Il y a quelques semaines encore, nombreux étaient les fonctionnaires des perceptions à se demander quelle serait leur place dans le nouveau paysage fiscal que dessinait la loi 14.25 une réforme lourde de conséquences pour le recouvrement des taxes locales et qui touche directement le tissu financier des collectivités territoriales marocaines.
Dans un contexte social marqué par la nervosité et les interrogations, la direction de la Trésorerie générale du Royaume a finalement brisé le silence. Au siège de la TGR, Noureddine Bensouda a tenu à lever les zones d’ombre entourant l’application de la réforme. Devant des représentants du Syndicat national des finances, affilié à la CDT, il a affirmé sans ambiguïté que celle-ci ne remet nullement en cause les droits acquis des fonctionnaires des perceptions, ni leur stabilité professionnelle et sociale, alors même que certaines voix syndicales faisaient état d’un climat inédit de « crainte et d’incertitude » au sein des services.
Selon plusieurs participants à la réunion, le patron de la TGR a rappelé que la loi 14.25, promulguée en juin 2025 et publiée au Bulletin officiel n° 7412, vise notamment à moderniser la fiscalité locale en redéfinissant les modes de collecte tout en créant de nouvelles perceptions territoriales, sans pour autant supprimer celles dépendant de la TGR.
Sur le terrain, cette réforme n’est pas une abstraction. Elle touche la taxe d’habitation, la taxe de services communaux et celle sur les terrains non bâtis, désormais gérées par de nouveaux acteurs comme la Direction Générale des Impôts (DGI) en lieu et place de la TGR, une évolution déjà en vigueur depuis juin 2025.
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Dans un climat social particulièrement tendu, où certaines perceptions avaient même vu leurs activités presque paralysées à cause du flou organisationnel, cette prise de parole était attendue comme un signal fort. Bensouda a insisté sur le fait que les missions historiques de la TGR recouvrement, comptabilité, contrôle et financement du budget général de l’État restent inchangées. Il a balayé d’un revers les inquiétudes d’un « dessaisissement progressif » de la trésorerie, souvent au cœur des débats informels entre agents.
Pour les syndicats, cette transparence nouvelle après des semaines d’absence de communication claire représente une avancée significative. La CDT a rapidement salué la démarche, qualifiant l’ouverture au dialogue de « démarche constructive ». Sur cette base, elle a d’ailleurs décidé de suspendre la manifestation nationale prévue le 15 janvier 2026 devant le ministère de l’Économie et des Finances, tout en appelant toutefois à une vigilance accrue quant aux prochaines étapes de mise en œuvre de la loi.
Mais au-delà du soulagement passager, des questions persistent. Dans les couloirs des perceptions, certains agents s’interrogent encore sur leur avenir professionnel, la continuité de leur carrière et la répartition des tâches entre TGR, DGI et nouvelles perceptions locales autant de points qui devront être clarifiés lors du prochain round de discussions avec la ministre de l’Économie et des Finances.
En toile de fond de cet apaisement fragile, se dessine une réalité plus large : celle d’un Maroc engagé dans une modernisation profonde de sa fiscalité locale, visant à renforcer la décentralisation, à améliorer l’efficacité du recouvrement et à garantir l’équité territoriale. Un chantier qui, s’il est mené avec rigueur et dialogue social, pourrait dessiner une nouvelle ère de gouvernance fiscale territoriale plus inclusive et durable pour les citoyens comme pour l’administration.
Au moment où ces lignes sont écrites, l’orage social s’est pour l’instant dissipé, mais la réforme 14.25 reste sous haute surveillance. Pour les fonctionnaires de la TGR, comme pour les observateurs économiques, le véritable test de cette transformation sera dans sa mise en œuvre concrète loin des discours institutionnels, au cœur des perceptions et des services où se joue, chaque jour, la confiance entre l’État et ses agents.