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Maillots déchirés au Mondial : Puma paie-t-il le prix de l’ultraléger ?


Rédigé par le Samedi 4 Juillet 2026

Après les déchirures spectaculaires subies par Neil El Aynaoui puis Chadi Riad, la technologie Ultraweave de Puma se retrouve sous les projecteurs. La marque ne reconnaît aucun défaut, mais défend un choix assumé : privilégier le poids plume, la mobilité et la respirabilité dans un football devenu de plus en plus physique.



Maillots déchirés au Mondial : Puma paie-t-il le prix de l’ultraléger ?
Il y a des images qui résument parfois mieux une époque qu’un long discours tactique. Celle de Neil El Aynaoui, maillot ouvert au niveau du torse après un duel avec l’Écossais Jack Hendry, appartient déjà à cette catégorie. Le milieu marocain a montré la déchirure à l’arbitre, espérant obtenir réparation sur un corner où il estimait avoir été retenu. Sa demande n’a pas abouti. Mais son maillot, lui, a fait le tour du monde.

Quelques jours plus tard, contre les Pays-Bas, Chadi Riad a connu une autre forme de match dans le match. Le défenseur marocain a dû changer à plusieurs reprises de tunique après des duels musclés, notamment face à Brian Brobbey. Selon les comptes rendus de la rencontre, il a utilisé jusqu’à quatre maillots en une seule soirée. Une scène rare à ce niveau de compétition, et suffisamment visible pour déplacer le débat du terrain vers l’équipement.

Le Maroc n’est d’ailleurs pas seul concerné. Le Tchèque Pavel Šulc, le Paraguayen Gustavo Gómez et l’Égyptien Mostafa Zico ont eux aussi vu leur maillot se déchirer en pleine rencontre. Le fait marquant n’est pas uniquement la répétition des incidents. C’est leur point commun : tous portaient des tenues Puma.

Faut-il pour autant parler d’un défaut industriel ? La prudence s’impose. Un maillot peut céder lorsqu’il est soumis à une traction violente, particulièrement dans les corners, les duels de surface ou les phases de transition où le tirage de maillot reste une pratique aussi ancienne que le football lui-même. Mais l’accumulation des déchirures, dans une même compétition et sur des équipements issus du même fournisseur, pose une question légitime : jusqu’où peut-on alléger un maillot avant de fragiliser sa fonction première, celle de tenir pendant un match ?

Puma répond en défendant une philosophie de performance. La marque allemande explique que ses maillots Ultraweave sont conçus pour réduire le poids, améliorer l’amplitude des mouvements et favoriser l’évacuation de la transpiration. Le modèle repose sur un textile extensible dans quatre directions, composé principalement de polyester recyclé, avec un poids annoncé de soixante-douze grammes pour sa base textile.

Une précision importante mérite toutefois d’être apportée : les soixante-douze grammes ne correspondent pas nécessairement au poids complet et final de chaque maillot porté en match, avec badges, numéros, flocages et éléments de personnalisation. Puma parle précisément du base chassis, c’est-à-dire de la structure textile de base. La technologie a été présentée dès octobre 2021, avant d’être déployée plus largement sur les collections des années suivantes.

Le discours de la marque est limpide : dans le football de très haut niveau, chaque gramme compte. Puma revendique une construction réduite à deux panneaux principaux, moins de coutures, une structure dite ripstop censée préserver la résistance du tissu, et une sensation de seconde peau pour le joueur. Sur le papier, le raisonnement est cohérent. Les footballeurs réclament des équipements plus légers, plus souples, moins absorbants lorsqu’ils sont mouillés et moins contraignants dans les courses répétées.

Mais le Mondial vient rappeler qu’un maillot n’est pas une simple tenue de course. C’est aussi un équipement destiné à résister à un sport de contact. Entre deux joueurs lancés à pleine vitesse, un tirage de quelques secondes peut exercer une force considérable sur le torse, les côtes ou les épaules. Or, dans ces situations, l’ultralégèreté devient peut-être moins un avantage qu’un compromis.

Puma ne nie pas les incidents, mais refuse d’y voir la preuve d’un problème de fabrication. Dans une déclaration relayée par la presse internationale, l’entreprise souligne que le football est un sport à fort contact et que les vêtements peuvent être affectés lorsqu’ils subissent des forces sévères ou des contraintes physiques extrêmes. La marque ajoute que les retours des joueurs ont conduit à donner la priorité au poids, à la liberté de mouvement, à la respirabilité et au confort.

L’argument est défendable. Mais il ne ferme pas le dossier. Car la question posée n’est pas seulement celle de la possibilité d’une déchirure. Aucun textile n’est indestructible. La vraie question est comparative : pourquoi ces incidents semblent-ils, jusqu’ici, concerner principalement des sélections équipées par Puma, alors que les matchs exposent toutes les équipes à des contacts similaires ?

À ce stade, aucune expertise indépendante publiée ne permet d’établir une responsabilité technique définitive. Il serait donc excessif de conclure à un défaut avéré. En revanche, il serait tout aussi hasardeux de réduire cette série d’images à de simples accidents isolés.

Le précédent de l’Euro 2016 montre que Puma connaît déjà ce type de crise. Lors du match entre la Suisse et la France, plusieurs joueurs helvétiques avaient dû changer de maillot après des déchirures successives. À l’époque, la marque avait identifié un lot limité de tissu dont certains fils avaient été endommagés pendant la production. Elle avait alors évoqué un problème de matière localisé.

En 2026, Puma ne retient pas cette explication. La marque assume au contraire une conception orientée vers le gain marginal. C’est peut-être là que se trouve le cœur du débat : le sport de haut niveau est devenu un laboratoire permanent où l’on cherche à gagner quelques grammes sur un maillot, quelques millimètres sur une chaussure, quelques fractions de seconde sur une accélération. Mais à force de chasser la légèreté absolue, le risque est de transformer un outil de performance en variable d’incertitude.

Pour les Lions de l’Atlas, l’essentiel reste évidemment ailleurs : dans l’engagement, la concentration et le résultat. Neil El Aynaoui et Chadi Riad n’ont pas perdu leur combat parce qu’un maillot a cédé. Mais ces séquences ont mis en lumière une réalité embarrassante pour l’équipementier : à la Coupe du monde, on attend d’un maillot qu’il soit léger, moderne, respirant et élégant. On attend aussi, tout simplement, qu’il tienne jusqu’au coup de sifflet final.

Le Mondial continuera de livrer ses buts, ses surprises et ses héros. Mais Puma devra désormais convaincre sur un terrain moins glamour : celui de la durabilité. Car dans le football contemporain, chaque gramme compte, certes. Encore faut-il que le maillot ne parte pas avec.




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