Il y a des basculements qui disent beaucoup d’une époque. Quand les réseaux sociaux adoptent l’intelligence artificielle, on s’y attend. Quand les moteurs de recherche, les plateformes vidéo ou les logiciels de bureau s’y mettent, cela paraît presque logique. Mais quand Le Robert, l’un des temples du mot juste, lance son propre assistant conversationnel, le signal devient plus profond : l’IA n’est plus seulement l’affaire des ingénieurs, des start-up et des grandes plateformes américaines. Elle entre désormais dans la maison même de la langue.
Les Éditions Le Robert viennent d’annoncer le lancement de « Dis-moi Robert », un assistant basé sur l’intelligence artificielle, accessible sur le site du dictionnaire. Sa mission est simple en apparence : répondre aux questions que chacun se pose sur la langue française. Définition d’un mot récent comme agrivoltaïsme, orthographe de tintamarre, pluriel de carnaval, équivalent français de spoiler : l’outil veut accompagner les usages quotidiens, scolaires, professionnels ou journalistiques du français.
Mais derrière cette simplicité se cache une vraie révolution d’usage. Le dictionnaire n’est plus seulement un ouvrage que l’on consulte en cherchant une entrée alphabétique. Il devient un interlocuteur. On ne cherche plus seulement un mot, on pose une question. On ne feuillette plus uniquement une page, on dialogue avec une base de savoir linguistique. Le changement est majeur : la langue française passe, elle aussi, de la logique de consultation à la logique de conversation.
Le Robert présente cette initiative comme une manière de s’adapter aux nouveaux usages, notamment ceux des jeunes générations. Géraldine Moinard, directrice de la rédaction des dictionnaires Le Robert, explique qu’il s’agit d’ouvrir une nouvelle façon d’explorer le français. Cette formule est importante. Elle évite l’opposition stérile entre papier et numérique. Le sujet n’est pas de déclarer la mort du dictionnaire imprimé, mais de reconnaître que l’accès au savoir linguistique se transforme. Une génération habituée à interroger Google, ChatGPT ou les assistants vocaux attend désormais des réponses directes, contextualisées et rapides.
Reste la question centrale : peut-on faire confiance à une IA quand il s’agit de langue ? C’est précisément là que Le Robert tente de se distinguer des outils généralistes. Selon Charles Bimbenet, directeur du Robert, l’assistant ne puise que dans les données internes de la maison : les contenus disponibles sur le Dico en ligne Le Robert, avec des réponses sourcées. Il est présenté comme neutre, transparent, et capable de dire lorsqu’il ne trouve pas la réponse.
Cette prudence éditoriale est essentielle. Car l’un des grands problèmes des intelligences artificielles conversationnelles reste leur tendance à produire des réponses plausibles, mais parfois fausses. Appliqué à la langue, ce risque est particulièrement sensible. Une mauvaise conjugaison, une étymologie inventée ou une définition approximative peuvent se diffuser très vite. En enfermant l’assistant dans un corpus contrôlé, Le Robert cherche donc à proposer une IA de référence, non une IA bavarde. C’est peut-être là le vrai modèle à suivre : moins d’IA spectaculaire, plus d’IA éditorialement responsable.
Le lancement intervient aussi à un moment symbolique. Le Petit Robert fête ses 60 ans avec son édition 2027, annoncée en librairie et en ligne cette semaine. Le dictionnaire emblématique revendique plusieurs dizaines de milliers de mots, des centaines de milliers de définitions et sens, ainsi que des milliers de citations littéraires. Les fiches commerciales de l’édition 2027 indiquent notamment 60.000 mots, 300.000 sens, 35.000 citations et 75.000 étymologies.
Ce télescopage entre anniversaire du papier et lancement de l’assistant IA est révélateur. Le Robert célèbre son histoire tout en préparant son avenir. Il rappelle que la langue n’est pas un musée, mais un organisme vivant. Les dictionnaires ont toujours intégré les transformations de la société : nouveaux métiers, nouvelles technologies, nouvelles expressions, nouveaux usages. L’IA n’est donc pas seulement un outil extérieur au dictionnaire. Elle devient aussi un symptôme de ce que la langue est en train de devenir : plus rapide, plus hybride, plus connectée, parfois plus confuse aussi.
