Automobile au Maroc : le marché explose, mais qui pourra s’offrir la transition verte ?
Les chiffres sont bons. Mais ils posent une question qui dépasse largement l’industrie automobile : quel modèle de mobilité sommes-nous en train de construire au Maroc ?
Car une voiture n’est pas seulement un bien de consommation.
Dans un pays où la qualité des transports collectifs reste très inégale selon les villes et les territoires, disposer d’un moyen de déplacement conditionne parfois l’accès à l’emploi, à l’université, aux soins, aux loisirs et même à certaines opportunités économiques.
La mobilité devient ainsi une question sociale.
Et derrière les statistiques commerciales se cache une interrogation presque politique : qui peut réellement profiter de cette nouvelle mobilité ?
Un marché en pleine croissance ne signifie pas une mobilité accessible à tous
Les voitures particulières ont représenté 134 887 immatriculations entre janvier et juillet 2026, soit une hausse de 15,3 %. Les véhicules utilitaires légers progressent encore davantage : 17 599 unités, en augmentation de 19,5 %.
Cette dynamique témoigne incontestablement de la vitalité du marché.
Mais un indicateur commercial n’est pas un indicateur d’égalité sociale.
Un marché automobile peut battre des records alors qu’une partie importante de la population reste incapable d’acquérir une voiture neuve. La progression des ventes peut résulter de l’élargissement de l’offre, du financement, du crédit ou d’une demande plus forte des ménages solvables sans que la capacité de mobilité de l’ensemble de la population progresse dans les mêmes proportions.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de voitures sont vendues.
Il faut également demander : à qui ?
Mais la transformation la plus intéressante révélée par les chiffres se situe ailleurs.
Sous le capot.
17 % des voitures particulières sont désormais électrifiées
Le changement est spectaculaire.
Entre janvier et juillet 2026, les véhicules électrifiés — hybrides, hybrides rechargeables, mild hybrid, électriques à batterie et véhicules électriques avec prolongateur d’autonomie — représentent désormais 17 % des immatriculations de voitures particulières.
Un an auparavant, leur part n'était que de 10,5 %.
Le nombre de véhicules électrifiés atteint ainsi 22 963 unités, soit une progression de 86,3 % en seulement douze mois.
Parallèlement, le diesel recule.
Il représentait 81,3 % des immatriculations de voitures particulières sur les sept premiers mois de 2024. Sa part était tombée à 72,3 % en 2025. Elle n'est plus que de 64,4 % en 2026.
La transition est donc engagée.
Mais elle pose immédiatement une question de justice.
Qui pourra se permettre la voiture propre ?
Car la transition énergétique ne peut pas devenir un privilège environnemental réservé aux ménages disposant des revenus nécessaires pour renouveler rapidement leur véhicule.
Les conséquences environnementales de la circulation automobile, elles, sont collectives. Celui qui ne possède aucune voiture respire aussi l'air produit par celles des autres.
Il existe donc un enjeu de justice environnementale : faire en sorte que les bénéfices de la transition automobile ne soient pas réservés à ceux qui peuvent acheter les technologies les plus récentes.
L’électrique progresse, mais la révolution n’a pas encore eu lieu
Il faut cependant éviter un contresens.
La progression des véhicules « électrifiés » ne signifie pas que le Maroc est déjà passé massivement à la voiture 100 % électrique.
Les véhicules électriques à batterie restent très minoritaires : 1 213 immatriculations à fin juillet 2026, soit seulement 0,9 % du marché des voitures particulières. En ajoutant les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie, l'ensemble BEV + REEV atteint environ 1,9 %.
La révolution électrique commence donc à peine.
Et son véritable test sera probablement moins automobile qu'infrastructurel.
Qui pourra facilement recharger son véhicule ?
Le propriétaire d'une villa ou d'un appartement disposant d'un garage équipé aura une solution relativement simple.
Mais qu'en sera-t-il des habitants d'immeubles anciens ? Des quartiers densément peuplés ? Des petites villes ? Des territoires ruraux ? Des automobilistes effectuant régulièrement de longues distances ?
La géographie des bornes de recharge deviendra progressivement une question d'égalité territoriale.
Une transition énergétique concentrée sur quelques quartiers de Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech ne constituerait pas une véritable transition nationale.
L’autre révolution vient de Chine
Un autre chiffre mérite une attention particulière.
Les marques chinoises connaissent une progression spectaculaire.
Selon les données communiquées, 21 marques d'origine chinoise ont totalisé 15 161 immatriculations de voitures particulières entre janvier et juillet 2026.
Leur part de marché atteint désormais 11,2 %, contre seulement 5,1 % sur la même période de 2025.
