2025 : une année charnière
Depuis un an, l’économie marocaine navigue entre défis et confirmations. Portée par une croissance robuste des secteurs non agricoles et par une dynamique d’investissement soutenue, la croissance du PIB a, selon plusieurs sources, dépassé les estimations initiales et s’est rapprochée d’environ 4,6 à 5 % en 2025 un rythme qui dépasse significativement les prévisions antérieures du Haut-Commissariat au Plan.
Cette accélération de la croissance, rare dans un contexte de ralentissement mondial, reflète l’effet combiné d’un assouplissement monétaire, d’un cadre macroéconomique stable et de la montée de la demande intérieure, mais aussi l’impact tangible de grands projets d’infrastructures et de l’investissement privé.
La Banque centrale, Bank Al-Maghrib, a maintenu son taux directeur à 2,25 % tout au long de l’année 2025 pour accompagner l’activité sans générer de déséquilibres inflationnistes majeurs. Malgré un contexte international volatil, l’inflation est restée modérée, offrant une marge de manœuvre appréciable à la politique monétaire.
Sur le plan financier, la Bourse de Casablanca a offert l’un des visages les plus convaincants de cette crédibilité retrouvée. L’indice MASI a enregistré une progression notable (plus de +27 % sur l’année selon certaines sources), tiré par des volumes échangés en nette hausse et un retour significatif des investisseurs particuliers.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et qui confirment une tendance : les entreprises cotées affichent des résultats nets en progression, notamment dans les secteurs bancaire, industriel et des télécoms, renforçant l’attractivité du marché marocain.
Investment Grade : une consécration, pas un aboutissement
La reclassification en Investment Grade ne doit pas être interprétée comme un aboutissement définitif, mais plutôt comme un jalon stratégique. Elle reflète surtout la perception d’une gestion prudente de la dette, d’une cohérence entre discipline budgétaire et effort d’investissement, ainsi que d’une capacité à absorber des chocs externes sans crise systémique majeure.
À l’aube de 2026, le projet de loi de finances prévoit de réduire le déficit budgétaire à environ 3 % du PIB, tout en continuant à soutenir un effort d’investissement public significatif. C’est un arbitrage délicat qui met en lumière l’équation cruciale de toute économie émergente : comment financer la croissance sans fragiliser les équilibres publics ?
Les indicateurs extérieurs restent une source d’inquiétude, malgré un tourismе qui a confirmé sa résilience avec près de 20 millions d’arrivées en 2025, consolidant sa place comme premier pourvoyeur de devises. Si ces flux et les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atténué les pressions sur le compte courant, ils restent vulnérables aux cycles internationaux.
Parallèlement, le déficit commercial s’est élargi, en grande partie tiré par la hausse des importations de biens d’équipement nécessaires au relèvement des capacités productives du Royaume. Cette dépendance énergétique et alimentaire met en évidence les fragilités structurelles qui subsistent et qui réclament des réponses politiques plus profondes.
Le retour à l’Investment Grade est assurément une victoire pour la stratégie économique marocaine. Il récompense une combinaison de choix macroéconomiques prudents et de réformes structurelles ambitieuses. Mais au-delà du symbole, l’enjeu reste de transformer cette crédibilité financière en un accélérateur durable de croissance inclusive, capable de générer des emplois, de réduire les vulnérabilités externes et de répartir équitablement les fruits du développement.
Dans un monde où les repères économiques se déplacent rapidement, le Maroc a franchi une étape importante. La maintenir voire la consolider dépendra moins des applaudissements qu’une mise en œuvre rigoureuse des réformes, des politiques publiques audacieuses et d’une gouvernance économique proactive, à l’écoute des aspirations de la nouvelle génération.