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Maroc-Palestine : Quand l’accusation de normalisation s’effondre face à un lien émotionnel indéfectible.


Par Dr Idris Quraish - Expert en relations internationales et en politique étrangère.

Dans le débat récurrent sur les relations entre le Maroc et Israël, certains s'empressent de réduire la position d'une nation à l'histoire si longue et riche à la simple accusation de « normalisation ». Or, cette réduction ne tient pas compte d'une vérité profondément ancrée dans la conscience collective marocaine : le lien émotionnel profond qui unit le Maroc à la cause palestinienne.

La normalisation des relations internationales consiste essentiellement en la reprise des relations entre deux pays qui étaient en guerre ou en état de rupture à la suite d'un conflit direct, ce qui n'était pas le cas entre le Maroc et Israël.

De plus, ce concept, dans les références et les orientations de toutes les écoles de relations internationales, ne conserve plus le même poids politique qu'il avait acquis lors de la phase de polarisation idéologique qui a caractérisé le système international pendant la guerre froide, où il était utilisé comme un outil de pression politique et punitive.

Aujourd'hui, face aux profondes transformations que connaît le monde, ce concept est devenu obsolète. Quel produit boycotterions-nous dans un monde dominé par la mondialisation, où les industries, les technologies et les capitaux sont imbriqués à travers les continents ?



Dès lors, une question plus délicate se pose : la normalisation est-elle véritablement marocaine ?

Dr Idris Quraish
Dr Idris Quraish
Ou s’agit-il d’un discours politique visant à réduire le rôle régional du Maroc et à déformer ses positions fermes en faveur de la cause palestinienne ?

La vérité ignorée dans le discours populiste est que la relation du Maroc avec la Palestine n’a jamais été le produit d’une circonstance politique passagère, ni le résultat d’un alignement idéologique temporaire, que ce soit dans l’approche des Frères musulmans ou dans les slogans du nationalisme nassérien, mais bien une relation enracinée dans l’histoire et la conscience marocaines, fondée sur une profondeur civilisationnelle et spirituelle qui transcende tous les calculs idéologiques conjoncturels.

Depuis la libération de Jérusalem en 1187, sa présence et son influence s'étendaient sur un tiers de la ville, incluant le quartier des Maghrébins et Aïn al-Karm, source du fruit marocain Medjool, ce qui témoigne de la profondeur du lien spirituel et culturel entre le Maroc et la ville sainte, qui représente pour nous un symbole de la rencontre de la terre et du ciel.

Dans le contexte actuel, le Maroc a toujours manifesté cet engagement par des prises de position diplomatiques fermes, appelant à des solutions justes et durables à la question palestinienne.

Parmi ces prises de position figure en priorité la création d'un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale, dans le cadre de la solution à deux États.

Cette solution, proposée par le Maroc en premier lieu lors du sommet de Fès en 1981, a ensuite servi de base à l'Initiative de paix arabe adoptée lors du sommet de Beyrouth en 2002.

Par ailleurs, le rôle du Maroc dans la défense de Jérusalem et de ses lieux saints, à travers sa présidence du Comité de Jérusalem, témoigne de la continuité de cet engagement et confirme que l'approche marocaine ne s'est jamais fondée sur de simples slogans, mais sur une diplomatie discrète et efficace, ainsi que sur des initiatives concrètes visant à répondre aux besoins du peuple palestinien en matière d'éducation, de santé et d'infrastructures.

C’est peut-être l’une des rares fois où un débat exige un examen approfondi du contexte de cette controverse, afin de dévoiler les véritables enjeux et de contrer cette campagne qui a injustement pris pour cible le Maroc en l’accusant de normalisation.

Le débat n’est plus une simple divergence d’opinions politiques ; pour certains, il a dégénéré en calomnies et en attaques contre le Maroc et son soutien indéfectible à la cause palestinienne.

Nous avons constaté comment les instigateurs de ce discours, dans le cadre de ces campagnes de diffamation, se sont ralliés aux adversaires du Maroc, qui y ont trouvé des munitions supplémentaires et un prétexte pour intensifier leurs attaques contre le Maroc et cibler ses positions.

Ce paradoxe révèle que l’objectif n’est plus la défense d’une cause, mais bien un outil de propagande politique.

D’où la nécessité de revenir aux réalités diplomatiques, loin du bruit des slogans tout faits et des exagérations, pour reconnaître que le soutien à la Palestine dans la conscience marocaine n’a jamais été un slogan politique passager, mais bien une constante des principes de l’État et de la conscience de la société.

