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Littoral marocain sous haute surveillance : les drones entrent en action


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 4 Mars 2026

Le Maroc est en train de redéfinir sa manière de gérer un de ses atouts les plus précieux — et vulnérables : son littoral. Long d’environ 3 500 kilomètres, le trait de côte marocain n’est pas seulement une frontière géographique, il est le cœur battant de nombreuses activités économiques, sociales et culturelles du Royaume. Ces dernières années, l’intensification de l’érosion marine, conjuguée à la montée du niveau des mers, a mis en lumière la fragilité de ces espaces essentiels à la vie des communautés locales et à l’économie nationale.



Littoral marocain sous haute surveillance : les drones entrent en action

Pour répondre à ces défis, la Direction des ports et du domaine public maritime, qui relève du Ministère de l’Équipement et de l’Eau, a pris une initiative ambitieuse et technologiquement avancée : l’utilisation de drones pour le suivi technique du littoral. Un appel d’offres national ouvert, doté d’un budget de 500 000 dirhams, vient d’être lancé pour ce programme innovant qui vise à améliorer significativement la surveillance des zones côtières exposées à l’érosion et aux risques de submersion marine.
 

Ce projet, loin d’être une simple expérimentation, reflète une volonté claire de modernisation. L’objectif est de disposer de données géospatiales et topographiques d’une précision centimétrique — en capturant des images aériennes à une résolution de 6 centimètres par pixel, sans rééchantillonnage, et en produisant des modèles numériques d’une précision de 10 centimètres en planimétrie et altimétrie. Une telle précision est essentielle pour anticiper l’évolution du littoral avec une finesse comparable aux meilleures pratiques internationales en matière de cartographie côtière.
 

Au‑delà de la simple captation d’images, le projet prévoit des opérations techniques complexes : correction photogrammétrique, orthorectification des clichés et production de mosaïques numériques directement exploitables dans des systèmes d’information géographique (SIG). Pour mener à bien ces missions, le cahier des charges impose la mobilisation de ressources humaines et techniques solides : un ingénieur géomètre‑topographe, des techniciens spécialisés, des drones conformes aux spécifications techniques, des stations de mesure de haute précision et des systèmes GPS bi‑fréquence.
 

L’administration exige également que le prestataire dispose des autorisations de vol pertinentes délivrées par les autorités compétentes et que toutes les données numériques soient archivées pendant au moins cinq ans. Cette exigence montre la volonté de créer une base de connaissances durable, qui servira de référence pour les analyses futures.
 

Le dispositif de surveillance s’articule autour de trois missions complémentaires. D’abord, la production d’orthophotos mosaïquées et la mise en place d’une base de référence géodésique, pour assurer la cohérence des relevés. Ensuite, la dimension topographique, avec la création de modèles numériques de terrain (MNT) et de plans intégrant les reliefs et infrastructures existantes. Enfin, la mission d’analyse qui consiste à mesurer les volumes de sable et de matériaux déplacés, comparant les nouvelles données avec celles précédemment conservées. Cette approche permet non seulement d’identifier les zones où le trait de côte recule ou progresse, mais aussi d’évaluer l’efficacité des aménagements déjà réalisés.
 

Pour de nombreux experts, cette démarche était devenue nécessaire. Des institutions internationales telles que la Banque mondiale ont souligné la rapidité avec laquelle certaines portions du littoral marocain reculent, menaçant des zones habitées, des infrastructures portuaires et des écosystèmes côtiers. Face à ces constats, l’intégration de technologies de pointe comme les drones et la modélisation 3D représente une réponse tangible et moderne, qui dépasse les approches traditionnelles souvent jugées insuffisantes.
 

Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation des outils de gestion du domaine public maritime. En adoptant une approche anticipative fondée sur des données scientifiques de haute qualité, l’administration aspire à gérer le littoral de manière plus proactive, en mettant l’accent sur la prévention plutôt que sur la réaction aux crises. Il s’agit aussi de soutenir une vision de développement durable qui concilie protection de l’environnement, dynamisme économique et bien‑être des populations.
 

La mer n’est plus une marge géographique pour le Maroc. Elle est devenue une priorité stratégique qui exige des outils intelligents, une gouvernance rigoureuse et une volonté politique forte. L’entrée en action de ces drones n’est que le début d’une révolution silencieuse mais essentielle pour l’avenir du littoral marocain.





Mercredi 4 Mars 2026