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Maroc : le pari d’une nouvelle majorité pour accélérer l’ambition nationale


Par Said Temsamani.

Au-delà des équilibres partisans, la nouvelle coalition ouvre une séquence politique dont l’enjeu central sera de transformer la convergence institutionnelle en résultats économiques et sociaux, dans le cadre de la vision stratégique du Royaume.

La formation d’une nouvelle majorité gouvernementale au Maroc ne saurait être réduite à un simple exercice de négociation entre partis. Elle intervient à un moment où les attentes sociales, les impératifs de compétitivité économique et les mutations géopolitiques imposent une exigence renouvelée d’efficacité publique.

Le communiqué du 12 octobre 2026 traduit précisément cette ambition : faire de la cohérence politique, de la responsabilité collective et de la convergence programmatique les fondements d’une nouvelle dynamique gouvernementale.

L’accord réunissant le Parti authenticité et modernité, le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme dessine une configuration politique qui mérite d’être analysée au-delà des seules considérations arithmétiques.

Il exprime une volonté de construire une majorité autour d’une vision commune des priorités nationales, tout en réunissant des traditions politiques et des sensibilités idéologiques distinctes.
Le véritable enjeu est désormais de faire de cette diversité un facteur d’enrichissement de l’action publique plutôt qu’une source de dispersion.

Car une coalition gouvernementale trouve sa légitimité durable moins dans les conditions de sa formation que dans sa capacité à agir, à tenir ses engagements et à répondre concrètement aux aspirations des citoyens.



Une nouvelle séquence politique fondée sur la cohérence

Le choix d’une majorité resserrée autour de quatre formations traduit une orientation politique significative : privilégier la recherche d’une cohérence gouvernementale plutôt que multiplier les arrangements partisans. Cette démarche présente un intérêt institutionnel évident.

Dans un environnement marqué par l’interdépendance des politiques publiques, les réformes économiques et sociales exigent une coordination étroite entre les départements ministériels, une hiérarchisation claire des priorités et une responsabilité politique identifiable.

La multiplication des centres de négociation peut compliquer cette coordination ; inversement, une coalition fondée sur des engagements partagés peut faciliter la prise de décision. Il ne s’agit pas pour autant d’opposer mécaniquement les gouvernements larges aux gouvernements resserrés. Le nombre de partenaires ne détermine pas, à lui seul, la qualité de la gouvernance.

Celle-ci dépend de la solidité du contrat politique, de la discipline collective et de l’existence de mécanismes efficaces de règlement des différends. C’est précisément sur ce terrain que la nouvelle majorité sera attendue.

En mettant en avant la convergence intellectuelle et politique de ses composantes, le communiqué fixe un objectif exigeant : dépasser la coexistence de sensibilités différentes pour construire une véritable capacité d’action collective.

Cette ambition constitue une orientation prometteuse, à condition que la cohérence revendiquée se traduise dans le programme gouvernemental, les arbitrages budgétaires et les décisions concrètes.

Le choix des quatre partis : une alliance à faire vivre

Maroc : le pari d’une nouvelle majorité pour accélérer l’ambition nationale
La présence du Parti authenticité et modernité, du Parti de l’Istiqlal, de l’Union socialiste des forces populaires et du Parti du progrès et du socialisme réunit des expériences politiques, des cultures militantes et des références idéologiques différentes.

Cette diversité peut devenir un atout si elle permet de combiner la modernisation économique, l’ancrage national, les préoccupations sociales et la consolidation des droits et des libertés.

Elle peut également favoriser une discussion plus riche sur les arbitrages nécessaires entre investissement, redistribution, compétitivité et protection sociale.

Le Parti authenticité et modernité, arrivé en tête du scrutin selon les données évoquées dans le communiqué, est appelé à donner une impulsion politique à cette coalition.

