C’est ce que révèle une infographie consacrée à la composition des 395 sièges de la Chambre des représentants. Derrière ces chiffres se dessine une réalité politique et sociologique qui mérite davantage qu’une simple lecture statistique.
Avec 72,91 % d’hommes, 75,69 % de députés âgés de plus de 45 ans et près de 70 % issus de l’enseignement supérieur, l’institution parlementaire présente un profil relativement homogène.
Mais cette photographie soulève une interrogation plus profonde : dans quelle mesure la représentation politique reflète-t-elle la diversité des générations, des parcours scolaires et des réalités sociales du Maroc ?
Maroc : à quoi ressemble le portrait-robot des 395 députés du Parlement ?
Le député type : un homme de plus de 45 ans, diplômé du supérieur
À quoi ressemble donc le Parlement marocain lorsqu’on abandonne les étiquettes partisanes pour examiner le profil de celles et ceux qui occupent ses bancs ? La réponse tient en trois caractéristiques dominantes : la masculinité, la maturité et le niveau d’instruction.
Sur les 395 députés, 288 sont des hommes contre 107 femmes. Autrement dit, près de trois sièges sur quatre sont occupés par des hommes.
La représentation féminine atteint 27,09 %. Une présence désormais significative, mais qui demeure éloignée de la parité démographique. Les femmes représentent approximativement la moitié de la population marocaine, mais un peu plus du quart de ses représentants à la Chambre.
Ce décalage interroge les mécanismes de sélection des candidatures, le fonctionnement interne des partis politiques et les obstacles qui persistent dans l’accès des femmes aux responsabilités électives.
La question n’est pas seulement de savoir combien de femmes siègent au Parlement. Elle consiste aussi à mesurer leur accès aux fonctions de direction, aux commissions stratégiques et aux véritables centres de décision.
Une Chambre dominée par les plus de 45 ans
Le deuxième enseignement concerne l’âge. Avec 169 députés de plus de 55 ans, soit 42,78 % de l’effectif, cette catégorie constitue le premier groupe démographique de la Chambre. Elle est suivie par les 45-55 ans, qui représentent 130 sièges, soit 32,91 %.
À elles seules, ces deux catégories réunissent 299 parlementaires sur 395. À l’autre extrémité, les moins de 35 ans ne disposent que de 37 sièges, soit 9,37 % de l’ensemble. Les 35-45 ans comptent 59 représentants.
Ce déséquilibre générationnel mérite attention dans un pays où les attentes liées à l’emploi, au logement, à l’éducation, à la mobilité sociale et à la transformation numérique occupent une place centrale dans le débat public.
Faut-il nécessairement être jeune pour défendre les intérêts des jeunes ? Évidemment non. L’expérience constitue même un atout dans le travail législatif. Mais une représentation générationnelle aussi déséquilibrée pose la question du renouvellement des élites politiques, des conditions d’accès aux investitures et de la capacité des partis à promouvoir de nouveaux profils.
Le problème n’est donc pas l’âge des parlementaires en lui-même. C’est la difficulté éventuelle du système politique à organiser une relève suffisamment diversifiée.
Près de sept députés sur dix ont fait des études supérieures
Le troisième enseignement est probablement le plus révélateur de la transformation sociologique du personnel politique marocain.
Selon l’infographie, 277 députés disposent d’un niveau d’enseignement supérieur, soit 70,13 % de la Chambre. Les 93 députés de niveau secondaire représentent 23,54 %, tandis que 24 ont un niveau primaire. Un seul parlementaire est présenté comme n’ayant aucun niveau scolaire.
Cette forte présence de profils ayant fréquenté l’enseignement supérieur peut être interprétée comme un signe de professionnalisation de la vie parlementaire. L’élaboration des lois, l’examen des budgets, le contrôle de l’action gouvernementale et l’analyse des politiques publiques exigent effectivement des compétences de plus en plus spécialisées.
Mais le diplôme ne garantit ni la compétence politique, ni l’indépendance d’esprit, ni la qualité du travail parlementaire. Inversement, un élu moins diplômé peut posséder une connaissance approfondie des réalités territoriales, agricoles, artisanales ou sociales que certains profils technocratiques maîtrisent moins directement.
La vraie question n’est donc pas de savoir si le Parlement est suffisamment diplômé, mais si cette qualification se traduit par une meilleure production législative et un contrôle plus efficace de l’exécutif.
Une représentation politique qui ne se confond pas avec la représentation sociologique
Ces statistiques dessinent une Chambre dont le profil dominant apparaît relativement éloigné de certaines caractéristiques de la population qu’elle représente. Cela ne signifie pas automatiquement que les députés représentent mal les citoyens.
Une démocratie représentative ne repose pas sur l’obligation de reproduire à l’identique la composition sociologique de la société. Elle repose sur l’élection, la responsabilité politique, la pluralité des opinions et la défense de l’intérêt général.
Néanmoins, lorsque certaines catégories sont durablement minoritaires dans les institutions, la question de leur accès au pouvoir politique devient légitime.
L’infographie ne renseigne d’ailleurs ni sur les professions des députés, ni sur leurs origines territoriales, ni sur leurs revenus, ni sur leurs expériences professionnelles. Or, ces informations permettraient de comprendre si les agriculteurs, les salariés, les entrepreneurs, les enseignants, les professions libérales ou les catégories populaires disposent d’une représentation équilibrée.
Il serait également intéressant de connaître la proportion de primo-élus, la durée moyenne des carrières parlementaires et le poids des élus ayant déjà exercé plusieurs mandats.
Et si le véritable portrait du député était celui de son travail ?
Finalement, le portrait statistique du Parlement marocain révèle autant ce qu’il montre que ce qu’il laisse dans l’ombre. On connaît le genre, l’âge et le niveau d’études des représentants. Mais ces trois indicateurs ne permettent pas de mesurer leur efficacité.
Combien de propositions de loi déposent-ils ? Combien de questions adressent-ils au gouvernement ? Quelle est leur assiduité en commission ? Quelle place accordent-ils au contrôle de l’action publique ? Comment rendent-ils compte de leur mandat à leurs électeurs ?
Ces indicateurs seraient autrement décisifs pour établir le véritable portrait du député marocain.
Car un Parlement plus féminin, plus jeune ou plus diplômé n’est pas automatiquement un meilleur Parlement. Il peut toutefois devenir plus représentatif si cette diversité s’accompagne d’une ouverture réelle des partis et d’un renouvellement des pratiques politiques.
Le défi n’est pas seulement de faire entrer davantage de profils différents au Parlement. Il est de faire en sorte que les 395 députés, quels que soient leur âge, leur genre ou leur diplôme, représentent effectivement les aspirations des Marocains.
Et c’est probablement là que commence la véritable mesure de la représentation démocratique.