En un an, leurs ventes ont bondi de 151,8 %.
Ce n'est plus une curiosité commerciale.
C'est un changement de paysage industriel.
La Chine arrive avec des véhicules électriques, hybrides et fortement numérisés, souvent accompagnés d'un positionnement tarifaire agressif.
Cette concurrence peut contribuer à démocratiser certaines technologies.
Mais elle ouvre simultanément d'autres dossiers : maintenance, disponibilité des pièces, valeur de revente, garanties, dépendance technologique, recyclage des batteries et protection du consommateur.
Et demain, une autre question deviendra incontournable : les données.
La voiture contemporaine se transforme progressivement en ordinateur roulant.
Elle peut connaître nos déplacements, nos horaires, notre localisation et une partie de nos habitudes de conduite.
La protection des données personnelles devra donc progressivement entrer dans la politique automobile.
Et si le véritable progrès consistait à avoir moins besoin de sa voiture ?
Il existe enfin un paradoxe que les chiffres de ventes ne peuvent évidemment pas mesurer.
Une ville dans laquelle chaque ménage doit posséder deux voitures pour travailler, étudier et vivre n'est pas nécessairement une ville moderne.
Elle peut simplement être une ville dont les transports collectifs sont insuffisants.
C'est pourquoi la politique de mobilité ne doit jamais se confondre avec la politique automobile.
La voiture doit rester un choix.
Elle ne devrait pas devenir une obligation sociale.
Le véritable indicateur d'une mobilité inclusive n'est pas seulement la possibilité d'acheter une automobile. C'est également la possibilité, pour celui qui n'en possède pas, de rejoindre son travail, son école, son université ou son hôpital dans des conditions acceptables de coût, de temps, de sécurité et de dignité.
Les données disponibles montrent que le marché automobile marocain poursuit une trajectoire ascendante, après une année 2025 déjà historique. Elles attribuent cette dynamique notamment au renouvellement du parc, à l'élargissement de l'offre asiatique, aux solutions de financement et à l'accélération de l'électrification.
C'est une bonne nouvelle pour l'activité économique.
Mais le Maroc devra progressivement déplacer le débat.
Nous ne devrions plus seulement demander combien de voitures nous vendons.
Ni même combien seront électriques.
La question essentielle sera plutôt celle-ci :
la transformation automobile permettra-t-elle aux Marocains de se déplacer de manière plus propre, plus sûre, plus accessible et surtout plus équitable ?
Car une voiture n’est pas seulement un bien de consommation.
Dans un pays où la qualité des transports collectifs reste très inégale selon les villes et les territoires, disposer d’un moyen de déplacement conditionne parfois l’accès à l’emploi, à l’université, aux soins, aux loisirs et même à certaines opportunités économiques.
La mobilité devient ainsi une question sociale.
Et derrière les statistiques commerciales se cache une interrogation presque politique : qui peut réellement profiter de cette nouvelle mobilité ?
Un marché en pleine croissance ne signifie pas une mobilité accessible à tous
Les voitures particulières ont représenté 134 887 immatriculations entre janvier et juillet 2026, soit une hausse de 15,3 %. Les véhicules utilitaires légers progressent encore davantage : 17 599 unités, en augmentation de 19,5 %.
Cette dynamique témoigne incontestablement de la vitalité du marché.
Mais un indicateur commercial n’est pas un indicateur d’égalité sociale.
Un marché automobile peut battre des records alors qu’une partie importante de la population reste incapable d’acquérir une voiture neuve. La progression des ventes peut résulter de l’élargissement de l’offre, du financement, du crédit ou d’une demande plus forte des ménages solvables sans que la capacité de mobilité de l’ensemble de la population progresse dans les mêmes proportions.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de voitures sont vendues.
Il faut également demander : à qui ?
Mais la transformation la plus intéressante révélée par les chiffres se situe ailleurs.
Sous le capot.
17 % des voitures particulières sont désormais électrifiées
Le changement est spectaculaire.
Entre janvier et juillet 2026, les véhicules électrifiés — hybrides, hybrides rechargeables, mild hybrid, électriques à batterie et véhicules électriques avec prolongateur d’autonomie — représentent désormais 17 % des immatriculations de voitures particulières.
Un an auparavant, leur part n'était que de 10,5 %.
Le nombre de véhicules électrifiés atteint ainsi 22 963 unités, soit une progression de 86,3 % en seulement douze mois.
Parallèlement, le diesel recule.
Il représentait 81,3 % des immatriculations de voitures particulières sur les sept premiers mois de 2024. Sa part était tombée à 72,3 % en 2025. Elle n'est plus que de 64,4 % en 2026.
La transition est donc engagée.
Mais elle pose immédiatement une question de justice.
