durablement structurants.
Jusqu’ici, malgré sa violence, cette guerre peut encore être pensée dans le cadre d’une destruction lourde mais partiellement réversible : infrastructures touchées, circuits logistiques perturbés, chaînes d’approvisionnement secouées, installations militaires dégradées, marchés affolés, routes maritimes menacées. Tout cela est grave. Mais tout cela, en théorie, peut encore être réparé, reconstruit, réassuré, renégocié.
Le scénario noir, lui, commence au moment où cette logique change de nature.
Il commence si les frappes visent systématiquement les raffineries, les champs pétroliers, les gazoducs, les terminaux d’exportation, en Iran comme dans les États du Golfe. Il s’aggrave si la guerre s’en prend aux stations de dessalement, c’est-à-dire non plus seulement aux revenus des États, mais aux conditions matérielles de la vie quotidienne de millions de personnes. Il entre dans une dimension encore plus dangereuse si le Golfe et le détroit d’Ormuz deviennent durablement minés, piégés ou militairement impraticables. À ce moment-là, la guerre ne perturberait plus seulement les flux : elle commencerait à détruire les bases physiques de la normalité régionale.
Et c’est là que l’irréversible menace.
Car une raffinerie peut parfois être reconstruite, mais pas sans temps, sans capitaux, sans sécurité minimale et sans confiance. Un champ pétrolier ou gazier fortement endommagé peut être remis en service, mais parfois au prix de longues années, de pertes colossales et d’une dégradation durable de la capacité productive. Une station de dessalement détruite ne retire pas seulement un actif économique : elle retire de l’eau. Quant à un détroit miné ou rendu structurellement incertain, il ne bloque pas seulement des navires ; il reprogramme la carte mondiale du risque.
Dans ce scénario, la guerre changerait de statut. Elle ne serait plus seulement une guerre de coercition, de punition ou de supériorité militaire. Elle deviendrait une guerre de déconstruction régionale.
C’est précisément ce qui rend ce scénario si redoutable. Car à partir d’un certain seuil, il n’y aurait plus de retour simple à “l’avant”. Plus de rapide normalisation des marchés. Plus de réouverture rassurante d’Ormuz. Plus de promesse crédible de stabilité pour les investisseurs, les armateurs, les assureurs ou les populations. Le Golfe cesserait d’être seulement une zone de tension ; il deviendrait une zone de fragilité systémique durable.
Certains, à Washington ou ailleurs, peuvent être tentés de croire qu’un tel niveau de destruction forcerait enfin la capitulation stratégique adverse. C’est une vieille tentation : celle qui consiste à penser que plus de ruines produira mécaniquement plus d’ordre. L’histoire enseigne souvent l’inverse. Au-delà d’un certain seuil, la destruction ne discipline plus : elle dissémine le chaos, radicalise les acteurs, internationalise les coûts, et rend la paix elle-même beaucoup plus difficile à rebâtir.
Il faut donc nommer clairement ce danger. Le scénario noir n’est pas seulement celui d’une guerre plus dure. C’est celui d’une guerre qui abîme durablement les conditions mêmes de la vie, de la circulation, de l’eau, de l’énergie et de la confiance régionale. Une guerre qui ne se contente plus de frapper des adversaires, mais qui fissure l’architecture vitale d’un espace déjà sous tension.
À partir de là, une question devient centrale : jusqu’où peut-on détruire sans prétendre encore reconstruire ?
C’est sans doute l’une des interrogations les plus graves de cette crise. Car lorsqu’une guerre bascule des dégâts réversibles aux dégâts irréversibles, elle cesse d’être seulement un affrontement entre puissances. Elle devient une hypothèque sur l’avenir.
Jusqu’ici, malgré sa violence, cette guerre peut encore être pensée dans le cadre d’une destruction lourde mais partiellement réversible : infrastructures touchées, circuits logistiques perturbés, chaînes d’approvisionnement secouées, installations militaires dégradées, marchés affolés, routes maritimes menacées. Tout cela est grave. Mais tout cela, en théorie, peut encore être réparé, reconstruit, réassuré, renégocié.
Le scénario noir, lui, commence au moment où cette logique change de nature.
Il commence si les frappes visent systématiquement les raffineries, les champs pétroliers, les gazoducs, les terminaux d’exportation, en Iran comme dans les États du Golfe. Il s’aggrave si la guerre s’en prend aux stations de dessalement, c’est-à-dire non plus seulement aux revenus des États, mais aux conditions matérielles de la vie quotidienne de millions de personnes. Il entre dans une dimension encore plus dangereuse si le Golfe et le détroit d’Ormuz deviennent durablement minés, piégés ou militairement impraticables. À ce moment-là, la guerre ne perturberait plus seulement les flux : elle commencerait à détruire les bases physiques de la normalité régionale.
Et c’est là que l’irréversible menace.
