Importations et tensions sur l’offre nationale
Sur les étals, la réalité est claire : la majorité des viandes rouges dépasse toujours les 100 dirhams le kilogramme. Dans certains cas, notamment pour la viande ovine, les prix atteignent 125 à 130 dirhams au détail. Une situation devenue presque “normale” pour de nombreux consommateurs, mais qui continue de fragiliser le pouvoir d’achat, surtout à l’approche du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une hausse de la demande.
Selon les professionnels, le marché marocain repose aujourd’hui sur un mix entre viande locale et viande importée. Cette dernière occupe une place de plus en plus centrale dans l’approvisionnement national, sans pour autant provoquer la baisse espérée des prix.
Ce que disent les chiffres du terrain
Hicham Al Jaouabri, secrétaire régional des grossistes en viande rouge de la région Casablanca–Settat, explique que la viande bovine importée du Brésil se négocie en gros entre 70 et 75 dirhams le kilogramme, contre 80 à 85 dirhams pour celle en provenance de l’Uruguay. La viande bovine locale, elle, atteint environ 92 dirhams au marché de gros.
Pour la viande ovine, la situation est encore plus tendue. Les prix de gros oscillent entre 110 et 115 dirhams le kilogramme, ce qui se répercute directement sur le consommateur final. Résultat : au détail, les tarifs dépassent facilement les 120 dirhams, sans réelle marge de négociation.
Pourquoi les prix ne baissent pas
Malgré les importations, les contraintes structurelles restent fortes. Le cheptel national demeure insuffisant, limitant l’offre de bétail destiné à l’abattage. Le quota gouvernemental de 300.000 têtes importées permet de soulager partiellement le marché, mais il ne suffit pas à inverser la tendance.
Autre facteur clé : les consommateurs marocains se sont progressivement habitués à la viande importée. Après une certaine méfiance l’an dernier, cette viande est désormais acceptée, ce qui stabilise la demande sans pour autant faire pression à la baisse sur les prix. Les marges pratiquées par les détaillants varient généralement entre 10 et 15 dirhams par kilogramme, selon les professionnels. L’offre reste limitée, et les abattages demeurent contrôlés, ce qui entretient la tension sur les prix.
Du côté des boucheries, même constat
À Témara, Mohamed Harma, boucher et acteur du secteur, confirme que la viande bovine importée est devenue indispensable pour répondre à la demande. Les prix de vente commencent autour de 90 dirhams le kilogramme pour l’importé, contre environ 125 dirhams pour la viande locale. Pour l’agneau, les tarifs oscillent entre 125 et 130 dirhams. Selon lui, les prix sont stables depuis près de vingt jours, mais à un niveau élevé. Une baisse ne serait envisageable qu’en cas de reprise des importations depuis l’Espagne, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour.
Les récentes précipitations pourraient, à moyen terme, préserver le cheptel national et limiter les abattages précoces. Mais leur impact réel ne se fera sentir que dans les prochains mois. D’ici là, les prix devraient rester élevés, et les ménages devront encore composer avec une viande rouge devenue, pour beaucoup, un produit de plus en plus occasionnel.