Maroc : gasoil à 16 DH et fret maritime sous pression, les coûts de revient menacés

Comment la hausse du diesel et les nouvelles surtaxes maritimes peuvent-elles se répercuter sur les prix des produits au Maroc ?


Rédigé par La Rédaction le Jeudi 1 Octobre 2026

Le Maroc aborde octobre 2026 sous une double pression logistique. Le gasoil franchit les 16 dirhams le litre, tandis que MSC annonce de nouvelles surtaxes sur les marchandises en provenance d'Asie. Entre transport maritime et distribution intérieure, les entreprises voient leurs coûts se tendre. Une équation économique qui accompagne les premières consultations gouvernementales de Fatima Ezzahra El Mansouri.



MSC annonce 91 dollars de surtaxes par EVP, tandis que le gasoil atteint 16,10 DH le litre

Le 28 septembre 2026, l'armateur international MSC a publié ses nouveaux tarifs de transport maritime entre l'Extrême-Orient et plusieurs destinations européennes et méditerranéennes. Casablanca y apparaît avec une tarification spécifique : 4 550 dollars pour un conteneur de 20 pieds et 5 500 dollars pour un conteneur de 40 pieds.

Ces montants, applicables à partir du 19 octobre, dépassent respectivement de 800 et 1 000 dollars les tarifs génériques annoncés pour la Méditerranée occidentale.Cette différence ne constitue pas, à elle seule, la preuve d'une discrimination tarifaire. Elle illustre néanmoins l'importance des conditions de desserte dans la facture des importateurs marocains. 

Deux jours plus tard, le 30 septembre, MSC a ajouté une nouvelle dimension au problème.
L'armateur annonce l'extension de deux surtaxes aux marchandises transportées depuis l'Asie vers plusieurs ports méditerranéens, dont Casablanca, Agadir et Nador.
La première, de 55 dollars par équivalent vingt pieds (EVP), couvre le risque de piraterie. La seconde, de 36 dollars par EVP, concerne le passage par le canal de Suez.
Soit 91 dollars supplémentaires pour un conteneur de 20 pieds et 182 dollars pour un 40 pieds, lorsque les conditions d'application sont réunies.
L'entreprise justifie cette décision par les risques sécuritaires autour de la péninsule Arabique, qui perturbent les opérations et les itinéraires maritimes. Les surtaxes entreront en vigueur le 19 octobre, jusqu'à nouvel ordre. 

Précision importante : le fret de base est inférieur aux sommets observés durant l'été. Il serait donc excessif d'affirmer que tous les coûts maritimes augmentent simultanément. Le problème réside davantage dans la persistance de tarifs élevés et dans la multiplication des charges additionnelles.

Pendant ce temps, sur les routes marocaines, une autre augmentation est déjà effective.
Depuis les premières heures du jeudi 1er octobre, le gasoil s'affiche autour de 16,10 à 16,13 DH le litre, après une hausse d'environ 80 centimes.

L'essence progresse également, d'environ 39 centimes, pour atteindre près de 15,60 DH le litre. Les prix varient selon les stations et les localités. 

Le diesel demeure toutefois le carburant déterminant pour une grande partie de la logistique nationale.
Camions, véhicules de livraison, transport de marchandises agricoles, approvisionnement des commerces : chaque kilomètre parcouru devient potentiellement plus coûteux.

Et cette fois, la hausse intervient immédiatement.

Du conteneur au rayon : comment la double pression peut atteindre le consommateur marocain

Prenons un exemple concret.
Une entreprise marocaine importe des équipements industriels depuis l'Asie. Sa marchandise arrive à Casablanca dans un conteneur de 40 pieds, avant d'être acheminée vers un entrepôt de distribution.

Si son expédition emprunte un service maritime concerné par les nouvelles surtaxes, sa facture pourra intégrer 182 dollars supplémentaires au titre des risques de piraterie et du canal de Suez.