Car une raffinerie peut parfois être reconstruite, mais pas sans temps, sans capitaux, sans sécurité minimale et sans confiance. Un champ pétrolier ou gazier fortement endommagé peut être remis en service, mais parfois au prix de longues années, de pertes colossales et d’une dégradation durable de la capacité productive. Une station de dessalement détruite ne retire pas seulement un actif économique : elle retire de l’eau. Quant à un détroit miné ou rendu structurellement incertain, il ne bloque pas seulement des navires ; il reprogramme la carte mondiale du risque.
Dans ce scénario, la guerre changerait de statut. Elle ne serait plus seulement une guerre de coercition, de punition ou de supériorité militaire. Elle deviendrait une guerre de déconstruction régionale.
C’est précisément ce qui rend ce scénario si redoutable. Car à partir d’un certain seuil, il n’y aurait plus de retour simple à “l’avant”. Plus de rapide normalisation des marchés. Plus de réouverture rassurante d’Ormuz. Plus de promesse crédible de stabilité pour les investisseurs, les armateurs, les assureurs ou les populations. Le Golfe cesserait d’être seulement une zone de tension ; il deviendrait une zone de fragilité systémique durable.
Certains, à Washington ou ailleurs, peuvent être tentés de croire qu’un tel niveau de destruction forcerait enfin la capitulation stratégique adverse. C’est une vieille tentation : celle qui consiste à penser que plus de ruines produira mécaniquement plus d’ordre. L’histoire enseigne souvent l’inverse. Au-delà d’un certain seuil, la destruction ne discipline plus : elle dissémine le chaos, radicalise les acteurs, internationalise les coûts, et rend la paix elle-même beaucoup plus difficile à rebâtir.
Il faut donc nommer clairement ce danger. Le scénario noir n’est pas seulement celui d’une guerre plus dure. C’est celui d’une guerre qui abîme durablement les conditions mêmes de la vie, de la circulation, de l’eau, de l’énergie et de la confiance régionale. Une guerre qui ne se contente plus de frapper des adversaires, mais qui fissure l’architecture vitale d’un espace déjà sous tension.
À partir de là, une question devient centrale : jusqu’où peut-on détruire sans prétendre encore reconstruire ?
C’est sans doute l’une des interrogations les plus graves de cette crise. Car lorsqu’une guerre bascule des dégâts réversibles aux dégâts irréversibles, elle cesse d’être seulement un affrontement entre puissances. Elle devient une hypothèque sur l’avenir.
Livre de Adnane Benchakroun à feuilleter sans modération ou à télécharger ci-dessous
Sommaire : USA–Iran–Israël : ce que ce conflit révèle des puissances, du chaos et du monde qui vient
Préambule : La puissance n’est pas la toute-puissance
Introduction : Quand un front régional dérègle l’ordre mondial
Chapitre 1 : Combien de temps peut durer une guerre sans horizon clair ?
Chapitre 2 : Les sorties possibles : cessez-le-feu, gel, enlisement ou débordement
Chapitre 3 : Le pétrole, les routes, les assurances : la guerre économique mondiale a déjà commencé
Chapitre 4 : Gagner la guerre, perdre la paix
Chapitre 5 : Poutine en embuscade
Chapitre 6 : Pékin regarde, Taïwan écoute
Chapitre 7 : L’OTAN hors zone, mais pas hors jeu
Chapitre 8 : Les monarchies du Golfe : riches, armées, et pourtant vulnérables
Chapitre 9 : Israël : le rêve de redessiner le Moyen-Orient et le “risque existentiel” permanent
Chapitre 10 : Ce que les think tanks voient… et ce qu’ils ne voient pas
Prévision provisoire, risquée mais prudente : Ce qui peut arriver maintenant
Conclusion : La guerre qui rappelle aux puissances qu’elles ne maîtrisent pas tout
Post-scriptum : Le scénario noir : quand la guerre cesse d’être réversible
Introduction : Quand un front régional dérègle l’ordre mondial
Chapitre 1 : Combien de temps peut durer une guerre sans horizon clair ?
Chapitre 2 : Les sorties possibles : cessez-le-feu, gel, enlisement ou débordement
Chapitre 3 : Le pétrole, les routes, les assurances : la guerre économique mondiale a déjà commencé
Chapitre 4 : Gagner la guerre, perdre la paix
Chapitre 5 : Poutine en embuscade
Chapitre 6 : Pékin regarde, Taïwan écoute
Chapitre 7 : L’OTAN hors zone, mais pas hors jeu
Chapitre 8 : Les monarchies du Golfe : riches, armées, et pourtant vulnérables
Chapitre 9 : Israël : le rêve de redessiner le Moyen-Orient et le “risque existentiel” permanent
Chapitre 10 : Ce que les think tanks voient… et ce qu’ils ne voient pas
Prévision provisoire, risquée mais prudente : Ce qui peut arriver maintenant
Conclusion : La guerre qui rappelle aux puissances qu’elles ne maîtrisent pas tout
Post-scriptum : Le scénario noir : quand la guerre cesse d’être réversible