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« Made in Europe » : l’industrie marocaine sous pression


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 6 Avril 2026

Avec l’Industrial Accelerator Act, l’Union européenne durcit sa politique industrielle en faveur du « made in Europe ». Une stratégie qui pourrait rebattre les cartes pour le Maroc, dont le modèle repose largement sur son intégration aux chaînes de valeur européennes.



« Made in Europe » : l’industrie marocaine sous pression

La Commission européenne a présenté l’Industrial Accelerator Act (IAA). Une réforme ambitieuse, mais surtout révélatrice d’un changement de cap. L’Union européenne ne veut plus seulement être un marché attractif. Elle veut redevenir un territoire de production. Et pour y parvenir, elle resserre les règles, notamment sur les investissements étrangers et l’accès à son marché.
 

Pour le Maroc, cette évolution n’est pas anodine. Depuis plus de deux décennies, le Royaume a construit son positionnement industriel en s’adossant à l’UE industrie. L’accord de libre-échange signé en 1996, entré en vigueur en 2000, a permis une intégration progressive dans les chaînes de valeur européennes. Résultat : des flux d’investissements étrangers importants, des plateformes industrielles compétitives, et une montée en puissance dans des secteurs comme l’automobile.
 

Mais avec la montée du protectionnisme européen, cet équilibre pourrait être fragilisé.
 

L’Industrial Accelerator Act introduit des mesures claires : quotas de production locale, accès prioritaire aux subventions pour les entreprises européennes, restrictions sur certains investissements étrangers. L’objectif affiché est de porter l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici 2035. Une ambition qui s’accompagne d’un durcissement des règles du jeu.
 

Le secteur de l’automobile électrique illustre parfaitement ce basculement. Le texte impose que les batteries européennes intègrent rapidement plusieurs composants produits localement. À terme, 70 % du contenu des véhicules devra être d’origine européenne. Même les modèles les plus abordables devront être entièrement fabriqués en Europe.
 

Concrètement, cela remet en question le rôle de certaines bases industrielles périphériques. Jusqu’ici, des investisseurs – notamment asiatiques – utilisaient le Maroc comme point d’entrée vers le marché européen. Une stratégie rendue possible par les accords commerciaux et la compétitivité locale. Avec le « made in Europe », cette logique devient moins pertinente.
 

Les premiers signes de cette inflexion sont déjà visibles. Depuis mars 2025, l’Union européenne a appliqué des droits compensateurs pouvant atteindre 31 % sur certaines exportations, comme les jantes en aluminium. Un signal fort, qui rappelle que l’accès au marché européen devient plus exigeant.
 

Dans ce contexte, la question n’est pas seulement économique. Elle est stratégique. Le modèle marocain, basé sur l’attraction des investissements étrangers et l’intégration aux chaînes de valeur internationales, doit s’adapter à cette nouvelle donne.
 

Cela dit, tout n’est pas fermé. Au sein de l’Union européenne, des débats persistent. Certaines voix plaident pour une reconnaissance des pays partenaires liés par des accords de libre-échange dans le calcul du « made in Europe ». Une option qui pourrait préserver une partie des échanges et maintenir des passerelles industrielles.
 

Par ailleurs, le Maroc n’est pas resté immobile. Depuis septembre 2023, une préférence nationale a été introduite dans les marchés publics, favorisant les entreprises locales. Une démarche qui, d’une certaine manière, fait écho aux orientations européennes.
 

Reste que les discussions autour de l’IAA s’annoncent complexes. Entre une ligne stricte, portée notamment par la France et l’Italie, et une approche plus ouverte défendue par l’Allemagne, le texte pourrait évoluer avant son adoption définitive.


Pour le Maroc, l’enjeu est désormais clair : préserver sa place dans les chaînes de valeur européennes tout en renforçant sa souveraineté industrielle. Dans un monde où les grandes puissances resserrent leurs stratégies, l’agilité et l’anticipation ne sont plus des options… mais des nécessités.





Lundi 6 Avril 2026