Manus 2.0 : après Meta, des agents IA avec téléphone et portefeuille

Comment Cue veut-il transformer l’assistant personnel en agent capable de payer pour vous ?


Rédigé par La Rédaction le Vendredi 2 Octobre 2026

Après sa séparation de Meta, Manus présente Cue, une application qui équipe ses agents d’un e-mail, d’un numéro de téléphone, d’un portefeuille et d’un ordinateur. Selon l’entreprise, ils peuvent communiquer et payer dans un budget fixé par l’utilisateur. Cette promesse de délégation ouvre une question essentielle : jusqu’où leur laisser la main ?



La Chine a ordonné l’annulation du rachat de Manus le 27 avril 2026

L’histoire mérite une précision. Meta n’avait pas seulement envisagé d’acheter Manus : l’acquisition avait été réalisée fin décembre 2025. Le 27 avril suivant, les autorités chinoises ont exigé son annulation. La start-up, fondée en Chine puis installée à Singapour, s’est ainsi retrouvée au cœur des tensions sur le contrôle des technologies d’intelligence artificielle.

Le retour à l’indépendance a ensuite été annoncé par Manus dans une note du 11 août. Cette séparation a eu des conséquences concrètes : certains utilisateurs ont dû sauvegarder leurs travaux avant une suppression de données liée aux obligations réglementaires de la transition. L’entreprise précisait que cette mesure ne résultait pas d’un incident de sécurité. Derrière les grandes manœuvres industrielles, des clients ont donc dû protéger leur propre travail. 

Avec Cue, présenté le 28 septembre, Manus entend désormais élargir la délégation. L’entreprise décrit des agents capables de recevoir des appels et d’en restituer un résumé. Plusieurs peuvent également se répartir une mission dans une conversation commune. L’application reste toutefois en accès anticipé, sur invitation. 

Le changement est facile à comprendre. Un chatbot propose une réponse ; un agent disposant des outils nécessaires peut entreprendre une démarche. Entre expliquer comment organiser une activité et contacter les personnes concernées, la différence devient considérable. Elle se mesure en temps gagné, mais aussi en décisions prises au nom de quelqu’un.

Cette identité numérique ne transforme pourtant pas le logiciel en personne. Posséder une adresse électronique ou un portefeuille ne démontre ni une compréhension parfaite des consignes ni une capacité à résoudre toutes les situations. Le terme « autonome » doit donc toujours être rapporté à une tâche, à des permissions et à des limites.

Déléguer un paiement exige davantage qu’une bonne réponse
Notre analyse : le véritable enjeu de Cue se situe dans le mandat donné à l’agent. Une réponse maladroite peut être corrigée à la lecture. Une commande erronée, un message envoyé au mauvais destinataire ou une dépense inutile peuvent produire des conséquences avant même que l’utilisateur ne les remarque.

Un plafond budgétaire répond à une partie du problème. Il limite le montant disponible, sans garantir la pertinence de chaque achat. La qualité d’un assistant de ce type devra donc aussi se juger sur sa capacité à demander une clarification, à suspendre une action douteuse et à expliquer ce qu’il a fait.

Pour une petite entreprise, l’intérêt potentiel est évident : alléger des démarches répétitives et accélérer la coordination. Mais la démonstration commerciale ne suffit pas à établir la fiabilité quotidienne. Il faudra observer ces agents lorsque les informations se contredisent, qu’un fournisseur change ses conditions ou qu’une instruction reste ambiguë.

Au Maroc, ces usages pourraient intéresser des commerçants, des indépendants ou des équipes administratives. Leur utilité dépendra cependant des services accessibles localement, des langues maîtrisées dans les échanges et des possibilités de paiement. Les sources consultées ne permettent pas de confirmer un fonctionnement complet de Cue dans le Royaume.

L’épisode Meta apporte enfin une autre leçon : la continuité du service compte autant que ses performances. Avant de confier des démarches à une IA, pouvoir récupérer ses données et conserver l’historique de ses décisions devient un critère de choix.

Manus propose ainsi une évolution ambitieuse de l’assistant personnel. Sa réussite se mesurera à une exigence très concrète : faire gagner du temps tout en permettant à l’utilisateur de comprendre, de contrôler et, si nécessaire, d’interrompre l’action.
 




Vendredi 2 Octobre 2026
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