Le chantier dévoilé mercredi à Rabat rassemble des acteurs publics de premier plan. Présidée par le ministre Abdessamad Kayouh, la rencontre a mobilisé des décideurs institutionnels, des directeurs généraux, et des représentants d’EEP clés de la logistique nationale. L’objectif déclaré : transformer un paysage fragmenté en un écosystème cohérent, efficace et orienté vers la performance socio-économique.
Le contexte de cette initiative n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de réformes publiques et d’investissements massifs dans les infrastructures de transport et de logistique, avec un plan d’investissement de près de 29 milliards de dirhams prévu pour 2026, visant à renforcer l’intégration du Royaume dans les chaînes de valeur régionales et internationales.
Le ministre du Transport et de la Logistique a insisté sur le rôle central de cette étude dans la modernisation de l’écosystème. Pour Kayouh, il ne s’agit pas simplement de dresser un état des lieux, mais bien de clarifier les missions, les rôles et les priorités d’intervention de chaque acteur public. L’objectif affiché est de réduire les chevauchements institutionnels, d’optimiser l’action publique et de coordonner les efforts dans une logique de rationalisation et d’impact.
Dans une allocution qui mêlait chiffres, pragmatisme et vision, le ministre a souligné que cette initiative pourrait jeter les bases d’un modèle logistique plus robuste, capable de soutenir les transitions économiques et technologiques, tout en facilitant l’insertion du Maroc dans les grands corridors commerciaux régionaux et mondiaux.
L’étude stratégique débute par une cartographie complète du secteur logistique public et privé. Ce diagnostic, présenté comme exhaustif, visera à identifier les doublons, les zones grises et les points de friction entre les différents établissements publics. Selon Abdellatif Zaghnoun, directeur général de l’Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l’État (ANGSPE), cette lecture objective du terrain est essentielle pour proposer des recommandations réalistes et opérationnelles.
Cette démarche repose sur un constat partagé par plusieurs analystes économiques : la logistique, souvent qualifiée de « colonne vertébrale » de l’économie moderne, a longtemps souffert au Maroc d’un manque de coordination entre acteurs publics. La diversité des missions, les responsabilités fragmentées et les redondances ont, dans certains cas, freiné l’efficacité et dilué l’impact des politiques publiques.
Pour le citoyen et l’entreprise, les enjeux sont concrets. Une meilleure synergie des EEP signifie, à terme, une chaîne logistique plus fluide pour les exportateurs, des coûts de transaction plus bas pour les PME, et une meilleure compétitivité du Royaume face à des concurrents régionaux qui n’ont de cesse d’investir dans l’infrastructure et la technologie.
L’un des points saillants de la réunion de lancement a été la présentation du calendrier de travail, de la méthodologie adoptée et de l’équipe projet. Ces éléments traduisent une volonté de transparence et de rigueur dans l’approche, un aspect parfois critiqué dans les grandes réformes publiques. Les participants ont insisté sur la nécessité d’un suivi rigoureux et d’une appropriation institutionnelle des résultats, afin que les recommandations ne restent pas lettre morte.
Les observateurs avertis notent que cette initiative arrive à un moment stratégique : alors que le Maroc s’efforce de consolider sa place de hub logistique régional, la pression concurrentielle s’intensifie. Les investissements prévisionnels dans les zones logistiques, estimés à plus de 250 millions de dirhams pour développer des sites régionaux, illustrent cette dynamique d’expansion territoriale.
Qu’on se le dise, la logistique marocaine est à un carrefour. L’étude lancée pourrait bien faire basculer le secteur vers plus d’efficience et d’intégration économique. Mais le chemin sera exigeant. Les recommandations devront être accompagnées d’une volonté politique soutenue, d’une gestion proactive des talents et d’une capacité d’adaptation institutionnelle.
Si les ambitions affichées se concrétisent, le Maroc ne renforcera pas seulement la coordination entre ses établissements publics : il pourrait propulser son écosystème logistique au rang de catalyseur de croissance, d’emploi et d’innovation. À l’heure où le Royaume rêve d’être un pont entre continents, cette réforme structurelle n’est pas un simple ajustement administratif, mais un investissement dans sa souveraineté économique de demain.