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Maroc IA : consolider les acquis et organiser les résultats dans les douze régions


Une contribution pour améliorer la stratégie, renforcer sa mise en œuvre et rendre ses bénéfices accessibles à tous.

Par Dr Az-Eddine Bennani, HDR France.

Le supplément TelQuel Impact d’octobre 2026, rattaché au numéro 1197 de TelQuel daté du 16 au 22 octobre 2026, présente un ensemble de programmes consacrés à la transformation numérique, à l’intelligence artificielle et à la réforme de l’administration.

Ce dossier, portant la mention « contenu partenaire », indique que sa direction de projet et sa conception ont été assurées par Yassine Lazrak. Je remercie TelQuel et les équipes ayant contribué à ce travail de présentation, qui permet de nourrir une discussion sur les orientations engagées et les conditions de leur réussite.



Les infrastructures de calcul, le réseau Jazari, les modèles adaptés aux usages linguistiques marocains, la formation et l’évolution des services publics constituent des composantes importantes de cette ambition.

Leur articulation mérite désormais une attention particulière : comment faire fonctionner ces capacités ensemble, dans les douze régions, pour améliorer durablement la vie des citoyens et l’activité des entreprises ?

Cette question prolonge mes contributions publiées dans L’ODJ.

Le 6 octobre 2026, dans « Maroc Digital 2030 : comment mesurer le changement d’échelle ? », j’interrogeais les conditions permettant d’apprécier les usages et les effets des programmes.

Le 20 octobre, dans « Maroc : de l’ambition IA aux résultats », je proposais de partir d’un bilan public pour organiser la suite de l’action.

Le 21 octobre 2026, « IA au Maroc : transmettre les acquis, éclairer les choix » insistait sur la continuité, la transmission des engagements et la connaissance de leur état d’avancement.

Le même jour, « Maroc : faire coopérer l’État grâce à l’IA » présentait une proposition de maillage entre administrations et services territoriaux.

Le 22 octobre, « Mesurer la contribution de l’IA aux engagements du gouvernement marocain » précisait les résultats à observer et la nécessité d’identifier la contribution propre des systèmes utilisés.

Enfin, dans « Maroc IA 2030 : douze régions pour agir », publié le 27 octobre 2026 dans L’ODJ, j’ai proposé de traduire une IA sociale et frugale en réalisations territoriales, en reliant les méthodes professionnelles, les compétences et les productions vérifiables. Cette réflexion prolonge celle du tome II de Wald Maâlam.

Je renouvelle, dans cet esprit, ma satisfaction devant la place institutionnelle accordée à ces enjeux et ma confiance dans la capacité de M. Ahmed Rahhou et de ses équipes à enrichir les initiatives engagées, à les adapter aux réalités marocaines et à en organiser la réalisation.

Cette confiance s’accompagne d’une volonté de contribution constructive.

Le premier progrès stratégique serait de disposer d’une situation de référence commune.

Pour chaque programme présenté dans le supplément, un état des lieux pourrait distinguer les engagements signés, les moyens effectivement disponibles, les expérimentations, les services en exploitation et leurs bénéficiaires.

Cette connaissance permettrait de reconnaître le travail accompli et de préciser les décisions suivantes. Une difficulté documentée devient un problème que l’on peut traiter collectivement.

Le deuxième progrès consisterait à organiser les programmes autour de parcours complets. Un citoyen qui crée une activité doit pouvoir comprendre les démarches, réunir les pièces nécessaires, suivre son dossier et identifier son interlocuteur.

L’utilité des outils se mesure dans cette continuité. Elle suppose de revoir les procédures, de fiabiliser les informations et de répartir clairement les responsabilités avant d’automatiser certaines tâches.

