Le véto russe une opportunité de construire la paix sans contraintes


La victoire en diplomatie, ce n’est pas d’obtenir une décision qui correspond aux attentes du moment, mais de faire avancer, dans un conflit régional, un dossier bloqué.

La décision de la Russie d’opposer son veto à la proposition de résolution présentée par les États-Unis constitue un blocage majeur du processus engagé le 31 octobre 2025 avec la résolution 2797.

On sait depuis 1996, au sein des chancelleries des pays membres permanents du Conseil de sécurité, que le règlement de la question du Sahara ne se fera jamais via un référendum d’autodétermination.

L’ambassadeur américain a rappelé les principales décisions qui ont acté la difficulté d’organiser un référendum et les raisons qui ont conduit à la rédaction du projet de résolution objet du veto russe. Il a oublié de rappeler que le président Bouteflika lui-même, conscient de l’impasse du référendum, a proposé, en 2004, le découpage du territoire.



Une proposition reprise par le Polisario en 2024 avec une « concession » sur la première proposition : le maintien de Dakhla dans la partie marocaine.

Sans surprise, cette démarche, aussi loufoque que la première, a été rejetée, mais surtout, elle a révélé les véritables ambitions géopolitiques d’Alger : la création d’un État vassal au sud du Maroc.

Dès 1974, imposer au Maroc un référendum d’autodétermination constituait une injustice juridique et politique. La preuve que le colonialisme avait encore son mot à dire dans le règlement des conflits et qu’il avait des agents, conscients ou non, pour en appliquer des sentences. Ils ont oublié que :

•Le Maroc est l’une des plus grandes victimes du découpage organisé par les puissances coloniales du XIXe siècle. Les sultans du Maroc exerçaient leur souveraineté sur le Sahara marocain via des liens d’allégeance avec les chefs de tribus sahraouis.

Ces liens, dont l’aspect religieux n’a jamais cessé, faisaient que le prêche du vendredi était prononcé au nom du sultan, y compris sous colonisation espagnole. Ces liens sont documentés ; l’allégeance est écrite. Elle ne se limite pas à sa représentation protocolaire lors de la fête du trône.

Cette souveraineté via l’allégeance était courante dans tous les pays de la Méditerranée ; pourtant, pour des raisons obscures et liées à la présence dans le jury de l’Algérien Bedjaoui, elle n’a pas été retenue par la Cour internationale de Justice en tant que fondement de la souveraineté du Maroc sur le territoire.

C’est le plus grand scandale de corruption morale du XXe siècle.

•Pour le Maroc, la communauté internationale a exigé un référendum, alors que, pour l’Allemagne, une simple consultation a suffi : à la chute du mur de Berlin, les deux Allemagnes se sont à nouveau réunies.

En 1976, le vote de la Jamaa, une assemblée créée par l’Espagne, avec 78 voix sur 100 représentants, n’a pas suffi. Pour les Allemands de l’Est, la participation aux élections législatives organisées par l’Allemagne de l’Ouest a acté la réunification.

Pourtant, le parti qui était favorable à cette réunification n’a recueilli que 48 % des voix. Au Maroc, toutes les élections organisées dans les provinces du Sud ont élu des représentants issus des provinces du Sud, et pourtant le problème demeure.

Le Royaume, fort de ses droits légitimes et historiques, est depuis cinquante ans dans son Sahara. On lui reproche d’ailleurs une politique du fait accompli. Il a fallu une sacrée audace au représentant algérien pour l’affirmer.

C’est l’Algérie qui a inventé le concept ; c’est elle qui a promu comme immuable l’intangibilité des frontières issues du colonialisme, un fait accompli majeur. Ces frontières, tracées à la règle par des colons sanguinaires et rapaces, ont détruit l’histoire de l’Afrique et coupé des civilisations puissantes en plusieurs États qui ont dû se reconstruire, comme s’ils n’avaient pas d’histoire ni de tradition.

Cette décision irréfléchie et égoïste, Alger a hérité du territoire le plus vaste d’Afrique, a laissé la porte ouverte à toutes les idéologies qui ont maintenus les Africains à la marge du développement. Jamais des sous-officiers n’auraient pris le pouvoir, dans certains pays, si leurs traditions n’avaient pas été coupées de leurs racines.

Le Maroc, inscrit dans la tradition du respect des décisions de l’ONU, a accepté le principe du référendum en 1991 sous l’égide de l’ONU et a signé un accord avec l’ONU ; cette dernière a fait de même avec le Polisario.

