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Maroc : déficit commercial record en 2025 à 258,9 milliards DH : importations sous tension, services en rempart


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 27 Janvier 2026

L’économie marocaine affiche un déficit commercial inédit de 258,94 milliards de dirhams, un seuil jamais atteint, reflet d’une dépendance marquée aux importations, notamment énergétiques et alimentaires. Malgré une progression timide des exportations et une reprise notable des services, le déséquilibre extérieur soulève des questions profondes sur la compétitivité structurelle du Royaume. Voici un éclairage détaillé, chiffré et contextualisé pour comprendre ces dynamiques et leurs implications sur l’économie nationale.



Un déficit commercial qui s’enracine

Maroc : déficit commercial record en 2025 à 258,9 milliards DH : importations sous tension, services en rempart

Les chiffres publiés par l’Office des changes à fin septembre 2025 confirment une tendance lourde : le solde commercial du Maroc continue de se dégrader à un rythme soutenu. Le déficit atteint 258,94 milliards de dirhams, en hausse de 17,6 % par rapport à la même période de 2024. Une progression qui interpelle, tant par son ampleur que par sa régularité.
 

Cette détérioration s’explique avant tout par le différentiel croissant entre importations et exportations. Sur les neuf premiers mois de l’année, les importations ont totalisé 600,6 milliards de dirhams, en augmentation de 50,8 milliards sur un an. Les produits énergétiques demeurent le principal poste de pression, avec une hausse de 9,3 % des achats, tirée davantage par les volumes que par les prix, pourtant en voie de normalisation sur les marchés internationaux.
 

Les biens d’équipement progressent de 12,8 %, un signal plutôt positif puisqu’il traduit une reprise de l’investissement productif et industriel. Mais cet effort reste coûteux à court terme pour la balance commerciale. Les biens de consommation (+6,5 %) et les produits alimentaires (+5,1 %) poursuivent également leur hausse, confirmant le caractère structurel du recours du Maroc aux importations pour satisfaire sa demande intérieure.


Exportations dynamiques mais insuffisantes

Face à cette montée en puissance des importations, les exportations marocaines progressent, mais à un rythme plus modéré. À fin septembre 2025, elles atteignent 341,7 milliards de dirhams, contre 329,7 milliards un an plus tôt. Certains secteurs continuent néanmoins de porter la performance globale.
 

L’automobile confirme son rôle de locomotive avec une croissance de 10,2 %, suivie par l’aéronautique (+15,4 %) et le textile-habillement (+5,7 %). Ces filières illustrent la montée en gamme progressive de l’industrie marocaine et sa capacité à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.
 

À l’inverse, les phosphates et dérivés reculent de 8,7 %, pénalisés par la baisse des cours internationaux, tandis que l’agriculture et l’agroalimentaire enregistrent un repli de 3,2 %, conséquence directe d’aléas climatiques persistants. Cette hétérogénéité sectorielle révèle les limites actuelles de la diversification du tissu exportateur national, encore exposé aux chocs exogènes et aux cycles des matières premières.


Services, transferts et réserves : les stabilisateurs silencieux

Dans ce contexte de déséquilibre du commerce des biens, le secteur des services continue de jouer un rôle central dans la stabilité extérieure du Royaume. Les recettes touristiques atteignent 97,2 milliards de dirhams, en hausse de 10,4 %, portées par une saison estivale favorable et l’impact positif de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Le transport international, soutenu par le fret maritime et aérien, progresse de 13,7 %, consolidant l’excédent des services à 101,7 milliards de dirhams.
 

Autre pilier fondamental : les transferts des Marocains résidant à l’étranger, qui s’élèvent à 82,1 milliards de dirhams, en légère hausse de 1,7 %. Ces flux demeurent un socle de stabilité pour le compte courant. À l’inverse, les investissements directs étrangers reculent de 11,2 %, à 16,5 milliards de dirhams, dans un contexte international marqué par l’attentisme des investisseurs.
 

Les réserves officielles de change restent toutefois à un niveau jugé confortable, couvrant 5,4 mois d’importations de biens et services, tandis que la position extérieure nette du Royaume poursuit son amélioration, soutenue par une gestion prudente de l’endettement externe.


Les chiffres à fin septembre 2025 dessinent une économie marocaine à double vitesse. D’un côté, un déficit commercial qui s’aggrave et met en lumière des dépendances structurelles persistantes. De l’autre, une résilience réelle, portée par les services, le tourisme et les transferts des MRE. L’enjeu, désormais, n’est plus seulement de contenir le déficit, mais de transformer durablement l’appareil productif pour réduire la vulnérabilité extérieure et renforcer la souveraineté économique du Royaume.





Mardi 27 Janvier 2026