Sa responsabilité sera de transformer sa position de premier parti en capacité de rassemblement, de coordination et de conduite de l’action gouvernementale. Le Parti de l’Istiqlal peut contribuer à inscrire les choix économiques et sociaux dans une perspective de cohésion nationale, d’équité et de développement territorial.

L’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme peuvent, pour leur part, apporter leurs références sociales et réformatrices aux discussions sur les services publics, les inégalités et les libertés.

Il serait toutefois prématuré de déduire de ces seules appartenances une répartition déterminée des rôles ou une convergence déjà acquise sur toutes les politiques.

La portée de l’accord dépendra de la capacité des quatre formations à définir ensemble des priorités, à accepter des arbitrages communs et à assumer collectivement les résultats.

La question centrale n’est donc pas de savoir si les différences entre les partis disparaîtront. Elle est de déterminer si ces différences pourront être organisées au service d’un projet national cohérent.

Une recomposition politique qui redéfinit les responsabilités

La nouvelle configuration se distingue également par le choix de constituer une majorité différente de celle qui prévalait auparavant.

L’absence du Rassemblement national des indépendants parmi les quatre signataires ouvre une nouvelle répartition des responsabilités gouvernementales et parlementaires.

Il convient de ne pas interpréter automatiquement cette évolution comme une rupture politique ou un conflit entre formations.

Les coalitions se constituent à partir de résultats électoraux, de négociations et de choix programmatiques dont le communiqué ne livre pas tous les détails.

Son effet institutionnel est néanmoins important : la nouvelle majorité devra assumer directement la responsabilité de ses orientations, tandis que les partis situés hors de la coalition disposeront de leurs propres espaces d’intervention parlementaire et politique.

Cette nouvelle configuration peut contribuer à clarifier les responsabilités. Elle offre également l’occasion de redonner toute sa portée au débat parlementaire, à la confrontation argumentée des propositions et au contrôle de l’action gouvernementale.

Une démocratie représentative ne se mesure pas uniquement à la stabilité de son exécutif.

Elle se nourrit aussi d’une majorité capable de gouverner, d’une opposition capable de formuler des alternatives et d’institutions permettant de confronter les engagements aux résultats.

L’enjeu est donc de faire de cette recomposition un facteur de lisibilité et de responsabilité, sans réduire la vie politique à une logique de confrontation permanente.

De l’ambition nationale à la transformation sociale

Le passage le plus important du communiqué est peut-être celui qui relie la formation de la majorité aux objectifs de justice sociale, d’équité territoriale, de consolidation démocratique et de renforcement des capacités productives du pays. Cette articulation est essentielle.

La performance économique ne peut être appréciée uniquement à travers les investissements, la croissance ou les équilibres macroéconomiques.

Elle doit également se mesurer à sa capacité à élargir les possibilités d’emploi, à améliorer l’accès aux services essentiels, à réduire les disparités territoriales et à renforcer la sécurité économique des ménages.

Le défi est d’autant plus exigeant que les politiques publiques doivent concilier plusieurs impératifs : soutenir l’investissement productif, améliorer la qualité des services publics, préserver les équilibres financiers et garantir une distribution plus équitable des opportunités.

La nouvelle majorité dispose ainsi d’un cadre politique dans lequel les priorités économiques et sociales peuvent être conçues comme les deux dimensions d’une même stratégie.

Le développement productif doit créer les ressources et les emplois nécessaires à l’amélioration du bien-être collectif ; les investissements dans le capital humain et les services publics doivent, en retour, renforcer la productivité, la cohésion sociale et la confiance dans les institutions.

Mais cette articulation exige une méthode. Un programme gouvernemental crédible devra hiérarchiser les réformes, préciser les responsabilités ministérielles, fixer des échéances et établir des indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.

La formule d’un Maroc avançant « à une seule vitesse » ne peut acquérir toute sa portée que si elle devient un principe opérationnel de réduction des écarts entre territoires, catégories sociales et générations.

