Un pari sur l’autonomie : capter les naissains
Jusqu’ici, l’essentiel des activités de mytiliculture au Maroc s’est appuyé sur le ramassage de naissains sauvages. Cette dépendance aux gisements naturels reste fragile, face aux aléas climatiques et à la pression anthropique. D’où l’intérêt grandissant pour une technique plus structurée : le captage industriel de naissains, qui vise à collecter les larves de moules avant qu’elles ne se dispersent dans l’océan. Cette pratique, encore embryonnaire au Maroc, est perçue comme un levier essentiel pour sécuriser l’approvisionnement des fermes et réduire la pression sur les ressources naturelles.
Pour concrétiser cette ambition, l’ANDA, en partenariat avec la Banque mondiale, organise un voyage d’études en Italie, pays choisi non par hasard. Dans les allées d’un port, au petit matin, j’ai souvent entendu des mytiliculteurs évoquer avec admiration la maîtrise italienne des techniques de captage et de gestion des semences. L’enjeu dépasse le simple transfert de savoir-faire : il s’agit de forger une culture d’innovation et d’adaptation, adaptée aux réalités marocaines.
L’Italie comme miroir et modèle
L’Italie est régulièrement citée comme le deuxième producteur de moules en Europe, représentant environ 34 % de la production européenne, soit autour de 64 000 à 67 000 tonnes par an, principalement de Mytilus galloprovincialis, la même espèce qu’au Maroc. Cette filière ne repose pas uniquement sur des traditions séculaires, mais sur une combinaison de pratique, d’innovation et de structuration industrielle. C’est ce modèle que veulent découvrir les professionnels marocains, en observant concrètement les captages industriels, les systèmes de gestion, et les outils managériaux qui les accompagnent.
Rencontrer des opérateurs italiens, échanger sur les stratégies de réduction des pertes, ou encore comprendre comment intégrer la gestion d’entreprise dans de petites structures familiales, c’est une chance mais aussi un défi d’adaptation. Car le Maroc ne peut simplement copier : il doit contextualiser ces acquis dans un écosystème local singulier, entre vent, houle atlantique et zones mytilicoles variées.
Une filière avec un rôle économique et social
Pour le Maroc, renforcer la mytiliculture ne se limite pas à accroître la production. C’est aussi créer des chaînes de valeur solides, capables de générer des revenus stables pour les populations côtières, de répondre aux exigences environnementales et de s’inscrire dans une économie bleue durable. Le captage de naissains apparaît ici comme un maillon décisif, permettant d’assurer une production régulière sans épuiser les ressources naturelles.
Selon les perspectives de l’ANDA, ces innovations s’inscrivent dans un programme plus vaste d’accompagnement visant à booster l’investissement productif et à consolider tous les maillons de la chaîne, de l’amont à l’aval. En développant des compétences techniques et managériales, le Maroc peut espérer non seulement réduire sa dépendance aux naissains sauvages, mais aussi devenir un exemple régional de conchyliculture durable.
À l’horizon : vers une mytiliculture résiliente
Alors que la communauté internationale appelle à des pratiques plus durables dans l’aquaculture, le Maroc semble vouloir prendre le train en marche avec détermination. Le voyage d’études en Italie est plus qu’une simple mission d’observation : il est un pari sur l’avenir d’une filière qui pourrait, à terme, devenir un moteur économique et social pour les zones littorales du Royaume. Pour les mytiliculteurs, c’est une corde de plus à leur arc ; pour l’économie bleue marocaine, un pas vers davantage d’autonomie et de durabilité.
En fin de compte, l’initiative de l’ANDA illustre une aspiration plus large : faire de l’économie bleue un levier de prospérité partagée, en reliant tradition et innovation. Si les défis sont nombreux, la volonté de structurer et de professionnaliser la mytiliculture marocaine en s’inspirant de modèles éprouvés pourrait bien faire naître une nouvelle vague de croissance durable au cœur de nos côtes atlantiques.