À cela s'ajoutent les frais portuaires, les opérations de manutention et le transport routier.
Sur ce dernier segment, un camion consommant 30 litres de gasoil aux 100 kilomètres supporte désormais 24 DH supplémentaires par tranche de 100 kilomètres parcourus, à consommation identique.

Sur un trajet de 500 kilomètres, cela représente 120 DH de plus en carburant.
Ces calculs sont des illustrations, non des moyennes sectorielles. Ils montrent cependant comment deux décisions tarifaires indépendantes peuvent affecter successivement une même marchandise.
L'importateur doit alors choisir : absorber le surcoût, négocier avec ses fournisseurs, réduire sa marge ou répercuter une partie de la hausse sur ses clients.

La réponse dépend du secteur.
Un industriel disposant de contrats annuels de transport peut bénéficier temporairement d'une certaine stabilité. Un petit importateur achetant au comptant sera potentiellement plus exposé aux variations immédiates.

Un distributeur travaillant avec des stocks importants peut également différer la transmission des hausses. À l'inverse, une entreprise fonctionnant en flux tendus ressentira plus rapidement les nouvelles conditions.

C'est ici que se situe le véritable risque économique.
Une augmentation du coût du transport ne devient pas automatiquement une augmentation équivalente du prix de vente. Elle peut d'abord réduire les marges, puis modifier les conditions commerciales et, éventuellement, être transmise au consommateur.

La concurrence, les volumes transportés et le poids de la logistique dans le prix final déterminent l'ampleur de cette transmission.

Pour les produits alimentaires, par exemple, le transport constitue un élément parmi d'autres : production agricole, emballage, stockage, réfrigération et distribution.

Pour certains biens importés, la part du fret maritime peut être plus sensible.
Un même choc ne produit donc pas les mêmes effets sur une caisse de tomates, un appareil électroménager ou une machine industrielle.

Il faut également éviter une confusion : les surtaxes annoncées par MSC concernent des services déterminés, et non l'ensemble du commerce extérieur marocain.

La hausse du gasoil possède, elle, un périmètre intérieur beaucoup plus large.
C'est cette asymétrie qui mérite une attention particulière.
Une équation économique pour le futur exécutif
Cette séquence intervient au moment où Fatima Ezzahra El Mansouri, nommée cheffe du gouvernement le 29 septembre, conduit les consultations destinées à former la prochaine équipe gouvernementale. 

Les décisions concernant la fiscalité énergétique, la concurrence dans la distribution des carburants ou l'accompagnement des transporteurs relèveront des arbitrages institutionnels et budgétaires à venir.
Plusieurs questions économiques se posent déjà.

Quelle proportion des nouveaux coûts sera absorbée par les entreprises ? Dans quels secteurs la répercussion sur les consommateurs sera-t-elle la plus rapide ? Et quelles marges de manœuvre publiques existent pour limiter les effets des fluctuations internationales sans créer de nouvelles charges budgétaires ?

Ces questions ne préjugent pas des réponses du futur gouvernement.

Elles rappellent simplement que la compétitivité des entreprises et le pouvoir d'achat des ménages sont étroitement liés aux conditions de circulation des marchandises.

Le débat ne peut donc pas se limiter au prix du baril de pétrole.

Le coût du transport dépend aussi des routes maritimes, des assurances, des opérations portuaires, du carburant routier et de l'organisation des chaînes d'approvisionnement.
Une perturbation extérieure peut ainsi franchir plusieurs frontières économiques avant d'atteindre une entreprise marocaine.

Et parfois, le consommateur n'en découvre les conséquences que plusieurs semaines plus tard.
Le véritable indicateur à surveiller en octobre ne sera donc pas seulement le prix du gasoil ou celui du conteneur, mais la vitesse de transmission de ces coûts aux prix de vente.

Car entre un choc international et une étiquette dans un magasin marocain, il existe toute une chaîne de décisions économiques. C'est dans cette chaîne que se jouera une partie de l'évolution des marges et du pouvoir d'achat.




Jeudi 1 Octobre 2026
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