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Législatives 2026 : l’argent, les écrans et l’abstention à l’épreuve de l’observation citoyenne

Que révèle le rapport du CERSS et du Forum civil démocratique marocain sur les conditions du scrutin du 23 septembre ?


Rédigé par le Samedi 26 Septembre 2026

Le scrutin législatif du 23 septembre 2026 s’est déroulé dans des conditions globalement normales, selon le Centre d’études et de recherches en sciences sociales (CERSS) et le Forum civil démocratique marocain (FCDM). Leur rapport conjoint, publié le lendemain du vote, relève toutefois des soupçons persistants d’influence sur les électeurs, une campagne de plus en plus numérique et une participation limitée à 38,02 %. Les deux organisations insistent sur une règle : un signalement n’est pas une infraction établie.



Cinq cents signalements recueillis pendant la campagne

Les observateurs du CERSS et du FCDM indiquent avoir recueilli 500 signalements dans les douze régions. Ils évoquent des affiches maintenues ou apposées hors des emplacements autorisés, des dégradations de matériel électoral et des témoignages faisant état de l’utilisation de moyens publics au bénéfice de certaines listes. Une partie de leurs remontées concerne des tentatives présumées d’influencer le vote par des dons ou d’autres avantages. 

L’achat de voix demeure, pour les deux organisations, une préoccupation récurrente depuis le début de leurs missions d’observation en 2007. Le rapport mentionne des vidéos diffusées en ligne montrant des bulletins photographiés dans l’isoloir. Ces images soulèvent le soupçon qu’un électeur puisse chercher à prouver son vote à un tiers ; elles ne démontrent pas, à elles seules, qu’une transaction a eu lieu. Le document distingue ainsi les faits directement observés, les témoignages reçus et les contenus relayés par d’autres sources. fcdm.cerss.org
Sur le rôle de l’administration, les réponses exploitables par les observateurs n’ont pas permis d’établir une intervention directe en faveur d’un candidat. Le rapport précise que l’absence d’un tel constat ne clôt pas la question de l’égalité des chances, notamment lorsque les listes disposent de ressources très différentes.

​La campagne se déplace vers les plateformes numériques

Moins bruyante sur le terrain que lors de précédents scrutins, la campagne s’est largement jouée sur WhatsApp, Facebook, TikTok et Instagram, estiment les auteurs. Ils alertent sur les faux comptes, la désinformation et les deepfakes : des contenus manipulés qui peuvent attribuer à une personne des propos ou des actes fictifs. Les conversations dans les groupes fermés rendent leur circulation particulièrement difficile à suivre.

Cette alerte appelle une distinction. Le rapport décrit le risque posé par les hypertrucages, mais ne fournit pas de bilan chiffré des deepfakes avérés pendant les législatives, ni de preuve mesurant leur effet sur le résultat. Pour les observateurs, la réponse passe notamment par des outils de veille adaptés et par un traitement plus rapide et plus transparent des plaintes relatives à la campagne numérique.

Une participation de 38,02 %, une confiance à reconstruire

Le ministère de l’Intérieur a fixé la participation nationale à 38,02 %. Le CERSS et le FCDM y lisent une interrogation sur le lien entre électeurs, partis et institutions. La comparaison avec 2021 doit cependant tenir compte d’une différence importante : cette année-là, les législatives avaient été organisées en même temps que les scrutins communaux et régionaux. Le taux de 2026 mesure la participation ; il ne révèle pas, à lui seul, pourquoi chaque abstentionniste est resté à l’écart. 

Le rapport pointe aussi les limites de la représentation. Si 2 658 femmes figuraient parmi les candidats, seules 121 listes locales sur 1 615 étaient conduites par une femme. Quant aux 18-34 ans, ils ne représentaient, selon les auteurs, qu’environ 19 % des inscrits. Deux listes indépendantes de jeunes seulement se sont présentées.

Les questions de jeunesse occupent une place centrale dans les programmes ; l’accès des jeunes aux candidatures reste, lui, restreint. 

Le rapport ne conteste pas globalement le déroulement du vote et ne se prononce pas sur les vainqueurs. Il demande que l’observation puisse aller jusqu’au bout de son utilité : documenter les irrégularités alléguées, publier des données détaillées et connaître les suites réservées aux plaintes. Son annexe de résultats n’était pas encore achevée lors de la rédaction. Pour que le débat sur l’argent électoral et les manipulations numériques gagne en précision, c’est désormais cette documentation qui devra parler.




Samedi 26 Septembre 2026
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