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Maroc-France : l’habillement marocain résiste dans un marché français dominé par l’Asie


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 19 Janvier 2026

Alors que les importations d’habillement en France naviguent à contre-courant d’une croissance atone et d’une pression asiatique constante, le Maroc confirme, pour 2025, sa place dans le peloton des principaux fournisseurs de l’Hexagone. Malgré une baisse de ses exportations vers la France, le Royaume reste un acteur incontournable de cette chaîne d’approvisionnement complexe et en pleine évolution.



Maroc-France : l’habillement marocain résiste dans un marché français dominé par l’Asie

Sur les dix premiers mois de 2025, les livraisons de vêtements marocains vers la France ont reculé de 3 %, s’établissant à 734,5 millions d’euros, selon les données des douanes françaises et de l’Institut français de la mode compilées par l’expert Jean-François Limantour. Malgré cette baisse, le Maroc conserve sa 8ᵉ place parmi les principaux fournisseurs d’habillement de l’Hexagone, un résultat que certains analystes jugent paradoxal dans un contexte de concurrence féroce, notamment asiatique.
 

Dans un marché français où les importations totales d’habillement atteignent près de 19,83 milliards d’euros à fin octobre 2025, en hausse très modérée de 1 % sur un an, la performance marocaine illustre une résilience rare. Cette progression timide, loin des envolées spectaculaires d’autres secteurs, traduit plutôt l’atonie globale du marché tricolore, marqué par une stagnation des volumes et un glissement vers des segments à bas prix. 


Un tremblement des parts de marché malgré une présence solide

La concurrence asiatique n’est pas qu’un simple épouvantail. La Chine demeure de loin le premier fournisseur de la France en habillement avec 4,65 milliards d’euros d’exportations vers l’Hexagone, en croissance de 7 %. Le Bangladesh (+6 %, 3,10 milliards) et le Vietnam (+10 %, 1,06 milliard) se positionnent également comme des concurrents redoutables, tirant profit de coûts de production très bas et d’une spécialisation accrue sur le segment du “fast fashion”.
 

Juste devant le Maroc dans ce classement, l’Italie pèse 2,04 milliards d’euros (-2 %) et la Turquie 1,16 milliard (-9 %). À l’arrière, des pays comme la Tunisie (727 millions, -6 %) ou le Portugal (384,7 millions, stable) complètent le panorama des fournisseurs méditerranéens.
 

Ce paysage révèle deux phénomènes convergents : l’importance d’un bassin méditerranéen historiquement tourné vers l’Europe et l’impact croissant de l’Asie dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans les coulisses des salons textiles parisiens ou des bureaux d’achat de grandes enseignes, plusieurs fournisseurs marocains témoignent d’une intensification des discussions sur les prix, les délais et les standards qualité, signe d’un marché où chaque marge compte.


En quête d’un positionnement durable

Pour les acteurs marocains, conserver la 8ᵉ place n’est pas une fin en soi. Cela constitue plutôt un appel à renouveler leur proposition de valeur. Selon les acteurs du secteur, le glissement du marché européen vers des vêtements toujours moins chers – où certains T-shirts se vendent parfois à moins de 5 € – pose une vraie question stratégique pour l’industrie marocaine.
 

Jean-François Limantour le résume bien : “Les consommateurs français achètent toujours autant en volume, mais les prix unitaires moyens des vêtements importés ont baissé d’environ 6 % par rapport à fin octobre 2024. Ce mouvement se traduit par une pression accrue sur les fournisseurs qui ne jouent pas sur les segments ultra-low cost.”
 

Ce constat n’est pas qu’un simple chiffre. Il reflète une tendance palpable dans les allées bondées des boutiques parisiennes et lyonnaises où, entre deux dressings de luxe et des rayons de marques abordables, les consommateurs privilégient l’accessibilité au détriment parfois de l’origine ou de la qualité.


Une présence à conforter dans un contexte plus large

Au-delà des chiffres, l’habillement marocain s’inscrit dans une dynamique plus large du commerce extérieur du Royaume. Alors que le déficit commercial global du Maroc s’est accentué en 2025 sous l’effet notamment de la hausse des importations nationales, la performance de l’habillement auprès de la France reste un point d’ancrage qui mérite d’être consolidé par des politiques publiques et des stratégies d’exportation plus agiles.
 

Dans un marché où l’Asie pèse désormais plus de 60 % des importations françaises d’habillement, contre environ 14 % pour les pays méditerranéens, la lutte pour les parts de marché n’est pas terminée. L’innovation, la montée en gamme, et la valorisation du “Made in Maroc” auprès des marques françaises pourraient bien faire la différence à moyen terme.


À l’heure où l’industrie mondiale de l’habillement se réinvente sous l’effet des mutations de consommation et des tensions géopolitiques, la performance marocaine – modeste mais tenace – vers la France offre une leçon stratégique : dans une chaîne mondialisée, tenir sa place requiert plus que de la constance ; il faut de la vision.





Lundi 19 Janvier 2026