Un budget de transition qui n'en porte pas le nom
À quelques semaines des élections législatives, le gouvernement adresse aux ministres actuels la circulaire préparatoire du PLF 2027. Un exercice institutionnel parfaitement normal, mais politiquement savoureux : ceux qui ne seront peut-être plus ministres en octobre doivent préparer les premières copies budgétaires de ceux qui leur succéderont.**
Il y a parfois des calendriers qui produisent, à eux seuls, une petite ironie politique. La circulaire n°12/2026 du Chef du gouvernement relative à la préparation du projet de loi de finances 2027 en fournit une belle illustration.
Daté du 5 août 2026, le document est adressé aux ministres, ministres délégués, secrétaires d'État, hauts-commissaires et délégués généraux. Son objet est sans ambiguïté : préparer le PLF 2027.
Rien d'anormal institutionnellement. L'État ne s'arrête évidemment pas pendant une campagne électorale. L'administration continue, le calendrier budgétaire aussi. Mais le contexte donne au document une dimension particulière : les élections législatives sont programmées pour le 23 septembre 2026, comme le rappelle d'ailleurs explicitement la circulaire elle-même.
Autrement dit, plusieurs destinataires de cette lettre de cadrage pourraient être, dans quelques semaines, des ex-ministres.
Et pourtant, ce sont bien eux qui doivent préparer les arbitrages, propositions et programmations qui alimenteront le budget du gouvernement issu des urnes.
Le paradoxe est d'autant plus intéressant que la circulaire ne ressemble absolument pas à un document destiné à gérer les affaires courantes.
Elle trace au contraire une feuille de route particulièrement ambitieuse autour de quatre grandes priorités : consolider les acquis économiques et la place du Maroc parmi les pays émergents ; accélérer la mise à niveau territoriale et réduire les disparités sociales ; poursuivre la consolidation de l'État social ; poursuivre les grandes réformes structurelles tout en préservant les équilibres des finances publiques.
Le document détaille ensuite, sur 29 pages, une impressionnante série de chantiers : infrastructures, ferroviaire, ports, aérien, industrie, investissement, eau, agriculture, tourisme, numérique, santé, éducation, protection sociale, logement, emploi, régionalisation et réforme administrative.
Sur le plan macroéconomique, l'ambition affichée est également précise. Le cadrage envisage pour 2027 une croissance d'environ 4,1 %, un déficit budgétaire contenu autour de 3 % du PIB et une dette publique appelée à poursuivre sa décrue.
Mais les ministères ne reçoivent pas seulement une orientation politique générale. Ils reçoivent aussi une véritable consigne de discipline budgétaire.
La circulaire leur demande de hiérarchiser leurs priorités, de mieux contrôler les dépenses ordinaires, de rationaliser les créations de postes budgétaires et de concentrer l'investissement sur les projets réellement exécutables. Elle réclame notamment une évaluation précise des besoins en ressources humaines, davantage de mobilité et de redéploiement des fonctionnaires et une réduction de certaines dépenses de fonctionnement.
Et le calendrier, lui, ne connaît pas la politique.
Les départements ministériels sont invités à transmettre leurs propositions budgétaires à la Direction du Budget avant le 31 août 2026.
Les ministres passent, le budget demeure
C'est probablement là que se trouve la véritable lecture politique de cette circulaire.
Le PLF 2027 sera préparé administrativement par un gouvernement en fin de mandat, mais devra être politiquement assumé, amendé et défendu par celui qui sortira des législatives.
Les prochains ministres hériteront donc d'une copie déjà largement préparée.
Ils pourront naturellement modifier les arbitrages, déplacer certaines priorités et imprimer leur marque politique. Mais ils découvriront aussi une réalité familière à tous les gouvernements : un budget national est beaucoup moins une page blanche qu'un énorme paquebot lancé plusieurs mois auparavant.
La circulaire du 5 août en apporte une démonstration presque pédagogique.
Ainsi va la continuité de l'État : les ministres actuels préparent le budget de leurs éventuels successeurs.