Le marché français du dictionnaire reste structuré autour de deux grands noms : Le Robert et Le Petit Larousse illustré. Le premier est davantage centré sur la langue, ses usages, ses sens, ses nuances. Le second conserve une dimension plus encyclopédique, avec une forte présence de noms propres et d’illustrations. Les deux appartiennent à de grands groupes d’édition, Editis pour Le Robert et Hachette pour Larousse, et restent indépendants de l’Académie française, dont la neuvième édition complète du dictionnaire a été finalisée en 2024. Cette coexistence montre que la langue française n’a jamais eu un seul gardien, mais plusieurs institutions, plusieurs traditions et plusieurs manières de dire le monde.
Faut-il pour autant voir dans « Dis-moi Robert » la fin du dictionnaire papier ? Les responsables du Robert s’en défendent. Le papier continue d’être utilisé à l’école, notamment parce qu’il permet une autre relation au savoir : lente, curieuse, parfois imprévue. Feuilleter un dictionnaire, c’est souvent chercher un mot et en découvrir dix autres. Interroger une IA, c’est obtenir une réponse ciblée. Les deux expériences ne s’annulent pas. Elles ne produisent simplement pas le même rapport à la langue.
Le vrai enjeu est ailleurs. Avec « Dis-moi Robert », le dictionnaire accepte de descendre de son étagère pour entrer dans la conversation numérique. C’est un choix lucide. Dans un monde saturé de contenus approximatifs, de messages rapides et de mots malmenés, l’autorité linguistique ne peut plus seulement attendre que le lecteur vienne à elle. Elle doit aller vers lui, dans ses usages, ses écrans, ses réflexes.
Même Le Petit Robert bascule donc vers l’IA. Non par effet de mode, mais parce que la bataille du français se joue aussi là : dans la capacité à rendre la règle accessible, la nuance désirable et le mot juste disponible au bon moment. L’IA ne remplace pas la langue. Elle peut, si elle est bien encadrée, nous aider à mieux l’habiter.
Les Éditions Le Robert viennent d’annoncer le lancement de « Dis-moi Robert », un assistant basé sur l’intelligence artificielle, accessible sur le site du dictionnaire. Sa mission est simple en apparence : répondre aux questions que chacun se pose sur la langue française. Définition d’un mot récent comme agrivoltaïsme, orthographe de tintamarre, pluriel de carnaval, équivalent français de spoiler : l’outil veut accompagner les usages quotidiens, scolaires, professionnels ou journalistiques du français.
Mais derrière cette simplicité se cache une vraie révolution d’usage. Le dictionnaire n’est plus seulement un ouvrage que l’on consulte en cherchant une entrée alphabétique. Il devient un interlocuteur. On ne cherche plus seulement un mot, on pose une question. On ne feuillette plus uniquement une page, on dialogue avec une base de savoir linguistique. Le changement est majeur : la langue française passe, elle aussi, de la logique de consultation à la logique de conversation.
Le Robert présente cette initiative comme une manière de s’adapter aux nouveaux usages, notamment ceux des jeunes générations. Géraldine Moinard, directrice de la rédaction des dictionnaires Le Robert, explique qu’il s’agit d’ouvrir une nouvelle façon d’explorer le français. Cette formule est importante. Elle évite l’opposition stérile entre papier et numérique. Le sujet n’est pas de déclarer la mort du dictionnaire imprimé, mais de reconnaître que l’accès au savoir linguistique se transforme. Une génération habituée à interroger Google, ChatGPT ou les assistants vocaux attend désormais des réponses directes, contextualisées et rapides.
Reste la question centrale : peut-on faire confiance à une IA quand il s’agit de langue ? C’est précisément là que Le Robert tente de se distinguer des outils généralistes. Selon Charles Bimbenet, directeur du Robert, l’assistant ne puise que dans les données internes de la maison : les contenus disponibles sur le Dico en ligne Le Robert, avec des réponses sourcées. Il est présenté comme neutre, transparent, et capable de dire lorsqu’il ne trouve pas la réponse.
Cette prudence éditoriale est essentielle. Car l’un des grands problèmes des intelligences artificielles conversationnelles reste leur tendance à produire des réponses plausibles, mais parfois fausses. Appliqué à la langue, ce risque est particulièrement sensible. Une mauvaise conjugaison, une étymologie inventée ou une définition approximative peuvent se diffuser très vite. En enfermant l’assistant dans un corpus contrôlé, Le Robert cherche donc à proposer une IA de référence, non une IA bavarde. C’est peut-être là le vrai modèle à suivre : moins d’IA spectaculaire, plus d’IA éditorialement responsable.
Le lancement intervient aussi à un moment symbolique. Le Petit Robert fête ses 60 ans avec son édition 2027, annoncée en librairie et en ligne cette semaine. Le dictionnaire emblématique revendique plusieurs dizaines de milliers de mots, des centaines de milliers de définitions et sens, ainsi que des milliers de citations littéraires. Les fiches commerciales de l’édition 2027 indiquent notamment 60.000 mots, 300.000 sens, 35.000 citations et 75.000 étymologies.