Le Maroc, de par sa riche histoire et sa diversité culturelle, a intégré une composante juive qui fait partie intégrante de son identité nationale et de ses communautés.

Cette composante, d'origine marocaine, constitue la plus importante minorité en Israël, avec environ un million de personnes, attachées à leur culture et à leur identité d'origine, ce qui a permis de tisser des liens humains et culturels antérieurs à toute formalité diplomatique.

Partant de ce constat historique et humain, le Maroc a opté pour la formule du bureau de liaison comme cadre de relations, une formule différente de la représentation diplomatique pleine et entière, fondée sur l'échange d'ambassades, une formule bien éloignée des pratiques diplomatiques et de toutes les normes du droit diplomatique international.

Le Maroc, qui s'est toujours engagé avec sérieux et responsabilité à soutenir toutes les initiatives visant à instaurer une solution à deux États, ne peut, en principe, recevoir l'ambassadeur israélien pour la présentation de ses lettres de créance sans recevoir en retour l'ambassadeur palestinien pour la présentation des siennes.

La Palestine n'étant toujours pas membre à part entière des Nations Unies, ce statut ne lui confère pas formellement certains éléments d'un statut diplomatique complet et contraignant, j'insiste sur le terme « contraignant », entre États souverains.

La Palestine a été acceptée comme État observateur aux Nations Unies en 2012 avec une majorité de 138 voix, un nombre qui est passé à 157 voix en septembre dernier :

Sans que cela n'entraîne aucune obligation légale d'établir une représentation diplomatique entre les États, car cette représentation reste une décision souveraine soumise au pouvoir discrétionnaire de chaque État selon ses choix et ses orientations.

Le Maroc a démontré son soutien indéfectible et précoce à la cause palestinienne en étant parmi les premiers pays à élever la représentation palestinienne au rang d'ambassade dès 1976, une décision souveraine faisant suite à la reconnaissance, par le Sommet de Rabat de 1974, de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) comme seul représentant légitime du peuple palestinien.

Fidèle à son histoire et à ses principes, le Maroc a adopté une approche équilibrée et pragmatique, faisant de sa diplomatie un pont vers le dialogue et une réelle possibilité d'une paix juste et durable.

Cet objectif souligne la pertinence et l'essence même du choix de cette approche par le Maroc.

Le terme « normalisation » n’est pas un concept marocain, mais plutôt une expression importée qui a réduit une longue histoire de liens affectifs entre le Maroc et la Palestine à un slogan idéologique éphémère.

J'ose affirmer avec certitude que je mets quiconque au défi de trouver un pays de la région ayant apporté à la cause palestinienne le même soutien diplomatique et humanitaire que le Maroc.

Depuis des décennies, le Maroc demeure un acteur clé, fidèle aux droits du peuple palestinien et défenseur du statut de Jérusalem, à une époque où beaucoup se contentent de brandir des slogans et d'instrumentaliser la cause dans des luttes de pouvoir et des manœuvres politiques.

Pour appuyer cette tendance, le politologue et orientaliste russe Evgueni Primakov, décrit en Occident comme le Kissinger russe, affirme dans ses écrits que le pays capable de contribuer efficacement à la recherche d'une solution à la question palestinienne est le Royaume du Maroc.

Cela s’explique par un certain nombre de facteurs, notamment le fait que le Maroc n’est pas animé d’ambitions idéologiques dans la région et qu’il possède un atout historique et humain important, représenté par la composante juive d’origine marocaine, en plus de la confiance et de la crédibilité dont il jouit auprès de diverses parties, grâce à son lien historique de longue date avec cette question et à son approche diplomatique modérée et équilibrée.

En définitive, les interprétations politiques peuvent varier et les évaluations diplomatiques différer, mais ce qui demeure constant, c’est que la relation du Maroc avec la cause palestinienne est trop profonde pour être réduite à un terme passager ou à une posture circonstancielle, comme une tentative de déformer un rôle qui a choisi de servir la cause par les actes et non par les slogans.

Ce lien s'est forgé au fil de l'histoire dans la conscience de la société marocaine et dans les positions de l'État, qui considère la cause palestinienne comme une question nationale, une constante de l'État, et le Maroc ne sacrifie pas une constante pour une autre constante.

Par Dr Idris Quraish.


Mercredi 1 Avril 2026