Le dossier TelQuel fournit ici un exemple instructif : il rapporte une réduction de 45 % des pièces demandées dans de premières expérimentations de simplification, en précisant que ce résultat concerne les périmètres étudiés. Ce progrès mérite d’être valorisé avec son contexte. Il invite aussi à distinguer les effets du réexamen des procédures de ceux qu’apporterait une assistance par IA.

Le troisième progrès serait de donner une capacité d’action concrète à chaque région. Le déploiement territorial gagnerait à partir de portefeuilles limités de projets, choisis avec les acteurs locaux : accompagnement d’une coopérative, information administrative, suivi de l’eau, formation professionnelle ou soutien à une petite entreprise.

Chaque projet disposerait d’un responsable, de moyens identifiés et de critères de réussite. Les instituts Jazari pourraient contribuer à cette démarche en associant recherche, expérimentation et accompagnement professionnel.

Des équipes locales assureraient ensuite la maintenance, la formation et l’adaptation des solutions. Les Marocains établis à l’étranger pourraient participer à ces travaux par des missions précises de transmission et de coopération.

Le quatrième progrès concerne l’inclusion. Les outils linguistiques présentés dans le supplément ouvrent des perspectives utiles. Leur qualité devrait être éprouvée dans les situations réelles : une demande exprimée oralement, un vocabulaire professionnel, une difficulté de lecture ou une connexion limitée.

Les personnes non scolarisées, les artisans, les personnes âgées et celles en situation de handicap doivent participer aux essais. Cette attention suppose de préserver une médiation humaine.

L’accès à un service public devrait rester possible pour une personne qui ne dispose pas d’un équipement adapté ou ne sait pas utiliser l’interface proposée. L’inclusion se vérifie dans la possibilité effective d’obtenir le service.

Le cinquième progrès porterait sur la proportion des moyens engagés. La frugalité commence par l’examen du besoin. Une procédure mieux organisée ou un logiciel simple peuvent parfois suffire.

Lorsque l’IA apporte une utilité démontrable, le choix du modèle et des infrastructures devrait tenir compte de la qualité attendue, des ressources disponibles et du coût complet.

Les investissements nationaux de calcul pourraient ainsi s’articuler avec des applications spécialisées proches des métiers. Cette organisation devrait être évaluée sur des tâches réelles, puis ajustée selon les résultats. Elle donnerait aux petites structures des possibilités d’accès compatibles avec leurs moyens.

Le sixième progrès serait de rendre la maîtrise des systèmes vérifiable. L’hébergement national constitue une dimension de la souveraineté. Celle-ci demande également des équipes capables de comprendre le fonctionnement des solutions, de les maintenir, de contrôler leurs dépendances et d’en préparer l’évolution.

Je propose d’inscrire cette exigence dans les contrats et dans les pratiques : documentation disponible, formation des équipes marocaines, responsabilités identifiées et possibilités de changement préservées.

La coopération internationale renforcerait ainsi une capacité nationale durable.

Enfin, la réussite devrait pouvoir être suivie à travers quelques résultats publics :

Démarches accomplies, délais réduits, erreurs corrigées, emplois durables, compétences mobilisées et coûts de fonctionnement. Les objectifs seraient fixés après la mesure de la situation de départ.

Les résultats seraient expliqués avec leurs limites et les corrections décidées.

AI LIGHT pourrait contribuer à cette discipline en précisant les missions des agents logiciels, leurs autorisations, les validations nécessaires et les conditions d’arrêt.

Sa mise en œuvre devrait donner aux responsables humains les moyens effectifs d’intervenir. Le supplément TelQuel offre une matière utile pour poursuivre ce travail.

Je souhaite que sa lecture nourrisse un dialogue entre les équipes publiques, les chercheurs, les entreprises, les professionnels et les citoyens. Notre ambition commune peut prendre forme dans des services plus accessibles, des compétences mieux transmises et des activités créatrices de valeur dans chaque région.

C’est à cette construction que je souhaite continuer à contribuer.


Mercredi 28 Octobre 2026

La Rédaction