Et quelque part, c'est peut-être très bien ainsi. Car les gouvernements passent. Les élections redistribuent les cartes. Les majorités changent. Mais le 1er janvier 2027, lui, n'attendra personne.
Il y a parfois des calendriers qui produisent, à eux seuls, une petite ironie politique. La circulaire n°12/2026 du Chef du gouvernement relative à la préparation du projet de loi de finances 2027 en fournit une belle illustration.
Daté du 5 août 2026, le document est adressé aux ministres, ministres délégués, secrétaires d'État, hauts-commissaires et délégués généraux. Son objet est sans ambiguïté : préparer le PLF 2027.
Rien d'anormal institutionnellement. L'État ne s'arrête évidemment pas pendant une campagne électorale. L'administration continue, le calendrier budgétaire aussi. Mais le contexte donne au document une dimension particulière : les élections législatives sont programmées pour le 23 septembre 2026, comme le rappelle d'ailleurs explicitement la circulaire elle-même.
Autrement dit, plusieurs destinataires de cette lettre de cadrage pourraient être, dans quelques semaines, des ex-ministres.
Et pourtant, ce sont bien eux qui doivent préparer les arbitrages, propositions et programmations qui alimenteront le budget du gouvernement issu des urnes.
Le paradoxe est d'autant plus intéressant que la circulaire ne ressemble absolument pas à un document destiné à gérer les affaires courantes.
Elle trace au contraire une feuille de route particulièrement ambitieuse autour de quatre grandes priorités : consolider les acquis économiques et la place du Maroc parmi les pays émergents ; accélérer la mise à niveau territoriale et réduire les disparités sociales ; poursuivre la consolidation de l'État social ; poursuivre les grandes réformes structurelles tout en préservant les équilibres des finances publiques.
Le document détaille ensuite, sur 29 pages, une impressionnante série de chantiers : infrastructures, ferroviaire, ports, aérien, industrie, investissement, eau, agriculture, tourisme, numérique, santé, éducation, protection sociale, logement, emploi, régionalisation et réforme administrative.
Sur le plan macroéconomique, l'ambition affichée est également précise. Le cadrage envisage pour 2027 une croissance d'environ 4,1 %, un déficit budgétaire contenu autour de 3 % du PIB et une dette publique appelée à poursuivre sa décrue.
Mais les ministères ne reçoivent pas seulement une orientation politique générale. Ils reçoivent aussi une véritable consigne de discipline budgétaire.
La circulaire leur demande de hiérarchiser leurs priorités, de mieux contrôler les dépenses ordinaires, de rationaliser les créations de postes budgétaires et de concentrer l'investissement sur les projets réellement exécutables. Elle réclame notamment une évaluation précise des besoins en ressources humaines, davantage de mobilité et de redéploiement des fonctionnaires et une réduction de certaines dépenses de fonctionnement.
Et le calendrier, lui, ne connaît pas la politique.
Les départements ministériels sont invités à transmettre leurs propositions budgétaires à la Direction du Budget avant le 31 août 2026.
Les ministres passent, le budget demeure
C'est probablement là que se trouve la véritable lecture politique de cette circulaire.
Le PLF 2027 sera préparé administrativement par un gouvernement en fin de mandat, mais devra être politiquement assumé, amendé et défendu par celui qui sortira des législatives.
Les prochains ministres hériteront donc d'une copie déjà largement préparée.
Ils pourront naturellement modifier les arbitrages, déplacer certaines priorités et imprimer leur marque politique. Mais ils découvriront aussi une réalité familière à tous les gouvernements : un budget national est beaucoup moins une page blanche qu'un énorme paquebot lancé plusieurs mois auparavant.
La circulaire du 5 août en apporte une démonstration presque pédagogique.
Ainsi va la continuité de l'État : les ministres actuels préparent le budget de leurs éventuels successeurs.
Et quelque part, c'est peut-être très bien ainsi. Car les gouvernements passent. Les élections redistribuent les cartes. Les majorités changent. Mais le 1er janvier 2027, lui, n'attendra personne.