L'ODJ Média

Les banques marocaines en Afrique

L'essor d'une puissance financière au service de l'intégration du continent


Sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a profondément redéfini sa politique africaine en faisant de la coopération Sud-Sud un pilier de sa diplomatie économique… Cette vision, fondée sur le partenariat gagnant-gagnant, le respect de la souveraineté des États africains et la promotion d'un développement partagé, a permis au Royaume de s'imposer comme un acteur financier majeur sur le continent… Parmi les principaux instruments de cette stratégie figurent les banques marocaines, devenues en moins de deux décennies des acteurs incontournables du financement des économies africaines…



Par Nadine Mouline

Les banques marocaines en Afrique
Loin d'être une simple expansion commerciale, leur implantation traduit une véritable stratégie nationale visant à renforcer l'intégration économique africaine. Cette orientation s'inscrit pleinement dans les discours royaux appelant à bâtir une Afrique capable de mobiliser ses propres ressources pour financer son développement, réduire sa dépendance extérieure et accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
 
Aujourd'hui, le Maroc est le deuxième investisseur africain sur le continent et le premier investisseur en Afrique de l'Ouest. Selon les données de l'Office des Changes, près de 60 % des investissements directs étrangers (IDE) marocains sont destinés à l'Afrique. Cette dynamique témoigne d'une volonté constante de faire du secteur privé marocain, notamment bancaire, un levier de croissance continentale.
 
Les trois grands groupes bancaires marocains – Attijariwafa Bank, Bank of Africa et Banque Centrale Populaire (BCP) – illustrent parfaitement cette ambition. Ensemble, ils sont présents dans plus de vingt pays africains et desservent plusieurs dizaines de millions de clients. Leur implantation couvre principalement l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique centrale, l'Afrique de l'Est ainsi que certaines économies d'Afrique australe.
 
Attijariwafa Bank est aujourd'hui implantée dans quinze pays africains et accompagne aussi bien les grandes entreprises que les PME, les investisseurs et les particuliers. Bank of Africa est présente dans une vingtaine de pays du continent grâce à un réseau développé progressivement depuis son intégration au groupe BMCE Bank. Quant au Groupe Banque Centrale Populaire, il s'est considérablement renforcé après l'acquisition du groupe Banque Atlantique, consolidant ainsi sa présence dans huit pays de l'UEMOA.
 
Au-delà des chiffres, ces banques jouent un rôle essentiel dans le financement des infrastructures, de l'agriculture, de l'industrie, des télécommunications, des énergies renouvelables ainsi que des petites et moyennes entreprises. Elles facilitent également les échanges commerciaux entre les pays africains grâce au financement du commerce extérieur, aux garanties bancaires, aux solutions de paiement et à l'accompagnement des investisseurs.
 
Cette présence bancaire répond directement à la vision royale d'une Afrique davantage intégrée. Dans plusieurs de ses discours adressés aux chefs d'État africains et aux participants aux Sommets de l'Union africaine, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rappelé que « l'Afrique doit faire confiance à l'Afrique ». Cette philosophie repose sur une conviction forte : le développement durable du continent ne peut être assuré que par des partenariats solidaires entre pays africains.
 
L'action des banques marocaines illustre parfaitement cette approche. Elles ne se limitent pas à financer des projets… elles participent également au transfert de compétences, à la modernisation des systèmes bancaires, à la diffusion des technologies financières (FinTech), au développement de la bancarisation et à l'inclusion financière. Dans plusieurs pays africains, elles soutiennent les jeunes entrepreneurs, les femmes porteuses de projets et les petites exploitations agricoles, contribuant ainsi à une croissance plus inclusive.
 
Leur rôle est également stratégique dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021. La réussite de ce vaste marché unique dépend largement de la capacité des banques africaines à financer les échanges intra-africains, à sécuriser les paiements et à accompagner les entreprises dans leur internationalisation. Les groupes bancaires marocains disposent d'un avantage considérable grâce à leur présence multisectorielle et à leur connaissance approfondie des économies africaines.
 
Par ailleurs, les institutions financières marocaines accompagnent activement les entreprises nationales qui investissent sur le continent dans des secteurs stratégiques tels que les télécommunications, les engrais, le BTP, les assurances, la logistique ou encore les énergies renouvelables. Cette complémentarité renforce la compétitivité des investissements marocains tout en créant des emplois et de la valeur ajoutée dans les pays partenaires…
 
Cette stratégie contribue également au rayonnement international du Maroc. Grâce à ses groupes bancaires, le Royaume est désormais reconnu comme une plateforme financière reliant l'Europe, le monde arabe et l'Afrique subsaharienne. Cette position est renforcée par le développement de Casablanca Finance City, devenue l'un des principaux hubs financiers du continent… La vision royale ne se limite toutefois pas à l'expansion des banques marocaines. Elle vise également à faire du Royaume une véritable plateforme financière reliant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. Cette ambition s'incarne notamment à travers Casablanca Finance City (CFC), qui accueille aujourd'hui plus de 240 entreprises opérant dans une cinquantaine de pays africains. En offrant un environnement favorable aux investisseurs internationaux, CFC renforce le positionnement du Maroc comme hub financier continental et complète l'action des banques marocaines dans le financement du développement africain.
 
Cette expansion repose également sur une solidité financière reconnue à l'échelle internationale. En 2024, le résultat net consolidé des banques marocaines cotées a atteint 23 milliards de dirhams, soit une progression de 21,3 % par rapport à 2023. Cette performance renforce leur capacité à financer des projets structurants en Afrique et explique les partenariats développés avec des institutions internationales telles que la Banque africaine de développement (BAD) ou la Société financière internationale (IFC).
 
Le rayonnement des groupes bancaires marocains est également confirmé par les classements internationaux. Selon The Banker 2024, Attijariwafa Bank occupe la 6ᵉ place des meilleures banques africaines, la Banque Centrale Populaire la 7ᵉ et Bank of Africa la 8ᵉ. Aucun autre pays du Maghreb ne compte autant d'établissements parmi les dix premières banques du continent, illustrant le leadership financier du Royaume en Afrique.
 
Toutefois, cette expansion s'accompagne de défis importants. Les banques marocaines doivent composer avec des environnements économiques parfois instables, des risques politiques, des fluctuations monétaires et des exigences réglementaires de plus en plus complexes. Elles doivent également accélérer leur transformation numérique afin de répondre aux nouvelles attentes des populations africaines, notamment en matière de paiement mobile et de services bancaires digitaux.
 
Malgré ces contraintes, les perspectives demeurent particulièrement prometteuses. L'urbanisation rapide, la croissance démographique, l'essor de la classe moyenne africaine et les besoins considérables en financement offrent aux banques marocaines un potentiel de développement exceptionnel. Leur capacité d'innovation, leur solidité financière et leur expérience continentale constituent des atouts majeurs pour accompagner cette transformation.
 
En définitive, l'essor des banques marocaines en Afrique dépasse largement la dimension économique. Il constitue l'une des expressions les plus concrètes de la vision stratégique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour une Afrique unie, solidaire et prospère. En facilitant les investissements, en soutenant l'entrepreneuriat, en finançant les infrastructures et en renforçant les échanges intra-africains, elles participent activement à l'émergence d'un espace économique intégré capable de relever les défis du XXIᵉ siècle.
 
Le succès de cette stratégie confirme que la puissance financière peut devenir un véritable instrument de diplomatie économique et de coopération régionale. Plus qu'une réussite marocaine, elle représente un modèle africain de développement fondé sur la solidarité, la confiance mutuelle et la construction d'un avenir commun.


Mercredi 29 Juillet 2026