Quand on parcourt les chiffres, on ne peut qu’être frappé par le contraste entre ambition et réalité actuelle. En 2024, le secteur marocain de l’outsourcing et des services numériques a généré 26,22 milliards de dirhams d’exportations, soit environ 2,8 milliards de dollars, en légère progression (+0,2 %) par rapport à 2023 – signe d’une stabilité certes appréciable, mais aussi d’un rythme de croissance modéré face à une concurrence internationale féroce.
À fin 2024, près de 148 500 emplois stables étaient recensés dans ce secteur, avec 18 500 créations nettes en deux ans – une lueur d’espoir pour des jeunes Marocains souvent confrontés à un marché du travail tendu.
La dynamique s’est toutefois renforcée au première semestre de 2025. Les exportations ont atteint 13,4 milliards de dirhams, en hausse de 3,5 % par rapport à la même période de l’année précédente, impulsées par une demande accrue, notamment pour les services technologiques et les activités à forte compétence.
Ce point d’inflexion est important. Il ne s’agit plus seulement de maintenir des niveaux d’activité, mais bien d’amorcer une montée en gamme. Le Maroc ne se contente plus de centres d’appels ou de services répétitifs : l’écosystème s’oriente de plus en plus vers des segments à forte valeur ajoutée, comme l’ingénierie numérique ou les solutions IT avancées, même si ces derniers restent encore minoritaires.
Lors de la rencontre stratégique à Rabat, présidée par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, l’État a clairement positionné l’Offshoring comme un pilier de compétitivité nationale. Selon elle, cette transformation passe par un renforcement du capital humain, une innovation soutenue et une montée en compétences vers des métiers à forte valeur ajoutée, pour créer un environnement attractif pour les investisseurs internationaux.
C’est précisément ce que vise la nouvelle feuille de route : atteindre près de 40 milliards de dirhams d’exportations d’ici 2030 et 270 000 emplois qualifiés, presque le double de l’emploi actuel. Cela représente une ambition forte dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue, une automatisation des tâches répétitives et des attentes de qualité toujours plus élevées.
Pour y parvenir, le nouveau modèle d’Offre Offshoring Maroc s’articule autour de trois piliers :
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Le développement du capital humain, via des formations spécialisées et un alignement avec les besoins du marché.
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Des infrastructures modernes, réparties de façon équilibrée sur le territoire, pour attirer les investisseurs de toutes tailles.
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Un cadre incitatif clair et stable, assurant la durabilité des projets et la sécurité des capitaux investis.
Au-delà des promesses, plusieurs conventions ont été signées, notamment pour accélérer l’accès à la formation, soutenir les Tech Valley offshoring, et renforcer les pôles économiques dédiés : autant de jalons concrets pour faire de cette stratégie une réalité.
Le chemin est encore long et semé d’incertitudes. Mais à l’heure où le Maroc affûte son offre pour conquérir une place durable sur l’échiquier mondial du numérique, ce renouvellement de l’Offre Offshoring Maroc marque une étape essentielle. Il ne s’agit plus seulement de créer des emplois, mais de bâtir des trajectoires professionnelles durables, d’insuffler une culture de l’innovation et de faire du Royaume un véritable carrefour de l’économie numérique africaine et mondiale.