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Maroc 2026-2028 : quand chômage, inflation et fractures sociales redéfinissent les risques économiques


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 15 Janvier 2026

À la lecture du Global Risks Report 2026 du Forum économique mondial, difficile de ne pas y voir un reflet familier des inquiétudes qui traversent aujourd’hui la société marocaine. Derrière les graphiques et les classements, ce sont des réalités bien concrètes qui ressortent : le chômage qui s’installe, le pouvoir d’achat sous pression, des services publics jugés inégaux. Dans un monde secoué par les tensions géoéconomiques, le Maroc aborde la période 2026-2028 avec des fragilités internes qui parlent directement au quotidien des citoyens et interrogent, sans détour, la solidité de notre contrat social.



Maroc 2026-2028 : quand chômage, inflation et fractures sociales redéfinissent les risques économiques

En creux de ce rapport, une constante : l’érosion de la confiance dans les mécanismes multilatéraux et la montée de pressions économiques et sociétales qui redessinent les priorités des décideurs. Voici pourquoi ces risques doivent retenir l’attention des citoyens et des responsables politiques, à l’heure où les prochaines trajectoires de croissance du Royaume se jouent à l’intersection des défis internes et des chocs externes.
 

Le Global Risks Report 2026, publié le 14 janvier par le WEF, se base sur les réponses de plus de 1 300 experts et dirigeants d’entreprise à travers le monde . À l’échelle planétaire, près de la moitié des répondants anticipent une période “turbulente” ou “orageuse” pour les deux prochaines années . Ce climat d’incertitude mondiale se reflète localement dans le top des risques nationaux marocains, traçant un tableau qui dépasse la simple lecture des chiffres : il s’agit d’un miroir des fragilités structurelles de l’économie marocaine.
 

Dans ce contexte global de rivalités géoéconomiques croissantes – où les outils économiques deviennent des armes au service d’intérêts nationaux – les chefs d’entreprise marocains ont classé le chômage et le manque d’opportunités comme le risque principal pour le Maroc d’ici 2028 . Ce n’est pas simplement un terme statistique : c’est une inquiétude palpable au cœur des marchés, des familles et des ambitions des jeunes générations qui peinent à trouver leur place dans une économie en transformation.
 

Cette préoccupation renvoie à l’essence même des politiques économiques : comment générer une croissance inclusive qui absorbe une main-d’œuvre jeune et dynamique ? Dans un pays où près de 40 % des jeunes pourraient encore être en quête d’emploi qualifié, l’alarme tirée par les dirigeants marocains doit être entendue comme un appel à repenser les moteurs de création d’emplois, de l’artisanat aux technologies émergentes, en passant par l’économie verte et les services innovants .
 

De fait, l’insuffisance des services publics et des protections sociales arrive en deuxième place, soulignant le lien étroit entre croissance économique et qualité des infrastructures publiques . Santé, éducation, accès aux pensions et aux infrastructures essentielles ne sont plus des luxes : ils sont au centre du débat sur la soutenabilité du contrat social marocain. Trop souvent, les Marocains ressentent des disparités selon les régions ou les groupes sociaux, renforçant un sentiment d’exclusion qui mine la confiance dans les institutions.
 

Ce tableau se complique encore avec l’inflation, classée comme troisième risque national . La hausse des prix, même modérée, affecte directement le pouvoir d’achat des ménages. Dans le sillage de la pandémie puis des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, beaucoup de familles marocaines ont vu leur budget quotidien se tendre, rendant plus difficiles les dépenses courantes. Cette pression sur le coût de la vie n’est pas isolée : elle s’articule avec d’autres défis économiques mondiaux, comme le ralentissement de la croissance mondiale annoncé pour 2026 à environ 2,7 % – un chiffre qui, même s’il reste positif, illustre la fragilité du contexte macro-économique global.
 

D’autres risques nationaux importants incluent les pénuries de ressources naturelles, notamment l’eau et la nourriture . Le Maroc, exposé à des stress hydriques récurrents, sait que la gestion durable de l’eau n’est pas un débat abstrait mais une urgence quotidienne pour l’agriculture, l’industrie et les populations rurales. L’augmentation de la population urbaine et les pressions climatiques rendent cette question centrale pour la résilience économique du pays.
 

Dernier élément du top 5 : l’inégalité de richesse et de revenus, qui confère une dimension sociale profonde aux risques économiques . La fracture entre les zones urbaines et rurales, entre les secteurs formels et informels, entre les jeunes diplômés et les travailleurs peu qualifiés, exacerbe les tensions au sein de la société marocaine. Cette configuration alimente la polarisation sociale, phénomène observé aussi à l’échelle globale .
 

On pourrait être tenté de reléguer au second plan les risques environnementaux, car ils ne figurent pas dans le top cinq des préoccupations marocaines immédiates . Pourtant, à l’horizon de dix ans, ces risques reviennent en force . Inondations, sécheresses extrêmes ou pertes de biodiversité ne sont pas des spectres lointains mais des réalités qui peuvent fragiliser durablement les économies émergentes comme celle du Maroc.
 

Le message du Global Risks Report est clair : la résilience du Maroc dépend moins des tendances mondiales que de sa capacité à traiter ses fragilités internes. Stimuler l’emploi, renforcer les services publics, lutter contre les inégalités et gérer durablement les ressources naturelles sont des chantiers urgents et interconnectés. Dans un monde où la coopération internationale vacille, ces réponses doivent être aussi locales qu’innovantes.


Ce constat ne doit pas être perçu comme un fatalisme mais comme une alerte constructive. Le Maroc a l’opportunité de transformer ces risques en leviers de réforme et d’innovation. Pour les acteurs économiques, les décideurs publics et les citoyens – et en particulier pour la jeune génération – l’heure est à l’action collective. S’attaquer de front au chômage, à l’inégalité et à la cohésion sociale, tout en intégrant les défis environnementaux à long terme, pourrait bien être la clé d’une trajectoire plus résiliente et inclusive pour 2026-2028 et au-delà.





Jeudi 15 Janvier 2026