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Maroc : Le secteur informel pèse toujours, malgré des mutations structurelles


Rédigé par le Mardi 24 Février 2026



Le secteur informel reste un pilier discret mais déterminant de l’économie marocaine. Selon des données officielles relayées récemment, sa part dans la valeur ajoutée nationale hors agriculture recule, passant de 15 % en 2014 à 10,9 % en 2023. Une baisse qui ne signifie pas disparition : l’informel se transforme, se recompose et continue d’absorber une main-d’œuvre considérable.


Formaliser sans casser : le dilemme public

Maroc : Le secteur informel pèse toujours, malgré des mutations structurelles
La trajectoire du secteur informel au Maroc raconte une histoire ambivalente. D’un côté, les chiffres suggèrent une diminution de sa contribution à la valeur ajoutée hors agriculture sur la période 2014-2023. De l’autre, les analyses disponibles soulignent que l’informel demeure un réservoir d’emplois, avec une forte concentration dans les zones urbaines et des activités souvent liées au commerce, aux services et à de petites unités de production. Autrement dit, l’informel peut « peser moins » dans la valeur créée tout en « peser lourd » socialement.

Cette évolution tient à plusieurs facteurs. L’économie marocaine a connu des modernisations sectorielles, une progression de certaines activités formelles et une intensification des chaînes de valeur structurées, ce qui peut mécaniquement réduire la part relative de l’informel. Mais l’informel, lui, ne reste pas immobile : il se fragmente, se déplace, parfois se numérise via des canaux de vente et de livraison, tout en conservant ses caractéristiques de base, notamment l’absence ou la faiblesse de couverture sociale, la fiscalité limitée, et une productivité souvent inférieure à celle du formel.

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est d’éviter deux pièges. Le premier serait de considérer l’informel comme un simple « manque à gagner » fiscal : on oublierait alors son rôle d’amortisseur social et d’accès à l’emploi pour des populations vulnérables. Le second serait de le tolérer indéfiniment : cela entretient la concurrence déloyale, freine l’investissement, et perpétue la précarité. La formalisation, lorsqu’elle réussit, repose sur un équilibre : simplification administrative, incitations, accès au financement, formation, protection sociale progressive, et contrôle ciblé sur les pratiques les plus dommageables.

La baisse de la contribution à la valeur ajoutée peut donc être un signal encourageant, mais elle ne suffit pas à elle seule à raconter la réalité. La question décisive est la qualité de l’emploi, la productivité et l’intégration graduelle de ces activités dans un cadre qui protège davantage sans étouffer.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 24 Février 2026