Une étape nouvelle pour la gouvernance démocratique

Le communiqué insiste sur la consolidation de la construction démocratique, la bonne gouvernance et le renforcement des droits et des libertés. Cette dimension mérite une attention particulière, car elle rappelle que l’efficacité de l’État ne se résume pas à sa capacité de décider rapidement.

La qualité de l’action publique dépend également de la transparence, de la participation, de la responsabilité des décideurs et de la capacité des institutions à répondre aux préoccupations légitimes des citoyens.

Dans cette perspective, le programme gouvernemental devrait permettre d’articuler les réformes économiques avec la modernisation administrative, l’amélioration de l’accès à la justice, la consolidation des garanties des droits et le renforcement des mécanismes de suivi des politiques publiques.

Une gouvernance performante est celle qui transforme les engagements politiques en obligations institutionnelles, les objectifs en programmes budgétés et les programmes en résultats vérifiables.

Le renforcement de la confiance publique dépendra ainsi de la possibilité, pour les citoyens, de constater des améliorations concrètes et d’identifier clairement les responsabilités liées aux décisions prises.

Cette exigence est également stratégique pour le rayonnement international du Maroc.

La crédibilité d’un pays repose certes sur ses choix diplomatiques et ses partenariats, mais elle s’appuie aussi sur la qualité de ses institutions, la prévisibilité de ses politiques et la cohérence entre ses engagements et leur mise en œuvre.

Le symbole historique et l’exigence des résultats

Le communiqué souligne également la portée historique de la désignation de Fatima Zahra Mansouri à la tête du gouvernement.

Cette dimension symbolique peut ouvrir une nouvelle séquence dans la représentation des femmes au sommet de l’exécutif et dans le débat sur leur place dans les institutions.

Toutefois, la portée durable d’un événement de cette nature ne se mesure pas uniquement à son caractère inédit. Elle dépend aussi de la manière dont il se traduit dans la composition du gouvernement, la présence des femmes dans les postes de décision et les politiques favorisant l’égalité des chances.

Le symbole prend toute sa valeur lorsqu’il devient une réalité institutionnelle et sociale.

Cette exigence vaut, au demeurant, pour l’ensemble des engagements de la nouvelle majorité : la cohérence politique doit se traduire par une gouvernance plus accessible, une action publique plus efficace et des possibilités plus équitables pour les citoyens.

Le véritable test commence maintenant

La formation de cette majorité constitue une étape politique importante. Elle établit un cadre de coopération entre quatre formations et affiche une ambition qui associe stabilité gouvernementale, développement économique, justice sociale et consolidation démocratique.

Mais la réussite de cette démarche ne saurait être présumée à partir de l’accord lui-même. Elle se construira dans la qualité du programme gouvernemental, la pertinence des choix budgétaires, la coordination des ministères et la capacité des partenaires à surmonter leurs divergences sans compromettre l’action publique.

Trois exigences apparaissent dès lors déterminantes : un contrat gouvernemental assorti d’objectifs mesurables, une méthode de coordination garantissant la cohérence des décisions et un dispositif transparent permettant d’évaluer les résultats.

La nouvelle majorité a ainsi l’occasion de démontrer qu’une coalition pluraliste peut devenir un instrument de transformation nationale, à condition que ses composantes privilégient la responsabilité collective et l’intérêt général.

Au fond, le défi dépasse la seule formation d’un gouvernement. Il s’agit de faire correspondre les institutions aux attentes de la société, la croissance aux exigences de l’équité et les engagements politiques aux résultats observables.

La véritable force d’une majorité ne réside pas seulement dans sa capacité à gouverner ensemble, mais dans sa capacité à faire progresser le pays ensemble.

C’est à cette aune que la nouvelle séquence politique marocaine sera appréciée : non par les seules ambitions qu’elle proclame, mais par les transformations qu’elle rendra possibles.


Mardi 13 Octobre 2026

La Rédaction