Meloni déroule le tapis rouge aux riches… puis envisage un péage à la sortie ?

L’Italie peut-elle séduire les grandes fortunes tout en préparant une taxe sur leur départ, sans brouiller sa promesse fiscale ?


Rédigé par La Rédaction le Mercredi 4 Novembre 2026

Après avoir attiré les contribuables fortunés grâce à un régime avantageux, Rome envisage une « exit tax » sur certaines plus-values financières au moment de leur expatriation. Encore soumis au Parlement, le projet suscite des inquiétudes chez les conseillers patrimoniaux. Mais le demi-tour de Giorgia Meloni est-il aussi radical qu’il paraît ? Et les recettes espérées justifient-elles le risque de refroidir de futurs arrivants ?



Bienvenue en Italie… mais avez-vous prévu de repartir ?

Dans la compétition internationale pour attirer les contribuables aisés, l’Italie avait trouvé un argument simple : une imposition forfaitaire sur les revenus étrangers des nouveaux résidents éligibles. Introduit en 2017 sous Matteo Renzi, ce forfait a depuis été relevé sous Giorgia Meloni. Initialement fixé à 100 000 euros par an, il est passé à 200 000 euros pour les nouveaux arrivants concernés en 2024, puis à 300 000 euros pour ceux qui s’installent à partir de 2026. Le dispositif demeure donc, mais son prix d’entrée augmente. 

Voici maintenant un possible coût de sortie.

Le projet budgétaire pour 2027 prévoit de taxer certaines plus-values financières latentes lorsqu’un contribuable transfère sa résidence fiscale hors d’Italie. Autrement dit, des gains pourraient entrer dans le calcul alors même que les investissements n’ont pas encore été vendus.

Selon l’analyse du cabinet Simmons & Simmons, le dispositif viserait notamment les personnes ayant résidé fiscalement en Italie pendant au moins six des dix années précédentes et détenant au moins 800 000 euros d’actifs financiers concernés. Le taux ordinaire serait généralement de 26 %, avec des possibilités de différer le paiement sous conditions. Il ne s’agirait donc pas d’un prélèvement de 26 % sur l’ensemble de la fortune. 

Une taxe discrète, un signal très sonore ?

La discrétion politique ajoute au trouble. Selon *Il Fatto Quotidiano*, Giorgia Meloni n’a pas évoqué cette disposition lors de la conférence de presse suivant l’approbation du budget en Conseil des ministres. Cela ne suffit pas à établir une volonté de dissimulation. Mais une mesure peu expliquée laisse prospérer les interprétations les plus inquiétantes. 

Pour un candidat à l’installation, le raisonnement pourrait devenir moins fiscal que psychologique : si les conditions changent à l’entrée, puis au départ, quelle stabilité peut-on attendre demain ?

Le danger serait alors de décourager des arrivées avant même de percevoir la première recette. Des conseillers patrimoniaux rapportent déjà des inquiétudes. À ce stade, cependant, une inquiétude n’est pas un déménagement : aucune fuite massive de millionnaires ne peut être déduite de ces réactions.

Beaucoup de bruit pour quelques millions ?

Le rendement attendu paraît modeste à l’échelle nationale : Bloomberg évoque moins de quatre millions d’euros la première année. Le journal présente aussi cette initiative comme un signal politique à l’approche des élections italiennes. C’est une lecture, pas une preuve des intentions personnelles de Meloni. 

À décharge, le principe mérite discussion. Un État peut vouloir préserver son droit de taxer des gains accumulés pendant une période de résidence, plutôt que laisser un changement d’adresse fiscale les soustraire à son imposition. Attirer des contribuables et encadrer leur départ ne sont donc pas nécessairement deux politiques incompatibles.

Encore faut-il expliquer leur articulation. Le périmètre exact des actifs concernés et le traitement des bénéficiaires du forfait sont précisément déterminants pour mesurer l’effet réel du projet.

Et l’argument inverse mérite lui aussi un examen : ces régimes préférentiels produisent-ils tous les investissements promis ? L’OCDE relève que les données disponibles ne permettent pas d’établir clairement les bénéfices économiques du dispositif italien. 

Le véritable procès du gouvernement Meloni pourrait donc être celui de la cohérence. Rome veut-elle accueillir durablement des contribuables, protéger sa base fiscale ou envoyer un message électoral ? Elle peut poursuivre les trois objectifs. Mais peut-elle se permettre de laisser chacun deviner lequel commande les deux autres ?
 




Mercredi 4 Novembre 2026
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