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Mais au fait… on joue contre qui, jeudi ? La France ? Oui… mais laquelle ?




Il paraît que jeudi, le Maroc affronte la France. Enfin… c'est ce que dit le calendrier

Mais au fait… on joue contre qui, jeudi ? La France ? Oui… mais laquelle ?
Parce que, depuis quelques jours, les réseaux sociaux se sont improvisés généticiens, démographes et historiens des migrations. Les compositions d'équipe sont devenues des arbres généalogiques. Les schémas tactiques ont laissé place aux patronymes, aux lieux de naissance des parents et aux doubles nationalités. À ce rythme-là, Didier Deschamps ne dirige plus une sélection nationale mais un sommet de l'Union africaine.

Alors faisons les comptes.

Le Cameroun revendique Mbappé, Tchouaméni et Saliba. L'Algérie regarde avec affection Cherki, Akliouche et Olise. La Côte d'Ivoire rappelle Doué et Koné. Le Mali récupère Konaté et Kanté. Le Sénégal veut Dembélé. Le Bénin applaudit Koundé. La Guinée-Bissau salue Upamecano. Le Togo suit Barcola. Le Congo, sous toutes ses variantes, retrouve Mateta ou Samba.

À ce rythme, jeudi, le Maroc ne joue plus un quart de finale. Il organise une CAN... avec hymne français.

Le plus amusant, c'est que chacun effectue sa sélection avec une précision chirurgicale. On distribue les joueurs comme des héritages familiaux. Celui-là est à moitié ceci, un quart cela, trois grands-parents d'ici, une grand-mère de là... On finirait presque par demander un test ADN avant le coup d'envoi.

Heureusement, le football est beaucoup plus simple que Twitter.

Lorsqu'un joueur enfile un maillot, il ne joue pas pour son arbre généalogique. Il joue pour le pays qu'il représente. Les règlements sont clairs, les choix sont assumés et les supporters aussi. Sinon, il faudrait refaire toute l'histoire du football mondial.

Devrait-on considérer Lionel Messi comme Italien ? Cristiano Ronaldo comme Cap-Verdien ? Ou demander aux Brésiliens de présenter leurs ascendances portugaises avant chaque Coupe du monde ?

L'exercice devient vite absurde.

La vérité est pourtant fascinante. Cette équipe de France raconte quelque chose de magnifique : plusieurs générations d'histoire, de migrations, de destins familiaux et de réussite sportive. Elle est le produit de son histoire nationale. Ni plus ni moins.

Et le Maroc, de son côté, connaît parfaitement cette réalité.

Les Lions de l'Atlas comptent eux aussi de nombreux joueurs nés ou formés en Europe. Certains viennent des Pays-Bas, d'Espagne, de Belgique, de France ou d'Italie. Personne ne s'en offusque vraiment. Au contraire, le Royaume a réussi depuis des années à bâtir un lien solide avec sa diaspora, au point d'en faire une richesse sportive.

C'est finalement cela qui rend cette affiche si particulière.

Ce n'est pas seulement Maroc-France.
C'est deux histoires migratoires qui se regardent dans le miroir.
Deux pays liés par des millions de trajectoires familiales.

Deux visions du football qui se nourrissent souvent des mêmes centres de formation, des mêmes quartiers et parfois des mêmes familles.

Alors oui, on peut sourire devant cette image qui affirme que le Maroc affrontera « douze pays africains réunis ». La formule est drôle, volontairement provocatrice et elle fonctionne précisément parce qu'elle caricature une réalité complexe.

Mais le terrain, lui, est beaucoup moins bavard. À vingt-deux heures, l'arbitre ne demandera pas aux joueurs d'où venaient leurs grands-parents.

Il regardera seulement qui marque le plus de buts.

Et si le Maroc venait à l'emporter, il ne battra ni douze pays africains, ni une Afrique contre une Europe, ni une quelconque revanche historique.

Il aura simplement battu la France. Toute la France.
Et ce sera déjà un immense exploit.


 


Mercredi 8 Juillet 2026