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Maroc–France… Du traité imposé au traité convoité... Le renversement silencieux du rapport de force


Pendant plus d’un siècle, la relation entre le Maroc et la France a porté l’ombre du traité de 1912, symbole d’une époque où les rapports de force se dictaient depuis les capitales impériales européennes. Mais l’histoire a parfois l’ironie silencieuse des grands retournements… aujourd’hui, c’est à Paris qu’un nouveau traité stratégique devrait être signé devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI… non plus dans le contexte d’une tutelle imposée, mais dans celui d’un partenariat désormais recherché, convoité et géopolitiquement nécessaire... Entre le Maroc d’hier et celui de 2026, ce n’est pas seulement un siècle qui s’est écoulé… c’est tout un rapport de force qui s’est inversé…



Maroc–France… Du traité imposé au traité convoité... Le renversement silencieux du rapport de force
Par Mohammed Yassir Mouline
Car cette fois, le centre de gravité n’est plus le même… Le choix même du terme « traité » mérite attention… Sur le plan strictement juridique, un traité n’est pas nécessairement supérieur à un accord ou à une convention… Mais dans la grammaire diplomatique, les mots ne sont jamais innocents... Employer ce vocable solennel renvoie à une volonté de donner à cette relation une profondeur stratégique et historique qui dépasse les coopérations sectorielles habituelles... C’est un langage de puissance, de projection et d’architecture géopolitique… Or, ce qui frappe aujourd’hui, c’est moins l’existence du traité que le contexte dans lequel il intervient…
 
En 1912, la France imposait sa présence au Maroc parce qu’elle représentait une puissance ascendante, au sommet de son influence impériale... En 2026, Paris cherche au contraire à consolider une relation devenue essentielle avec un Maroc dont le poids régional et continental n’a cessé de croître… L’époque coloniale reposait sur une verticalité... Le nouveau moment diplomatique repose sur une interdépendance…
 
Le déplacement du symbole est saisissant… autrefois signé à Fès sous pression européenne, le futur traité devrait être conclu à Paris, dans une France désormais en quête de relais stratégiques au sud de la Méditerranée et en Afrique… Cette inversion géographique dit beaucoup du basculement politique silencieux qui traverse la relation franco-marocaine…
 
Depuis plusieurs années, la France voit son influence s’effriter brutalement dans plusieurs régions africaines… Le Sahel, autrefois cœur de sa profondeur stratégique, lui échappe progressivement… Les coups d’État successifs, la montée des sentiments antifrançais, l’arrivée de nouveaux acteurs comme la Russie, la Chine, la Turquie ou les monarchies du Golfe ont profondément affaibli la centralité française sur le continent…
 
Dans ce contexte, le Maroc apparaît pour Paris comme un partenaire de stabilisation, mais aussi comme une plateforme africaine crédible... Rabat dispose aujourd’hui d’un réseau diplomatique dense en Afrique de l’Ouest et centrale, d’investissements structurants dans les secteurs bancaire, agricole, énergétique et religieux, ainsi que d’une stratégie africaine cohérente construite sur le long terme…
 
La singularité marocaine réside précisément dans cette capacité à proposer une autre forme de présence africaine… Là où les anciennes puissances coloniales étaient souvent perçues comme des centres d’extraction économique ou de tutelle politique, le Maroc tente d’installer un discours fondé sur le partenariat Sud-Sud, la coopération religieuse, les infrastructures et les logiques dites « gagnant-gagnant »… Cette stratégie n’est évidemment pas exempte d’intérêts nationaux ni de calculs d’influence… mais elle diffère profondément de l’imaginaire postcolonial qui continue de peser sur la présence française…
 
C’est là que le futur traité prend une dimension particulièrement intéressante… Paris semble désormais accepter que son retour stratégique en Afrique passe en partie par Rabat… Autrement dit, la France ne considère plus seulement le Maroc comme un voisin méditerranéen ou un partenaire économique privilégié… elle le perçoit désormais comme un acteur géopolitique capable de servir d’interface régionale, de médiateur continental et de pivot africain… Cette évolution traduit autant la montée en puissance du Maroc que le recul relatif de la France…
 
Mais cette convergence repose aussi sur des intérêts politiques immédiats… Le dossier du Sahara marocain constitue évidemment l’un des axes centraux de cette recomposition… L’évolution progressive de la position française sur cette question traduit moins un basculement idéologique qu’une adaptation pragmatique à un nouvel équilibre régional... Paris observe que le Maroc a réussi à transformer ce dossier en levier diplomatique majeur, mobilisant autour de sa proposition d’autonomie un soutien international de plus en plus large…
 
Pour la France, maintenir une ambiguïté prolongée devenait stratégiquement coûteux… D’une part parce que Rabat a démontré sa capacité à diversifier rapidement ses partenariats internationaux… vers Washington, Tel-Aviv, Pékin, Madrid ou les pays du Golfe… d’autre part parce que la stabilité du flanc ouest-africain et méditerranéen devient un enjeu majeur dans un contexte de tensions migratoires, énergétiques et sécuritaires croissantes… Ainsi, le futur traité maroco-français ne doit pas être lu comme un simple rapprochement bilatéral classique… Il s’inscrit dans une transformation plus profonde des hiérarchies internationales…
 
Le Maroc n’est plus seulement un ancien protectorat lié historiquement à la France... Il cherche désormais à devenir une puissance d’équilibre régionale capable de dialoguer avec tous les pôles… les États-Unis, l’Europe, la Chine, les monarchies du Golfe, l’Afrique atlantique et même certains acteurs émergents d’Asie… Sa diplomatie repose moins sur l’alignement que sur la multiplication des partenariats… Dans cette nouvelle configuration, la France demeure un allié important, mais elle n’est plus l’axe unique de la politique extérieure marocaine… C’est peut-être cela, au fond, la véritable rupture historique…
 
Le Maroc et la France ne se retrouvent plus dans une relation héritée d’un passé colonial figé… mais dans une négociation entre deux États dont les besoins stratégiques ont profondément changé… une France à la recherche d’un nouveau souffle africain… un Maroc désireux de transformer son influence régionale en statut géopolitique global… Entre Fès et Paris, ce n’est donc pas seulement un traité qui change... C’est le sens même de la relation franco-marocaine…
 
Le Maroc n’entre plus dans les grandes équations du monde comme un espace d’influence à protéger, mais comme une puissance stable, souveraine et respectée, capable de transformer son héritage historique en levier géopolitique pour l’avenir… Et si l’Histoire garde la mémoire des traités imposés, elle retient aussi les nations qui savent transformer les blessures du passé en puissance d’avenir… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.


Samedi 30 Mai 2026