Depuis, profitant de ce positionnement, le Polisario s’est autoproclamé représentant unique et légitime du « peuple sahraoui ».

Il a exclu ceux qui ont refusé de le suivre à Tindouf, les Sahraouis qui ont fui leurs terres au lendemain de l’opération Écouvillon de 1958 et ses opposants du MSP.

Dans son projet, les États-Unis ont proposé la réintégration des autres composantes du « peuple sahraoui », la prétention du Polisario d’être leur représentant unique étant une usurpation de qualité. Il n’y a pas un seul mouvement dans le monde qui puisse prétendre représenter un peuple.

L’OLP, c’est le Fatah et d’autres mouvances ; idem pour le FLN, qui était composé de l’UMDA, de l’Association des Oulémas musulmans, du PPA-MTLD/MNA (Messali Hadj) et du PCA (le Parti communiste algérien).

Au-delà du R de « référendum », c’est la principale rubrique à l’origine du veto russe. L’Algérie, censée avoir obtenu satisfaction en 1991, est restée dans la course avec un objectif : que le scénario, qui lui a permis d’être indépendante, ne soit pas dupliqué pour le Sahara.

En effet, l’indépendance algérienne ne se limite pas au référendum du 1er juillet 1962, mais à trois autres étapes qui l’ont précédé : la consultation des Français, en 1961, ils ont accepté que les Algériens soient consultés ; la signature des accords d’Évian et leur validation par référendum en mars 1962.

Mais c’est surtout au niveau de la validation des listes électorales qu’Alger a refusé ce que le FLN a accepté pour l’Algérie. En effet, seuls les citoyens (pieds-noirs et musulmans) résidant en Algérie ou inscrits sur les listes électorales d’avant 1954 pouvaient voter.

Les réfugiés algériens des camps d’Oujda, Nador, Ghardimaou ou Sakiet Sidi Youssef, en Tunisie — environ 300 000 personnes à l’époque — étaient exclus du vote, sauf acceptation des autorités françaises. Imaginez ce processus appliqué aux populations de Tindouf qu’Alger refuse même de recenser ?

Restons positifs : le rejet offre une porte de sortie pour tous.

Pour le Maroc, il permet de gérer son territoire sans avoir à rendre compte de ses déplacements, de ses investissements et de ses mesures de protection de la sécurité intérieure.

Pour Alger, c’est la possibilité d’accepter un arrangement sans donner l’impression d’avoir été contrainte. Le Sahara n’a jamais été un État constitué ; c’est une réalité historique.

Ses tribus ont toujours bénéficié d’une relative autonomie de décision. Elles capturaient des pêcheurs anglais, espagnols ou portugais avant d’être obligées de les relâcher sur instruction du sultan.

Accepter une autonomie sous souveraineté marocaine, c’est se réconcilier avec l’histoire et se développer sur des bases saines. Assez de conflits et de rivalités stériles. La rupture des relations commerciales entre le Maroc et l’Algérie coûte très cher aux populations.

Des sources indépendantes ont estimé à plus de deux pour cent la perte de PIB pour les deux pays. C’est au moins un million d’emplois en moins de chaque côté de la frontière. Les dépenses militaires, qu’impose une guerre silencieuse, ont empêché la mise à niveau des infrastructures des deux pays.

L’équivalent de ce niveau de dépenses a permis à l’Espagne de filer directement vers la prospérité. Le Maroc a certes entamé une opération de rattrapage depuis vingt ans, mais le retard est encore énorme.

Il faudra beaucoup de temps pour émerger et pour se débarrasser, en parallèle, du boulet social qui demeure préoccupant.

Le projet d’autonomie, que la communauté internationale plébiscite, offre à toutes les parties une sortie honorable. Il offre une opportunité unique à la région. Elle ne sera pas saisie, si l’on en croit les premières déclarations des responsables algériens et de leurs fidèles au Polisario.

Dans nos contrées, on ne sait pas arrêter les conflits lorsqu’ils sont perçus comme des échecs.

On préfère passer la main et laisser la patate chaude aux prochains gouvernants. Ces derniers, persuadés d’être capables de faire mieux, vont tenter de remettre le compteur à zéro, et ainsi de suite. Ils n’ont pas compris que la paix est le résultat d’une construction collective.

Par Bargach Larbi.


Lundi 2 Novembre 2026

La Rédaction
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