Ce télescopage entre anniversaire du papier et lancement de l’assistant IA est révélateur. Le Robert célèbre son histoire tout en préparant son avenir. Il rappelle que la langue n’est pas un musée, mais un organisme vivant. Les dictionnaires ont toujours intégré les transformations de la société : nouveaux métiers, nouvelles technologies, nouvelles expressions, nouveaux usages. L’IA n’est donc pas seulement un outil extérieur au dictionnaire. Elle devient aussi un symptôme de ce que la langue est en train de devenir : plus rapide, plus hybride, plus connectée, parfois plus confuse aussi.
Le marché français du dictionnaire reste structuré autour de deux grands noms : Le Robert et Le Petit Larousse illustré. Le premier est davantage centré sur la langue, ses usages, ses sens, ses nuances. Le second conserve une dimension plus encyclopédique, avec une forte présence de noms propres et d’illustrations. Les deux appartiennent à de grands groupes d’édition, Editis pour Le Robert et Hachette pour Larousse, et restent indépendants de l’Académie française, dont la neuvième édition complète du dictionnaire a été finalisée en 2024. Cette coexistence montre que la langue française n’a jamais eu un seul gardien, mais plusieurs institutions, plusieurs traditions et plusieurs manières de dire le monde.
Faut-il pour autant voir dans « Dis-moi Robert » la fin du dictionnaire papier ? Les responsables du Robert s’en défendent. Le papier continue d’être utilisé à l’école, notamment parce qu’il permet une autre relation au savoir : lente, curieuse, parfois imprévue. Feuilleter un dictionnaire, c’est souvent chercher un mot et en découvrir dix autres. Interroger une IA, c’est obtenir une réponse ciblée. Les deux expériences ne s’annulent pas. Elles ne produisent simplement pas le même rapport à la langue.
Le vrai enjeu est ailleurs. Avec « Dis-moi Robert », le dictionnaire accepte de descendre de son étagère pour entrer dans la conversation numérique. C’est un choix lucide. Dans un monde saturé de contenus approximatifs, de messages rapides et de mots malmenés, l’autorité linguistique ne peut plus seulement attendre que le lecteur vienne à elle. Elle doit aller vers lui, dans ses usages, ses écrans, ses réflexes.
Même Le Petit Robert bascule donc vers l’IA. Non par effet de mode, mais parce que la bataille du français se joue aussi là : dans la capacité à rendre la règle accessible, la nuance désirable et le mot juste disponible au bon moment. L’IA ne remplace pas la langue. Elle peut, si elle est bien encadrée, nous aider à mieux l’habiter.
Alors, une interrogation s’impose : qu’attendent les grands dictionnaires arabes pour s’y mettre à leur tour ?
Au fond, la vraie question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle entrera dans les dictionnaires, mais à quelle vitesse les dictionnaires sauront entrer dans l’intelligence artificielle. Le Robert vient de franchir le pas pour le français. Alors, une interrogation s’impose : qu’attendent les grands dictionnaires arabes pour s’y mettre à leur tour ? Al-Munjid, référence classique pour les apprenants en quête de définitions en arabe ; Al-Abjadî, outil utile pour structurer l’accès au vocabulaire ; Al-Manar, dictionnaire imagé idéal pour les enfants et les débutants avec ses mots illustrés ; ou encore Al-Majani Al-Mousawar, riche de milliers d’entrées et d’exemples : tous disposent d’un patrimoine linguistique considérable.
Dans un monde où les jeunes interrogent davantage leur écran qu’un ouvrage papier, la langue arabe ne peut se contenter de rester dans les rayons. Elle doit aussi répondre, dialoguer, expliquer, corriger, contextualiser. Car si l’IA apprend nos langues sans leurs meilleurs dictionnaires, elle risque surtout d’apprendre leurs approximations. Le français a désormais son « Dis-moi Robert ». À quand un “قل لي يا منجد” pour la langue arabe ?
Dans un monde où les jeunes interrogent davantage leur écran qu’un ouvrage papier, la langue arabe ne peut se contenter de rester dans les rayons. Elle doit aussi répondre, dialoguer, expliquer, corriger, contextualiser. Car si l’IA apprend nos langues sans leurs meilleurs dictionnaires, elle risque surtout d’apprendre leurs approximations. Le français a désormais son « Dis-moi Robert ». À quand un “قل لي يا منجد” pour la langue arabe ?