Bien sûr, distribuer des tracts et afficher des candidats ou des partis fait partie des pratiques habituelles d’une campagne électorale. Les candidats cherchent à se faire connaître, à présenter leurs programmes et à aller à la rencontre des citoyens. Le problème n’est donc pas la communication électorale en elle-même. Le problème commence lorsque cette communication se transforme en déchets et que l’espace public devient le lieu où l’on abandonne tout ce qui n’est plus utile.
Ce qui m’a surtout interpellée ce matin, ce sont les personnes qui doivent ensuite nettoyer. Pendant que les candidats et leurs équipes cherchent à attirer l’attention des électeurs, d’autres travailleurs doivent passer derrière eux pour ramasser les papiers laissés sur les trottoirs. Un tract distribué en quelques secondes peut finir par être ramassé par un agent quelques minutes plus tard. Ce geste paraît banal, mais répété des milliers de fois dans une ville, il représente du temps, du travail et des efforts supplémentaires pour des personnes qui sont déjà chargées de maintenir nos espaces publics propres.
Il y a aussi quelque chose de paradoxal dans cette situation. Pendant une campagne, les candidats parlent de proximité avec les citoyens, de villes meilleures, de services publics, d’amélioration du quotidien et parfois même d’environnement. Pourtant, le discours politique perd un peu de son sens lorsque les rues dans lesquelles vivent ces mêmes citoyens se retrouvent couvertes de papiers et d’affiches abandonnés. La citoyenneté ne devrait pas seulement commencer derrière un isoloir. Elle devrait aussi se traduire par le respect des espaces que nous partageons.
Cette responsabilité ne repose évidemment pas uniquement sur les candidats. Les citoyens qui prennent un tract et le jettent immédiatement par terre participent eux aussi à ce problème. Mais les équipes de campagne ont également une responsabilité importante, puisqu’elles organisent la distribution et choisissent les moyens utilisés pour communiquer. Une campagne électorale peut parfaitement être visible sans nécessairement laisser derrière elle une quantité importante de déchets. Il est possible de sensibiliser les militants, de prévoir la récupération des supports, de privilégier davantage les outils numériques et surtout de rappeler une règle élémentaire : ce qui est distribué dans la rue ne doit pas finir dans la rue.
La question peut sembler secondaire face aux grands enjeux d’une élection. Pourtant, c’est justement dans ces petits détails que se construit aussi notre rapport à la chose publique. Une ville propre n’est pas uniquement la responsabilité des agents de propreté. Ces derniers ne devraient pas avoir à réparer systématiquement les conséquences de nos comportements, qu’il s’agisse des déchets ordinaires ou de ceux produits pendant une campagne électorale.
Le 23 septembre, les Marocains seront appelés à voter pour élire leurs représentants à la Chambre des représentants. Les candidats auront présenté leurs programmes, leurs promesses et leurs visions du pays. Mais une campagne ne devrait pas seulement être jugée à travers les discours prononcés ou les affiches placardées. Elle peut aussi être observée à travers la manière dont elle occupe l’espace public et respecte les personnes qui y travaillent.
Ce matin, en regardant ces agents ramasser les déchets dans les rues, je me suis simplement dit qu’une campagne électorale devrait laisser derrière elle des idées, des débats et des choix citoyens, pas des sacs remplis de papiers. Les candidats veulent laisser leur nom dans les mémoires des électeurs. Ils peuvent au moins éviter de laisser leurs tracts sur nos trottoirs.