Qui pourra se permettre la voiture propre ?
Car la transition énergétique ne peut pas devenir un privilège environnemental réservé aux ménages disposant des revenus nécessaires pour renouveler rapidement leur véhicule.
Les conséquences environnementales de la circulation automobile, elles, sont collectives. Celui qui ne possède aucune voiture respire aussi l'air produit par celles des autres.
Il existe donc un enjeu de justice environnementale : faire en sorte que les bénéfices de la transition automobile ne soient pas réservés à ceux qui peuvent acheter les technologies les plus récentes.
L’électrique progresse, mais la révolution n’a pas encore eu lieu
Il faut cependant éviter un contresens.
La progression des véhicules « électrifiés » ne signifie pas que le Maroc est déjà passé massivement à la voiture 100 % électrique.
Les véhicules électriques à batterie restent très minoritaires : 1 213 immatriculations à fin juillet 2026, soit seulement 0,9 % du marché des voitures particulières. En ajoutant les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie, l'ensemble BEV + REEV atteint environ 1,9 %.
La révolution électrique commence donc à peine.
Et son véritable test sera probablement moins automobile qu'infrastructurel.
Qui pourra facilement recharger son véhicule ?
Le propriétaire d'une villa ou d'un appartement disposant d'un garage équipé aura une solution relativement simple.
Mais qu'en sera-t-il des habitants d'immeubles anciens ? Des quartiers densément peuplés ? Des petites villes ? Des territoires ruraux ? Des automobilistes effectuant régulièrement de longues distances ?
La géographie des bornes de recharge deviendra progressivement une question d'égalité territoriale.
Une transition énergétique concentrée sur quelques quartiers de Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech ne constituerait pas une véritable transition nationale.
L’autre révolution vient de Chine
Un autre chiffre mérite une attention particulière.
Les marques chinoises connaissent une progression spectaculaire.
Selon les données communiquées, 21 marques d'origine chinoise ont totalisé 15 161 immatriculations de voitures particulières entre janvier et juillet 2026.
Leur part de marché atteint désormais 11,2 %, contre seulement 5,1 % sur la même période de 2025.
En un an, leurs ventes ont bondi de 151,8 %.
Ce n'est plus une curiosité commerciale.
C'est un changement de paysage industriel.
La Chine arrive avec des véhicules électriques, hybrides et fortement numérisés, souvent accompagnés d'un positionnement tarifaire agressif.
Cette concurrence peut contribuer à démocratiser certaines technologies.
Mais elle ouvre simultanément d'autres dossiers : maintenance, disponibilité des pièces, valeur de revente, garanties, dépendance technologique, recyclage des batteries et protection du consommateur.
Et demain, une autre question deviendra incontournable : les données.
La voiture contemporaine se transforme progressivement en ordinateur roulant.
Elle peut connaître nos déplacements, nos horaires, notre localisation et une partie de nos habitudes de conduite.
La protection des données personnelles devra donc progressivement entrer dans la politique automobile.
Et si le véritable progrès consistait à avoir moins besoin de sa voiture ?
Il existe enfin un paradoxe que les chiffres de ventes ne peuvent évidemment pas mesurer.
Une ville dans laquelle chaque ménage doit posséder deux voitures pour travailler, étudier et vivre n'est pas nécessairement une ville moderne.
Elle peut simplement être une ville dont les transports collectifs sont insuffisants.
C'est pourquoi la politique de mobilité ne doit jamais se confondre avec la politique automobile.
La voiture doit rester un choix.
Elle ne devrait pas devenir une obligation sociale.
Le véritable indicateur d'une mobilité inclusive n'est pas seulement la possibilité d'acheter une automobile. C'est également la possibilité, pour celui qui n'en possède pas, de rejoindre son travail, son école, son université ou son hôpital dans des conditions acceptables de coût, de temps, de sécurité et de dignité.
Les données disponibles montrent que le marché automobile marocain poursuit une trajectoire ascendante, après une année 2025 déjà historique. Elles attribuent cette dynamique notamment au renouvellement du parc, à l'élargissement de l'offre asiatique, aux solutions de financement et à l'accélération de l'électrification.
C'est une bonne nouvelle pour l'activité économique.
Mais le Maroc devra progressivement déplacer le débat.
Nous ne devrions plus seulement demander combien de voitures nous vendons.
Ni même combien seront électriques.
La question essentielle sera plutôt celle-ci :
la transformation automobile permettra-t-elle aux Marocains de se déplacer de manière plus propre, plus sûre, plus accessible et surtout plus équitable ?
C'est à cette condition que la révolution automobile deviendra aussi un progrès social.
Les stats en détails du marché automobile marocaine en 7 mois :


